Et après?

J'ai beaucoup parlé de préparation en terme de stockage. C'est une étape primordiale mais quand même seulement une des étapes.

Stocker n'est pas viable à long terme. Advenant un effondrement durable les réserves dureront le temps qu'elles dureront et par définition elles sont finies, i.e. limitées.

Mais après...

Donc on prépare des réserves mais on prépare aussi l'après.

Le but du survivalisme, c'est survivre. L'activité du survivaliste c'est la préparation à cette survie.

Or la préparation est incomplète si elle se compte en mois ou en années. Une préparation adéquate devrait, en principe, être éternelle, enfin, dépasser votre espérance de vie ou au moins celle de vos seules réserves.

Un peu d'histoire, voulez-vous?

Si on ne compte pas l'agriculture et l'élevage industriels - une véritable abomination - on réalisera que certaines fermes existent depuis plusieurs centaines d'années. 

C'est que leurs fermiers successifs ont exploité leurs terres de manière intelligente, sans connaitre ce que nous connaissons de nos jours mais avec un savoir qui les a bien servi. Certaines fermes, ou villa, fondées sous l'égide de Rome, sont encore exploitées de nos jours!

François de Montmorency-Laval
1er évêque de Québec
La première plantation durable d'arbres au Québec a été fondée par... Monseigneur de Laval, au XVIIe siècle!

Il avait en effet institué une plantation, divisée en quarante parcelles d'égales surfaces.

Les exploitants avaient reçu une stricte directive: n'abattre les arbres que d'une seule parcelle par année.

En 2011, elle est toujours exploitée!

Des terres agricoles qui ont 2000 années d'exploitation dans le corps et qui produisent toujours, des plantations qui ont 350 ans et qui sont toujours en service, c'est ce qu'on appelle du développement durable!

S'inspirer des Anciens

Villa romaine restaurée datant du IIe siècle
Les Anciens, nous l'avons vu, savaient exploiter sagement une terre. Le but n'était pas tant le rendement maximum pour profit maximum que la capacité à nourrir durablement. En effet, il ne fallait pas devoir déménager la ferme à tous les 10 ans pour cause d'épuisement des sols.


Néanmoins, tout sage qu'ils étaient, ils manquaient de connaissances scientifiques et de compréhension des mécanismes écologiques, dont le rôle des micro-organismes et la chimie des sols.

Nous avons maintenant cette connaissance!

Il est maintenant possible de cultiver la terre presque perpétuellement.

La preuve? Nos belles forêts Québécoises! Elles sont là depuis des temps immémoriaux et n'eut été des interventions humaines, elles seraient intactes et parfaitement capables de vivre encore bien longtemps.

La forêt, c'est de la terre qui fait pousser des végétaux ligneux. Avant l'homo industrialus stupidus, elle n'était ni engraissée, ni traitée contre les insectes nuisibles et pourtant se perpétuait toute seule.

C'est cela qu'il faut viser atteindre.

Agriculture de subsistance écologique et durable

Là, j'entends les survivalistes me traiter de prepper granola. Et pourtant...

Si tout s'effondre, que vous cultivez la terre et que que le carburant automobile disparait ou devient hors de prix, comment allez vous vous procurer votre engrais et vos insecticides? Ou même vos semences?

Car c'est illusoire de compter sur la chasse et la cueillette pour nourrir une famine toute l'année, une fois les réserves consommées.

Il faut considérer l'après bouleversement de normalité comme un voyage interplanétaire à l'issue duquel on ne trouvera que ce qu'on a amené avec nous.

Il faut donc nos outils, notre nourriture mais surtout les moyens d'en produire en ne comptant que sur nos moyens.
Permaculture

La permaculture, concept récent sous ce nom mais pratiqué de tout temps par les Anciens sous une forme qui s'en approche, est une approche systémique de l'agriculture.

Pour le survivaliste ou le prepper, c'est la seule forme d'agriculture qui réponde à nos besoins d'autonomie et de permanence.

Afin de nourrir notre famille, nous avons besoin de ne pas dépendre de ressources extérieures ou en tout cas le moins possible, de cultiver la terre avec un coût énergétique minime, de ne pas avoir de longues parcelles de terrain à parcourir, de pouvoir hydrater nos cultures facilement et de dépendre le moins possible, voire pas du tout, d'énergie électrique ou pétrolière exogène.
La permaculture permet à une installation agricole de taille modeste de prospérer et de pratiquement vivre en autarcie!

C'est que la permaculture se prête à cela:

Des plantes qui bouffent l'azote du sol sont plantées juste à côté de celles qui l'y fixe, certaines attireront les insectes désirables et d'autres repousseront les nuisibles, les larges feuilles des courges couvriront le sol d'ombre et favoriseront ainsi les plantes à longues tiges comme le maïs qui demande beaucoup de la terre et qui ne supporte pas la concurrence, etc.

Les animaux d'élevage mangeront des aliments qui ne sont pas non plus en concurrence avec l'alimentation humaine.

Les déjections animales (et même humaines!) seront utilisées pour engraisser le sol.

Certaines plantes seront plantées pour 4-5 ou 6 ans, le temps de préparer le sol à une autre culture plus souhaitée.

C'est en fait un synergie alimentaire créée autour d'une installation humaine.

Il ne faut que du soleil et de l'eau! Et aussi beaucoup de travail.

Avec la permaculture, les sols ne s'épuisent pas, il n'est donc pas nécessaire de les fertiliser chimiquement, ni de déplacer les cultures d'un champ à l'autre.

Avec 4000 pieds carrés de terres en parmaculture (371 m2), on nourrit une personne végétarienne pendant une année. 4000 pieds carrés, c'est 63 pieds par 63 pieds (19 m. par 19 m.)! Un acre cultivé nourrit 10 personnes végétariennes.

Il est bien entendu que si on introduit des aliments carnés, on diminue la surface en culture et on augmente la surface en pâturage ou en autres végétaux destinés uniquement pour les animaux.

Il est très facile, une fois le système mis en place, de produire pour plus que nos besoins.

Plus on produit, plus on travaille, certes, mais plus on travaille, plus on a de réserves, réserves qu'on conserve pour les années difficiles mais qu'on peut aussi échanger contre des aliments qu'on ne produit pas soi-même, ou contre des biens ou services.

Une installation intelligente et durable

L'autonomie alimentaire passe aussi par l'autonomie immobilière, énergétique et financière.

Nous vivons au Québec, ça veut dire chaleur accablante et humide l'été, froid parfois sibérien l'hiver.

Il faut gérer la dépense énergétique que représente notre habitation. Là encore, il existe des solutions: isolation supérieure combinée à une aération adéquate sans perte de chaleur. L'échangeur géothermique ou puits canadien diminue la dépense calorique de chauffage l'hiver et rafraichit l'été tout en procurant un air sain et frais à longueur d'année.

On augmente la fenestration côté sud et on élimine côté nord.

On apprend à vivre avec une température intérieure de 15-16 degrés l'hiver.

On recueille la glace des lacs l'hiver pour l'entreposer et ainsi disposer d'une glacière le reste de l'année.

On construit une chambre froide pour conserver les aliments.

Une maison conçue pour vivre en autarcie n'a pas besoin d'être reliée à Hydro-Québec: des éoliennes et des cellules photoélectriques fournissent le courant électrique dont nous avons besoin. Comme nous ne chauffons pas à l'électricité, nous avons besoin de moins de courant et une petite installation locale fera parfaitement l'affaire.

En cas de pépin majeur, les problèmes d'Hydro-Québec ne seront pas vos problèmes!

Un type de maison particulièrement intéressant, c'est le Earthship house qui non seulement est très écologique à tous points de vue mais en plus répond parfaitement au besoin d'autonomie que nous recherchons tous.

Conclusion

Avec un établissement autonome et durable, des cultures agricoles autonomes et durables, une préparation adéquate en terme d'outils, de semences, de savoir-faire, il est difficile de manquer son coup.

Je sais qu'il est incongru de parler d'habitations et d'équipements mais cela va de pair avec l'autonomie agricole. Après tout, que ferez vous, noyé sous les patates, les carottes, les légumineuses et la viande si vous gelez par -30 parce que l'électricité du réseau n'est plus distribuée?


Le maillon faible de tout projet survivaliste, c'est le domaine où vous êtes le moins autonome. Et c'est celui-là qu'il faut consolider.

J'ai entendu parler de très peu de survivalistes qui allaient au delà des stocks de nourriture et de munitions. Et c'est à mon avis une lacune, que je partage moi-même d'ailleurs.

Après Ragnarok, si vous êtes autonome, vous survivrez. Sinon, vous ne ferez que durer plus longtemps.

J'exagère? ll se peut. Mais notre famille se dirige néanmoins vers ça.


Commentaires

Loup Espiègle a dit…
En cas de pépin majeur, les problèmes d'Hydro-Québec ne seront pas vos problèmes!

J'aime beaucoup cette idée, mais si la seule centrale nucléaire pète, leur problème sera aussi ton problème, non ? :-X

Concernant la permaculture, il s'agit plutôt de faire du biomimétisme, et cela amène à établir un forest garden très productif. J'essaie de développer ça à ma BOL. Après c'est vrai qu'au Québec c'est un peu plus dur d'avoir de la variété dans les fruits et noix produits. Peut-être qu'il en existe dans ton coin !
Victor a dit…
Hélas ici c'est plutôt limité. Si tu veux une idée du climat ça ressemble à celui des pays scandinaves, avec une topographie et une végétation similaires.

On trouve beaucoup de petits fruits et les pommiers poussent bien dans certaines régions. À moins bien sûr de bénéficier d'une terre bien préparée et d'un microclimat!

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