dimanche 14 décembre 2014

Survivaliste ou réfugié comme les autres

150 km de route à faire dans le cadre de mon travail.

Je m'emmerdais. Alors j'ai fait comme je fais toujours dans ces conditions, j'ai réfléchi.

Le paysage dans lequel je me trouvais m'a fait me poser encore une fois la même question? Si des gens évacuaient leur lieu d'habitation, où iraient-ils s'ils n'ont pas de destination préparée comme un BOL ou une BAD?

À moins de 50 km de Montréal, la survie est impraticable à court et moyen terme: trop de gens, trop de banlieues, trop peu de ressources et si on trouve des champs, ceux-ci ne rendent que deux ou trois semaines par année, sauf la production maraichère qui rend plus longtemps et plus tôt mais qui n'est pas très calorique et incapable de soutenir une population.

Il y a les petits fruits qui commencent en juin et dont les périodes de cueillette se succèdent jusqu'à août mais encore là, rien pour écrire à sa mère. On passe rapidement à travers une talle de bleuets, spécialement si c'est moi qui y suis.

Évidemment pour la France le contexte est différent, tant au niveau de l'abondance de la nourriture dans les champs qu'au niveau des périodes de rendement alimentaire, beaucoup plus étendues.

Depuis la région de Montréal, il faut donc aller plus loin que les 50 km fatidiques. Beaucoup plus loin.

Si on veut un exemple, rappelons-nous l'Exode de 1940, où entre le quart et le tiers de la population française a pris la route vers le sud.

Et le sud salvateur, à cette époque, ce n'était pas les faubourgs de Paris, c'était 200, 300, 500 km et plus loin.

Rappel

Je suis d'avis que l'évacuation doit être une des options qu'on se donne et non l'option principale ou la seule possibilité. 

Si l'on est un survivaliste qui se respecte, l'on doit se donner les moyens maximaux pour développer et vivre notre autonomie. Or, on a rarement beaucoup de moyens quand on en a qu'un. Qui plus est, ce moyen unique, l'évacuation, est précisément celui qui procure le moins de stabilité, de prévisibilité et de sécurité! On est mal barré.

Avec la préparation de l'évacuation vient, devrait venir, la préparation du point de chute, d'une destination, capable de nous héberger et de nous nourrir un temps substantiellement long.

L'une (l'évacuation) ne va pas sans l'autre (la destination préparée) sans quoi on devient presque inévitablement un évacué errant puis un réfugié.

La route

Si en 1940, vous aviez vécu à Paris, quand auriez-vous décidé de partir sur les routes?

Oui? Quand? Avant la percée de Sedan? Si c'est votre réponse, je vous adresse alors une autre question: comment auriez-vous pu savoir que les armées françaises se seraient fait défoncer à Sedan et que les armées allemandes avaient la voie libre vers Paris?

Bien sûr, quelques personnes avaient quitté Paris bien avant la percée de Sedan, principalement les riches industriels, les producteurs de cinéma, les banquiers, quelques médecins et juristes, des gens qui avaient de l'argent, des biens et des résidences secondaire sur la Côte d'Azur ou dans le sud, voire à l'étranger.

Toutefois, la grande masse des gens qui ont évacué Paris et tout le nord de la France ont quitté quand les allemands arrivaient, pas avant. De là la congestion sur les routes.

À moins de disposer d'une boule de cristal pour partir avant tout le monde et d'un point de chute préparé, l'évacuation se fera toujours dans les conditions suivantes:

1) Un ordre d'évacuation des Autorités forcera le départ ou la situation se dégradera tellement que les gens décideront tous en même temps qu'il est temps de partir.

2) Les premiers de la masse qui partiront, ceux qui savent ou auront été prévenus avant les autres, ou encore les plus avisés, pourront se ravitailler, nourriture et carburant, au départ et en route car les inventaires des magasins et les stocks de carburant seront intacts.

3) Les autres prendront la route en véhicule avec son contenu en essence. Nous, survivalistes, avons des réserves, ça fera tourner notre moteur plus longtemps.

4) J'ai écrit "tourner notre moteur" et non pas "rouler", car les embouteillages seront monstres. 

  • Les voitures tomberont en panne de carburant ou en panne tout court au fil des kilomètres, encombrant davantage les autoroutes et chemins principaux déjà surchargés de circulation.
  • Les automobilistes désormais à pied marcheront le long de l'autoroute, parfois sur l'autoroute devenue un immense stationnement.
  • Les incidents violents se multiplieront, de même que les vols et les accrochages.
  • Le ravitaillement de quelque sorte que ce soit sera désormais impossible le long des voies d'évacuation, merci à la gestion "just in time" et à la demande fulgurante pour des aliments, du carburant et du combustible.
  •  Les hôtels, motels, auberges et même les fermes et les granges seront saturés d'évacués et les nouveaux arrivant seront reçus avec indifférence dans le meilleur des cas et plus probablement avec hostilité.
5) Il faudra aller de plus en plus loin pour se poser et dormir, reprendre des forces et se remettre en route. Il faudra probablement abandonner le véhicule automobile (si on en a un) parce qu'il aura brûlé son carburant à tourner à vide.

Ça, ce n'est que la route. Si on n'a pas de BOL (refuge) ou de BAD (base autonome durable) à l'autre extrémité de notre route, il faudra encore trouver un endroit pour vivre et des moyens de s'alimenter, se chauffer et s'éclairer.

Parfois, on n'a pas le choix d'évacuer. En 1940, les français voyaient les allemands comme des ogres mangeurs d'enfants et violeurs de femmes et la peur viscérale de l'Allemand ne leur dictait qu'une seule conduite à suivre: fuir. L'Occupation qui s'en est suivie n'a pas été une sinécure mais l'ennemi, le soldat allemand, était généralement correct, beaucoup plus que le G.I. états-unien libérateur de 1944-1945 qui lui, agissait avec beaucoup moins de correction, c'est le moins qu'on puisse en dire.

En général, les gens évacuent parce qu'ils y sont invités par les Autorités, parfois parce qu'ils sont ordonnés de le faire. Quand les Autorités ne sont pas en contrôle, les gens évacuent parce qu'ils n'ont plus les capacités de rester sur place et de vivre.

C'est là que la préparation générale prend son sens: se donner la capacité de choisir le cours de ses actions et le moment venu, avoir le choix de rester ou de partir. 

Ma famille est prête à un bug in ou un bug out, à rester ou à partir. Nos préparatifs de bug in sont bien plus considérables que ceux du bug out et c'est normal. Du moins ça devrait être normal pour l'écrasante majorité des survivalistes. En effet le survivalisme est par essence sédentaire et non nomade, il ne faut pas l'oublier.

L'évacuation sans point de chute préparé est tout simplement un plan de réfugié "de luxe". C'est se donner de trois à dix jours de route pour, en quelque sorte, choisir le lieu où on sera pris en charge par les Autorités ou même, laissé à soi-même. Et cela, si on n'est pas chassé par les locaux qui verraient d'un mauvais œil des étrangers qui arrivent en petits groupes et qui sont dépourvus de tout.

Il serait temps qu'on abandonne la vision romantique de l'évacuation avec une fleur à la boutonnière et un brin d'herbe aux lèvres et qu'on la regarde pour ce qu'elle est: un échec à rester dans son milieu donc de la sédentarité et un grand péril pendant et après.

Évidemment, si on a un point de chute préparé et encore mieux, des gens qui nous attendent et qui nous ont déjà fait de la place, on vient de régler les problèmes d'insécurité et de dénuement propres à l'évacuation. Ainsi, de réfugié quasi-assuré, on devient un simple évacué, ce qui est infiniment mieux. Reste l'évacuation elle-même qui demeure un péril en soi.
Augmentez votre capacité à demeurer chez vous! Si vous ne le pouvez vraiment pas, développez des contacts avec des gens (amis, famille, réseau de survivalistes) afin de vous donner la possibilité de ne pas être condamné à devenir un réfugié...

S'il survient un grand bouleversement, le fait de demeurer dans un environnement familier et entouré de ses biens et peut-être de ses voisins est un facteur de stabilité. Nul besoin de rajouter au stress du bouleversement celui des aléas et des dangers de la route.

L'Homme a besoin de racines...

N.B. Dans la vidéo vous entendrez une expression québécoise, "des jeunes fendants", et non "des jeunes sans dents" comme certains l'ont comprise. Ce terme de "fendant" désigne une personne arrogante et qui se sent supérieure aux autres.


dimanche 7 décembre 2014

Conférence Survivre à l'effondrement et l'esprit survivaliste

C'est avec plaisir que Piero et moi publions la conférence que nous avons livrée à Montréal le 27 septembre dernier dans le local d'assemblée du Syndicat des Débardeurs de Montréal.

La sonorisation de la salle ne permettait pas une prise directe du son de sorte que nous avons dû placer la caméra sur le côté et utiliser son micro. La qualité sonore laisse parfois à désirer, veuillez nous en excuser.

Nous avons près de 3h30 d'enregistrement dont les questions du public qui étaient très intéressantes, la marque de gens avisés.

La conférence se visionne en quatre parties.

Recevez donc ce cadeau de Noël précoce avec le même esprit que celui qui nous anime:

Paix sur Terre aux hommes de bonne volonté.

Partie 1 de 4:


Partie 2 de 4:

Partie 3 de 4:


Partie 4 de 4:



dimanche 30 novembre 2014

La liste de Gigi La-mort-aux-os

Un ami à moi a décidé de se lancer en survivalisme. Oh, rien de très excessif, un petit kit de deux semaines.

Afin de préserver son anonymat, je l'ai renommé "Gigi La-mort-aux-os".

Il vit en appartement à Montréal (sur le Plateau ma chère!), seul. Il a un boulot qui peut rapporter beaucoup mais sans sécurité ni constance dans les revenus.

Bref, il veut développer une autonomie de deux semaines et il a pensé à demander à son vieil ami Vic ce qu'il pensait de son kit anticipé.

Vous le savez, je ne suis pas très liste. Pas que je ne fais jamais de liste, j'en fais plein mais j'en fais pour moi, sachant que ma liste convient aux besoins de ma famille et à notre anticipation des risques et qu'elle serait un mauvais guide pour une autre famille qui n'a pas la même vision des choses ni la même situation que nous. Ces listes changent au fil du temps, selon les besoins anticipés du moment.

Puisque je connais bien la situation de mon ami et qu'il m'a fourni sa liste montée avec un visuel humoristique, comme les photos ci-bas l'illustrent, je suis en mesure d'évaluer son kit et de partager mes observations.

Je lui ai bien évidemment demandé la permission pour ce faire.

Présentation

Dans cet article je résumerai mes observations mais j'élaborerai davantage dans la vidéo, je ferai une vidéo par volet.

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Objectifs du kit

Permettre à son propriétaire de pouvoir passer à travers deux semaines sans approvisionnements d'aucune sorte, ni alimentaire, ni énergétique.

Contraintes

 Le kit doit pouvoir tenir dans le tiroir d'un lit capitaine.

Budget: 

Suffisant mais limité

La liste de Gigi






Analyse et recommandations