dimanche 17 août 2014

Sujet qui fâche: quelques mythes survivalistes déboulonnés


On trouve de tout dans le survivalisme, spécialement depuis que c'est devenu un immense marché qui se mainstreamise, si vous me pardonnez le néologisme.

On en arrive à inventer et perpétuer des mythes. Ces mythes, ce sont à la base des idées pleines de bon sens qui ont été pensées, réfléchies et évaluées par des précurseurs mais qui ont été reprises, perpétuées, "originalisées" par des gens et qui, avec le temps, sont devenues des dogmes ou ont perdu leurs fondements fonctionnels pour devenir qui fashion, qui un concept passe-partout. 

Mythe 1 - Le sac d'évacuation

Deux choses à dire.

1) Le dispositif en soi et son contenu

320,000 vidéos de Bug Out Bag sur Youtube. Vous ne me croyez pas?

https://www.youtube.com/results?search_query=bug+out+bag

Qu'est-ce qu'il y a de si spécial avec le Bug Out Bag qui justifie que plus de 300,000 personnes fassent chacun au moins une vidéo? 

Rien. C'est juste que le Bug Out Bag est le plus petit dénominateur commun dans le survivalisme. La plupart des gens commencent par un Bug Out Bag. Plusieurs s'y arrêtent.

Oui, certains fondent l'essentiel de leur préparation sur un Bug Out Bag et s'arrêtent à ça en se disant "bah de toutes façons je ne peux pas rester chez moi".

Alors ils investissent des fortunes à s'acheter l'équipement le plus léger, le plus hitech et parfois, disons-le, le plus fashion. Leur survivalisme devient progressivement de la survie, ce qui n'a plus rien à voir.


Normal car après tout, un sac d'évacuation, ça se voit, ça se touche, ça crée une sécurité contrairement à un plan, un savoir, un savoir-faire, qui sont intangibles et donc pas sexy.

Le manque d'imagination produit un besoin de tangible et le sur-investissement dans le Bug Out Bag, spécialement si le reste du plan de préparation est embryonnaire, reflète souvent une préparation déficiente.


Oui, le Bug Out Bag, comme système (sac + contenu) est essentiellement un bien de consommation populaire en survivalisme et à ce titre, est effectivement consommé.

2) L'usage réel

La vérité des choses:
  • Un sac d'évacuation ne sert qu'à une seule chose: aller du point A au point B en emportant avec soi ses dispositifs de support d'urgence. Si le point B n'est pas pré-identifié et convenu, ou encore s'il est trop distant par rapport à la durée de support que procure le contenu du sac, ça devient un sac de réfugié; donc la destination ultime est le camp de réfugiés. Il faut le savoir.

  • L'autonomie qu'il procure est directement proportionnelle à son volume et au poids transporté, c'est à dire pas très grande.

  • Son contenu doit supporter son propriétaire pour la durée anticipée de son absence du domicile, c'est à dire pas très longtemps.

  • Un tel sac dédié aura une, ou deux, ou trois occasions de servir dans votre vie et peut-être ne servira-t-il jamais. Inutile donc d'acheter de l'équipement onéreux comme on tente de nous en vendre s'il ne sert qu'à attendre dans le fond d'un placard.

Bilan: Rôle et utilité sur-évalués. Sert de panacée pour survivalistes peu expérimentés. Crée une fausse sécurité chez ces derniers. On y consacre en général trop d'argent et trop de temps et on a bien d'autres ressources à immobiliser ailleurs que dans un sac d'évacuation coûteux, dernier cri et fashion.

Conseil: Commencez par être capable de vivre correctement chez vous en cas d'adversité. Avoir un sac d'évacuation, c'est bien, avoir des options dont la capacité de rester chez vous longtemps, c'est encore bien mieux. Les évacuations forcées, rapides et permanentes sont rarissimes au point de vue probabilité. Les perturbations qui ne justifient pas l'évacuation sont bien plus courantes. La plupart du temps, quand évacuation il y a, elle se fait en véhicule personnel ou plus rarement, en véhicule gouvernemental. Préparez-vous un kit au cas où, quand vous en aurez le temps, sans dépenser une fortune.

VIDÉO: Mythe 1 - Le sac d'évacuation


Mythe 2 - L'énergie en mode off the grid

Combien d'ampoules sont allumée chez vous pendant vos occupations normales? Au moment d'écrire ces lignes, il y en a huit d'allumées chez moi: une dans l'escalier, une à ma table de travail, trois dans la salle de travail de Mme Victor, trois à l'étage. 

Ce sont des LED à 18 watts de consommation chacune pour un éclairage équivalent avec des ampoules à incandescence de 60 watts. C'est déjà ça de pris.

Je consomme donc 0,144 kw/h à éclairer ma maison, sans compter les ordinateurs et les systèmes automatiques de la maison qui fonctionnent simultanément.

Si je dois pédaler sur vélo stationnaire pour produire mon éclairage actuel avec un petit alternateur, pour m'éclairer une heure, je devrais pédaler pendant ... 4 heures.Imaginez le frigo et le congélateur...

Discussion sur FB: j'avais posté une vidéo sur la réalité off the grid d'un homme qui possède des panneaux solaires d'une puissance théorique de 800 watts:

http://www.facebook.com/vic.survivaliste/posts/1470387173227993

 La vidéo en question de The Do It Yourself World



Deux semaines de temps couvert = batteries à terre. Au lieu de produire 800 watts il en produit de 12 à 150.

  • Y'à qu'à installer une éolienne. Il n'y a pas beaucoup de vent à cet endroit et les arbres sont trop hauts.

    • Y'à qu'à installer une génératrice à essence. Si l'essence n'est plus disponible ou hors de prix, ça n'avance pas.

      • Y'à qu'à installer une génératrice à vapeur. Oui ça existe, c'est très rare, ça prend de l'eau (beaucoup) et du bois (beaucoup).

        • Ce bois, il faut l'abattre, le sécher, le transporter, le débiter, le fendre. Un an d'attente et quelques jours de travail.

          • Mais y'a qu'à mettre une génératrice à eau courante voyons! Encore faut-il disposer d'un tel courant d'eau.

La réalité, c'est que si l'énergie est partout, elle est chère en temps et en travail quand on veut l'extraire (ou l'acheter) et aléatoire quand elle est renouvelable.

Les y'a qu'à, c'est gratuit et ça ne considère un problème que sous un seul angle, celui de la théorie. La réalité est autre, et bien plus dure.

La question de l'énergie n'est pas de celle qu'on règle en deux phrases et trois opinions.

Car qui dit énergie dit matériel, qui dit matériel dit ressources.

J'ai parfois l'impression que certains habitent en Théorie, le pays où tout va bien. En Réalité, le pays où on ne trouve pas de licornes mais où moi je vis, si on a 10,000$ à mettre sur un système d'énergie off grid, on doit changer nos paradigmes de consommation et constamment rester aux aguets d'une pénurie d'énergie, tout comme on doit posséder des moyens rapides et économiques d'y faire face.

Bilan:  En survivalisme, il n'y a pas de "y'a qu'à". Le "y'à qu'à" est la marque de ceux qui veulent avoir une solution sur papier, plutôt que la marque de ceux qui réfléchissent et déploient des solutions concrètes.

Conseil: Quand on parle d'énergie off the grid fondée sur le solaire ou l'éolien on doit réaliser que l'approvisionnement électrique peut être sera aléatoire. Il suffit d'un seul dégel du congélateur pour perdre tout son contenu. On doit prévoir à l'avance un ou même deux systèmes d'urgences de recharge, que ce soit par force motrice d'origine fossile, animale ou à vapeur, peu importe. Ce qui compte est d'avoir un système fail safe qui nous assure que quel que soit le contexte, la saison ou la pénurie ambiante, on soit en mesure d'assurer le fonctionnement des systèmes critiques qui dépendent de l'électricité, quitte à se priver du reste ou de confort général.


VIDÉO: Mythe 2 - L'énergie en mode Off the grid




Mythe 3 - Les équipements

Parfois, à lire ce que je lis sur le survivalisme sur Internet, j'ai l'impression que les équipements sont l'essence du survivalisme. On ne peut pas faire un geste sans avoir un équipement spécialisé. Bientôt il faudra se faire implanter des chips survivalistes dans le cerveau sans cela on sera condamnés...

On parle d'Ebola et paf! on voit des pubs pour des masques anti-viraux qui servent... à éviter de contaminer les autres plutôt que de protéger son porteur! Et les gens achètent. Massivement. Sans questionner. Et les amateurs de comparer la supériorité de leur système de filtration d'air sur celui du voisin.

En réalité, on n'a pas besoin d'une grande quantité d'équipements en survivalisme, contrairement à ce qu'on pourrait penser à voir les multiples chaînes Youtube, les blogues, les sites commerciaux et les sites "amateurs" qui cachent un commerce de vente en ligne.

On n'a même pas besoin du "meilleur" équipement en la matière. On a besoin d'un équipement fiable et durable et offrant des performances égales dans le temps. 

Je ris de tous les fanatiques des équipements haute technologie qui fondent leur survie sur la supériorité alléguée de ceux-ci, sachant que l'obsolescence programmée les rendra inopérants dans quelques années, peut-être même avant qu'ils ne puissent enfin servir!

Mme Victor travaille dans une entreprise qui importe des objets fabriqués en Chine. Mon beau-père aussi, dans un autre domaine. Quelles informations ai-je pu apprendre! Les usines qui fabriquent de la merde sont les mêmes qui fabriquent les grandes marques. Et parfois, pour économiser un peu plus, les usines chinoises qui sont en train de faire de la production de "qualité" pour les grandes marques trichent sur les composants et y mettent en secret des pièces de moindre qualité que celles spécifiées. 

Que font les marques quand elles voient ça? Rien. Elles mettent quand même en marché les produits affectés et imposent des pénalités à leurs fournisseurs.Il y aura plus de retours sur garantie, voilà tout.

Même l'armée US en est victime!

Bilan: consommer n'est pas préparer. Le temps passé à rêvasser, comparer, soupeser les bénéfices d'un produit plutôt qu'un autre, c'est du temps sorti de la réflexion survivaliste et investi en réflexion consommatrice. Je sais que la tentation est grande car on est sollicité à chaque semaine.

Conseil: Il vaut mieux se fixer sur un dispositif et s'y tenir, puis passer à un autre sujet. On peut vouloir la meilleure hache au monde, si on n'a pas abattu un seul arbre de sa vie, elle va couper aussi bien que celle qui est en solde chez Canadian Tire ou chez Castorama. L'équipement n'est pas une fin en soi, c'est un moyen. Maintenant la question est de savoir si tous les moyens qui nous tentent seront effectivement utiles à quelque chose.


 VIDÉO: Mythe 3 - L'équipement survivaliste



Mythe 4: L'EDC

L'EDC, everyday carry, le kit qu'on porte toujours sur soi est expliqué dans 118,000 vidéos  sur Youtube.

Louable intention, déplorable mise en pratique.

Là encore on a des phénomènes de mode: marques, types d'équipements, etc.

On fait tout un chiard sur l'EDC jusqu'à y inclure une trousse de premiers soins et une lampe de poche à grande puissance. En ville, tous les bureaux, magasins, usines, sont équipés de trousses de premiers soins élaborées. Dans les grandes boites, des gens sont obligés d'être formés aux premiers soins. Quand on va à la campagne, en randonnée en forêt, on apporte toujours un petit sac qui contient de l'eau, un petit snack, une petite trousse de premiers soins et quelques autres trucs de première nécessité. Il y a des pharmacies un peu partout et surtout, surtout, en ville en particulier, les premiers répondants (pompiers, ambulanciers et policiers) sont sur le site de tout accident en moins de cinq minutes.

Pourquoi traîner une lampe de poche à grande puissance quand on a un portable qui peut éclairer nos pas?

La clé USB... Mais... pourquoi? Advenant une catastrophe d'envergure, il n'y aura aucun ordinateur en fonction dans les environs pour la lire. S'il s'agit d'une petite catastrophe, vous avez vos papiers d'identité usuels que vous traînez toujours dans votre portefeuille. Le tout étant accessible immédiatement, sans support spécial, accessible directement par vos yeux.

La paracorde... Si ça vous amuse d'en porter en bracelet, allez-y. 

Bilan: on fait trop grand cas de l'EDC. Beaucoup trop. La très grande majorité des EDC est faite pour une catastrophe nucléaire ou EMP (à laquelle on aurait survécu tout en se trouvant dans la zone de destructions maximales, notons-le). On voit tout de suite l'incohérence...

Conseil: À ce que monsieur et madame Tout-le-monde transporte sur soi à chaque jour, je n'y ajouterais qu'une lame pliante, trop utile pour s'en passer, une lame robuste capable d'ouvrir des portes d'ascenseur par insertion et écartement par pression ou couper des choses. Il ne s'est pas passé une journée pendant laquelle je ne me suis pas servi au moins une fois de mon couteau pliant, depuis que je porte une lame. Mais, n'allez pas croire que vous pourrez chasser l'écureuil ou le pigeon avec cela.


 VIDÉO: Mythe 4 - L'EDC



Conclusion

Bien que le phénomène a toujours été là, on assiste à une matérialisation grandissante du survivalisme assortie à un mercantilisme de masse de plus en plus envahissant. C'est davantage perceptible avec les années.

Et c'est fort regrettable puisque le survivalisme, en se "mainstreamisant" (pardonnez le néologisme), perd son essence de prévoyance et d'autonomie pour devenir l'affaire d'équipementiers, de vendeurs et de représentants de commerce.

Je vois les pauvres débutants sur les forums et les groupes de discussion, ceux qui viennent de comprendre et décident de se préparer. En l'absence de connaissances, ils veulent être "conformes" à ce que les "vrais" font et conséquemment, sont à l'affut de ce qu'ils se doivent d'acheter et de posséder.

Alors ils écument les lieux, tendent l'oreille pour entendre et se conformer à ce que les leaders d'influence disent et s'efforcent de s'équiper à vitesse grand V. Quitte à apprendre pourquoi et comment plus tard.

Considérez, évaluez, raisonnez. Vous n'avez pas besoin de tout posséder. Mais avant tout:

"Connais-toi toi-même, car tu connaîtras l'Univers et les Dieux".