Sapientia populi

Je communique beaucoup, vous vous en doutez bien! Il le faut pour pouvoir tenir et nourrir un blogue. Comme j'aime les gens je vais facilement au devant d'eux et je m'ouvre tout aussi facilement.

Naturellement quand le contact est bon je parle d'économie et j'en viens souvent à aborder d'abord le sujet de la précarité de notre économie puis celui de son risque d'effondrement.

Contrairement à ce que nous serions tentés de penser, il existe beaucoup plus de gens que ce qu'on croirait qui perçoivent les risques de crise économique majeure ou les risques d'effondrement économique. C'est la Sagesse Populaire à l'oeuvre!

Avant de développer ce sujet, j'aimerais vous rappeler bien-connue fable de La cigale et la fourmi de Jean de la Fontaine


Jean de la Fontaine (1621-1695)
Poète Français
La Cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
"Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'Oût, foi d'animal,
Intérêt et principal. "
La Fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
- Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant. 
Je trouve cette fable terriblement représentative de la Société! Certains préparent les mauvais temps à venir, d'autres jouissent de tout et se disent "bah! demain il existera bien quelque chose dont je pourrai jouir, quitte à demander autour de moi".

Il y a donc des cigales et des fourmis dans notre société et peut-être aussi une troisième espèce, une hybride de la cigale et de la fourmi celle-là, que je nommerai les "fourgales".

Les cigales consomment, s'amusent, voyagent, mettent même de l'argent dans leur fonds de retraite et comptent cesser de travailler tôt et s'établir en Floride six mois moins un jour par année (car s'ils dépassent ce six mois, il perdent l'accès aux soins médicaux gratuits i.e. payés par les contribuables y compris ceux qui n'auront jamais les moyens de s'établir en Floride). 

Puis ils reviennent au pays et racontent à quel point la vie est belle en Floride, à quel point le climat est doux, à quel point les gens sont gentils, etc.

Les fourmis elles, dans le cas présent les survivalistes, preppers et autarcistes, n'accumulent pas nécessairement d'argent mais plutôt de la nourriture, des moyens d'en produire, des outils, des systèmes de défense et de protection, un abri sécuritaire et permettant l'agriculture (une BAD quoi), peut-être aussi un peu de métaux précieux comme l'or et l'argent sonnants et trébuchants.

Entre les deux, les "fourgales", des gens qui ont la clairvoyance de la fourmi mais, faute de savoir mieux, l'impuissance de la cigale.

Je vois beaucoup de "fourgales" à travers mon boulot. En effet mon boulot me fait rencontrer beaucoup de gens pendant un temps suffisamment long pour pouvoir entamer des conversations personnelles. 

Ces "fourgales" sont conscients des durs temps à venir. Pour plusieurs ce sera une crise économique plus difficile que la dernière, pour d'autres ce sera une crise majeure qui marquera un tournant dans l'économie occidentale, enfin quelques uns sont conscients d'un effondrement à venir. Peu envisagent la possibilité d'un conflit mondial, recours traditionnel des empires déclinants pour maintenir leurs suprématie et s'approprier les ressources manquantes (i.e. le pétrole notamment).

La constante cependant est que rares sont ceux remettent en question la monnaie-fiat (le dollar, l'euro, la livre sterling, etc.) comme valeur et comme richesse. Les fonds de réserve de ces gens sont stockés sous forme d'actions, de bonds du trésor, de certificats, enfin, sous forme de papier qui atteste d'un avoir et qui rapporte éventuellement... d'autres papiers.

Comme on dit souvent, "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras". Sur la base de ce principe, j'essaie d'expliquer aux gens que la richesse n'est vraie que si elle est matérielle, palpable et universellement reconnue ou encore si elle produit des fruits (au sens légal du terme) par son usage ou sa simple possession.

Les métaux précieux dont l'or ont 6,500 ans d'histoire: ils sont d'abord utilisés pour fabriquer les objets religieux puis il y a environ 2800 ans sont apparues les premières pièces d'or utilisées comme monnaie. 

La terre, celle qu'on peut cultiver, est l'unique - et j'insiste là dessus - l'unique ressource qui permet de produire de la nourriture. Elle est de plus un fantastique collecteur d'énergie solaire: 1700 watts par m2, accumulés en chaleur ou convertis par des végétaux par photosynthèse.  

Bien sûr on peut cultiver en serre, en hydroponique et sûrement de toutes sortes d'autres manières au prix d'une grande dépense énergétique. Mais la terre, la vraie, est un espace de vie, un espace d'alimentation, un espace de ressource et pour peu qu'on sache bien la traiter, elle nous fournit tout contre un peu de travail.

Les ressources matérielles comme les métaux de récupération, le bois d'oeuvre ou de chauffage, les biens en demande, sont aussi des richesses pour les temps à venir mais rien ne remplacera une terre qui peut produire.

Je lisais il y a quelques mois une analyse du comportement de certains investisseurs qui a changé ces dernières années: au lieu d'investir à la Bourse comme ils le faisaient traditionnellement en achetant des actions, des options et tout le reste, ils achètent maintenant des commodités, jugeant que leur argent est plus en sécurité et rapporte autant que sous forme d'actions. En effet, une commodité comme de l'or, du pétrole, des céréales, sera toujours vendue avec profit, comparativement aux actions dont le comportement est parfois imprévisible.

Revenons aux "fourgales" maintenant. Ce qu'il manque aux fourgales, qui sentent bien qu'il y a quelque chose de pourri au royaume du néolibéralisme, c'est une compréhension des mécanismes financiers, notamment le système des réserves fractionnaires des banques et la dépréciation de la monnaie fiat par la création de monnaie sans contrepartie concrète qui conduit ultimement à la déflation, à la stagflation et finalement à l'hyperinflation. 

Beaucoup sont conscients que la tertiarisation du travail et de l'économie pose un grave problème de production de richesses: le secteur tertiaire ne crée pas de réelle richesse concrète et dans un contexte d'effondrement économique, le secteur des services, qui emploie la majorité de la population, écopera le plus durement puisque son activité économique n'est pas génératrice de nourriture ou de biens de consommation.

Aussi, si vous connaissez des fourgales (des gens qui ont la prévoyance et la sagesse de la fourmi mais seulement les connaissances de la cigale), tentez de leur expliquer comment se préparer adéquatement, ça fera des piliers de reconstruction de plus et des zombies de moins.

Il y a beaucoup plus de fourgales qu'on ne le pense. À travers mes conversations avec des propriétaires d'entreprises ou des gestionnaires d'entreprises, j'estime à 20% la proportion de fourgales. Elle sont nombreuses, trouvons-les!

Comme quoi, malgré l'abrutissement provoqué délibérément par les médias, malgré l'hyperconsumérisme partout encouragé, presque forcé, il existe beaucoup plus de gens qu'on ne le pense qui font preuve de sagesse et de réalisme. 

Vive la sagesse populaire!


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Commentaires

Khylsdrak a dit…
Bonjour,
beaucoup de gens comptent sur les autres (j'ai de la famille, un voisin, un proche qui m'aidera...) ou sur un rebond de l'état qui trouvera toujours une solution. Ils remettent leur vie aux mains de politiques ou aux mains d'autrui plus globalement.
Autrement dit, ils ne veulent plus prendre leurs responsabilités, ils veulent continuer de vivre dans leur cocon douillet avec tous les services à disposition, services qui ne tomberont jamais selon eux.
Je rencontre pas mal de gens comme ça et quand je discute d'autonomie ou d'indépendance face aux systèmes en place, la première réaction est souvent de l'incompréhension et on me dit "tu te fais suer pour rien".
Je préfère être dans le rôle de la fourmi.
Merci pour l'ensemble de ton blog qui est très constructif.
Victor a dit…
Merci de tes commentaires, j'apprécie beaucoup.

En effet, faute de mieux, faute d'avoir connu la misère d'une guerre, faute d'avoir connu les flots de réfugiés, faute d'avoir connu les épidémies, faute d'avoir connu l'insécurité, les gens croient que tout est stable et le restera à jamais.

Il faut parler aux personnes âgées pour réaliser que nous vivons un tout petit épisode de prospérité civilisationnelle et que ça va prendre fin.

On ne peut pas blâmer nos contemporains pour leur imprévoyance, tout concours à la maintenir: l'État veut être indispensable, les entreprises privées veulent être indispensables, tout ça pour maintenir leur clientèle (au sens romain du terme). Or le survivalisme, c'est l'indépendance, l'autonomie et la liberté d'agir sans subir la contrainte de la dépendance.

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