Survivre à l’effondrement économique - critique


Tout le monde a la capacité d'avoir raison. 

Pour des tribuns populistes, il suffit de citer une anecdote, de la dénoncer comme règle générale ou pratique courante, d’en faire le marketing grâce aux amis et à quelque commanditaires bien cachés et voilà: le bon peuple croit et suit. 

Piero San Giorgio, lui, examine les systèmes et fait partie de cette race de gens qui se placent au dessus de la mêlée pour produire une analyse relevée, complète, systémique et lucide.

Survivre à l’effondrement économique de Piero San Giorgio (Éditions Le Retour aux sources, 2011) est un livre qui annonce ouvertement l’effondrement économique global imminent mais surtout qui enseigne comment s’y préparer, y survivre et oserais-je dire, vivre bien et heureux.

Ce livre intéressera les survivalistes certes mais s’adresse aussi à ceux qui sentent que quelque chose ne tourne réellement pas rond dans notre mode de vie au sein de notre civilisation. Et croyez moi, ils vont comprendre après avoir lu ce livre.

Piero San Giorgio ne se contente pas d’affirmer. Il démontre, sources et chiffres à l’appui, ce qui est et ce qui sera.

L'auteur présente des faits qui sont incontournables : le pétrole est limité, les ressources matérielles sont limitées mais notre système économique a besoin de croissance illimitée. Il ne peut se produire qu’une fuite en avant comme nous la vivons depuis plusieurs décennies et après, le clash qui sera d’autant plus violent que les populations n’y seront pas préparées.

Et c’est là que toute la sagesse que recèle ce livre se manifeste. Effondrement oui, mais adaptation, atteinte d’un nouvel équilibre et après un temps, San Giorgio annonce ni plus ni moins qu’une nouvelle civilisation basée sur un usage intelligent des ressources, la réponse éclairée aux vrais besoins des humains et une économie dont la richesse sera concrète et réelle et non plus appuyée sur de la phoney money ou des performances boursières ne reflétant pas du tout la réalité des choses.

San Giorgio pointe du doigt des dangers nouveaux et trop peu abordés, même par les observateurs de notre société, par exemple : 

« Le problème c'est le risque de collision entre les catastrophes naturelles et les catastrophes économiques. Et cela, c'est nouveau. » (Survivre à l’effondrement économique , p. 123).

Il annonce aussi ni plus ni moins que la disparition fonctionnelle de la monnaie fiat (c'est-à-dire la monnaie basée sur la crédibilité de l’émetteur plutôt que sur des commodités comme l’or ou l’argent), le retour du troc comme moyen principal d’échange économique (qu’on voit fleurir actuellement en Grèce au moment de la rédaction de cet article), la régression puis la disparition de l’agriculture industrielle basée sur une dépense énergétique démesurée et de l’exploitation intensive qui appauvrit les sols, la disparition de la toute-puissance et de l’universalité de l’État et la fin, aussi, des Oligarchies qui dirigent l’Occident, faute du système économique qui leur assurait richesse et pouvoir. Ouf!

C’est tout un programme mais croyez-moi, Piero San Giorgio livre la marchandise!

L'auteur souligue que l’élément le plus important et qui bouleversera nos vie, c’est la raréfaction du pétrole qui est au cœur de nos activités économiques, industrielles et surtout agricoles. Le pétrole sert à déplacer les denrées et les matériaux, à construire, chauffer, produire de l’électricité, déplacer des banlieusards vers la ville et vice versa.

Malheureusement, comme l'indique San Giorgio, dans bien des domaines il ne peut être remplacé et il n’existe pas de forme d’énergie de remplacement qui nous permette de même seulement nous maintenir. Pétrole plus cher = fertilisants plus chers = travail de la terre plus cher = aliments plus chers. Et plus rares…

C’est à ce niveau que le choc du pic pétrolier (dépassé depuis longtemps) se manifestera le plus durement, démontre l'auteur.

Penser que Piero San Giorgio joue les Cassandre ne lui rend pas justice, loin s’en faut! Car s’il analyse des troubles majeurs à venir et la fin de la société de consommation basée sur le capitalisme financier et causant le gaspillage et l’épuisement des ressources, en revanche il propose des solutions. 

Rome a construit une civilisation sans pétrole et
à force de bras. Pas mal quand même!
Le mérite des solutions qu’il propose c’est qu’elles s’appuient sur des exemples historiques éprouvés qui ont permis à des civilisations de fleurir et de durer à une époque où les seules énergies disponibles étaient éolienne, hydraulique et animale. 

Ce n’est donc pas depuis des hauteurs conceptuelles théoriques qu’il s’adresse à nous, c’est fort des exemples historiques et du savoir contemporain qu’il nous communique des solutions, solutions qu’il a déjà mises en application.

C’est ainsi qu’il popularise le concept de BAD – base autonome durable – une forme d’occupation du sol et d’activité économique qui, comme son nom l’indique, est durable. 

La BAD à la San Giorgio est en quelque sorte une version considérablement améliorée et plus égalitaire des fonctionnalités de la Villa romaine où se centraient, dans la Rome Antique rurale, la production alimentaire, la vie sociale et les échanges économiques pourvoyant aux besoins des communautés locales. 

Parmi ces améliorations on note les connaissances et la science moderne, la compréhension des cycles naturels, les moyens et ressources contemporaines, une égalité fondamentale entre êtres humains (ce qui ne signifie pas une collectivisation de la gestion quotidienne), bien évidemment la technologie notamment l’électricité et hélas, la sécurité de ses membres car dans un monde qui s’effondre, monde dans lequel la population est dans un état d’impréparation totale, il peut y avoir et il y aura des troubles et de la violence, causés par les famines mortelles, l’absence de ressources et l’incapacité des États à faire face à des situations globales.

Image tirée du film "The Road" 
Tout au long du livre sont semées de petites fictions servant à illustrer ce qui risque de/va se passer lorsque les structures économiques et financières s’effondreront. Et si parfois ça nous fait dresser les cheveux sur la tête d’horreur ou d’incrédulité, ces petits récits ont le mérite de nous faire réaliser à quoi ça peut ressembler, une société en décomposition.

Mais le plus grand des mérites de Piero San Giorgio, c’est l’espoir qu’il suscite  en proposant non seulement des solutions, comme mentionné plus haut mais surtout en indiquant comment nous pouvons les mettre en place, les déployer et les rendre concrètes, dès maintenant, et presque sous la forme d’un manuel d’utilisation. 

Il nous indique comment devenir survivaliste, pas sur un modèle hardcore-guerre froide à l’états-unienne avec bunker, mitrailleuses, napalm, huit ans de nourriture déshydratée et bloc opératoire personnel. Non, plutôt à devenir survivaliste le temps de la transition et après celle-ci, un être humain libre, autonome et j’ose le dire, heureux d’une vie saine et lucide parmi ses pairs.

Je n'hésite pas à le dire: il y a une dimension humaniste et une connaissance profonde des besoins de l'être humain dans la vision de Piero San Giorgio

Les profanes apprendront beaucoup de choses sur les rouages de la société et de l’économie alors que les survivalistes, preppers, autarcistes (ou « badistes ») en apprendront aussi mais surtout, pourront comparer leur approche à celle de San Giorgio qui, ma foi, me semble sans failles. Le seul bémol que je lui adresserais concerne la question de la défense personnelle. En effet Piero San Giorgio est d’origine Suisse et les Suisses sont astreints à un service militaire et à une longue période de service ponctuel à titre de réservistes. Les armes de service sont dans le placard, tous les citoyens ou presque ont une place dans un bunker, etc.

C’est dire que les armes, l’engagement d’un ennemi à l’arme à feu et la neutralisation de dangers par des moyens violents, font partie de l’univers Suisse, ce sont des données familières et des situations pour lesquelles ils sont entraînés. Pour le Français, pour le Québécois, pour les autres lecteurs habitant des pays où l’État désarme sa population (comme les Allemands sous Hitler et comme les Soviétiques sous Staline) ou contrôle sévèrement la possession et l’usage d’armes aux mains des citoyens, il n’est pas évident de conceptualiser l’usage d’une arme contre un être humain. Aussi à l’intention des non-survivaliste je crois qu’un approfondissement de cette question serait une amélioration dans une réédition ultérieure. Mais c’est la seule amélioration que je verrais!

Ceci étant dit, Survivre à l’effondrement économique est un ouvrage important, très complet, bien équilibré sur le plan des analyses et des exemples concrets. C'est du solide qui s'appuie sur des faits vérifiables et vérifiés. Ce livre est à la portée de tous, y compris des consommateurs "heureux" de leur vie mais qui ont, parfois, de petits doutes.

Je recommande chaudement sa lecture et il fera partie de ma liste de cadeaux à offrir.

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Piero San Giorgio, Survivre à l’effondrement économique, Éditions Le retour aux sources, 2011, disponible chez Amazon France pour environ 40$ taxes et livraisons comprises.

Liens à consulter:

Site de Piero San Giorgio: http://piero.com/, avec notamment sa page de liens:
http://piero.com/default/18/

Émission de radio avec Piero San Giorgio comme invité: http://rim951.fr/?p=1509 

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Commentaires

Anonyme a dit…
Excellent en tout point, MERCI
Anonyme a dit…
A noter, piero fait un lien sur cette critique depuis son blog.

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