Tactique 201: organisation


MISE EN GARDE


L'article qui suit vise le cas hypothétique où de tels agissements seraient ou bien légaux, ou imposés par la nécessité de légitime défense et de ce fait excusables en Cour.

Il ne constitue aucunement une incitation, un encouragement ou une justification à poser de tels agissements et cet article est publié à titre théorique.

Le contexte théorique du sujet abordé est celui où l'État et ses appareils de sécurité seraient détruits ou inopérants et où les citoyens seraient laissés à eux-même pour tous leurs besoins, y compris celui de sécurité.


TACTIQUE 201


Maintenant que nous avons posé les bases de la tactique dans Tactique 101, je me propose d'explorer la chose plus avant en examinant les approches d'organisation de la sécurité et de la défense communautaire ou collective.

Tactique 101 examinait les bases de la tactique, Tactique 201 s'attache plutôt à l'organisation de la protection.

Il existe en général plusieurs manières d'aborder les mêmes problèmes. En matière de défense du territoire ou de défense de la communauté, c'est aussi vrai.

Je ne passerai pas en revue toutes les approches et tous les moyens d'organiser la protection et la défense d'une communauté. Il y a en trop et ces approches sont plus souvent qu'autrement des variations autour de quelques thèmes.

J'ai toutefois pu identifier un modèle d'organisation qui me semble le plus adéquat et le plus facile à développer, qui a, en plus, une connotation historique en Amérique du Nord : celui de la Milice.

Quand je parle de la Milice, j'y réfère au sens Nord-Américain du terme, je précise parce que je sais que ce mot est entaché d'infamie pour mon lectorat Français...


La Milice


Un autre petit mot d'avertissement: Par Milice, je parle en fait d'une forme d'organisation de la sécurité dans un contexte où l'État est rendu incapable d'assurer l'Ordre et à des fins purement défensives, pour se protéger de gens ayant des intentions criminelles et aux fins de protéger des vies. Je parle, enfin, d'une Milice POUR et non pas CONTRE, qui pourrait même agir à titre d’auxiliaire des forces de l'ordre si celles-ci le requéraient.

J'ajoute que le respect de la Loi est primordial. 


La Milice est une institution qui regroupe de gens armés qui sont mobilisés ou engagés pour des campagnes ponctuelles ou encore en cas d'urgence.

Dans l'Amérique coloniale, peu importe qu'elle soit Française ou Anglaise, il y avait des milices, formées par dans les communautés locales. Elles étaient composées des membres de ces communautés. Du côté US, leurs officiers étaient très souvent élus par les miliciens eux-mêmes.

La Milice était très sollicitée dans les débuts des colonies de l'Amérique du Nord  à cause des guerres entre Européens et Premières Nations dans un premier temps puis entre Européens tout court.  

Madeleine de Verchères
En Nouvelle-France, paysans, coureurs des bois et notables servaient soit pour mener une expédition chez l'ennemi, soit  pour défendre la place ou les communautés voisines contre des ennemis.

L'histoire d'une héroïne nationale, Madeleine de Verchères, illustre l'usage et la fonction de la Milice.

Selon la légende, son village ayant été attaqué par les Iroquois, la jeune Madeleine, 14 ans, fille du seigneur de Verchères, rallie les gens et s'enferme dans le fort avec eux, où elle organise la défense en jouant du fusil et du canon.

Elle résiste aux attaques iroquoises pendant plusieurs jours jusqu'à l'arrivée de la Milice, rameutée dans les villages voisins, qui vient mettre fin aux combats et délivrer les villageois.

Les exemples de l'usage de la Milice sont nombreux dans l'histoire des colonies Nord-Américaines. 

Leur force, c'est d'être composée de gens d'un même lieu, connaissant très bien les environs et capables de se réunir rapidement en cas d'attaque et de livrer combat à l'adversaire.


Les Minutemen


Les célèbres Minutemen de la Révolution États-Unienne sont un modèle à noter. Les Minutemen étaient des miliciens appartenant à une communauté locale qui s'engageaient à être prêt à prendre les armes et se battre avec très peu de préavis.

Leur particularité, c'était de pouvoir être prêts à partir au combat en moins de deux minutes, arme en main, munitions de guerre et de bouche en besace et BOB au dos. Tout ça au XVIIIème siècle! C'est l'ancêtre des forces d'intervention rapides.

Leur armement, des fusils de chasse rayés, en faisaient des tireurs de précision idéaux. Ils pouvaient engager les redcoats de loin, se tenant hors de portée des fusils militaires, moins précis et efficaces seulement à plus courte distance. Par contre le rechargement des fusils rayés était plus long.

On estime que leur présence à joué un rôle important dans la Guerre d'Indépendance États-Unienne. Les Minutemen ont permis de regrouper rapidement de petites forces de combat qui pouvaient harceler les colonnes ennemies en approche et ainsi les ralentir pendant qu'à l'arrière les bataillons de troupes indépendantistes, régulières et miliciennes, se formaient et montaient au front.


La table est mise!


Miliciens, Minutemen, unités formées de paysans provenant d'une même communauté, se rassemblant en cas d'attaque, ça ne vous sonne pas des cloches?

Si vous êtes survivaliste, vous avez forcément réfléchi aux questions de sécurité communautaire. Voilà donc un modèle très intéressant à considérer.

Une communauté survivaliste ne peut pas se permettre d'avoir des gens dédiés uniquement à la sécurité et qui seraient, disons-le, économiquement improductifs comme l'est la Police ou l'Armée que nous connaissons, ceci étant dit sans mépris pour les gens qui en font partie.

C'est sur une base milicienne que doit s'organiser la sécurité d'une BAD, avec un maximum d'adultes valides dans ses rangs (hommes ET femmes), des entraînements réguliers au tir et à la manoeuvre tactique, etc.

Il n'est pas interdit d'avoir l'équivalent de Minutemen, si la taille de la communauté le permet, des gens qui seront prêts en tout temps et qui se auraient comme responsabilité particulière et spécialisée, la sécurité.

Miliciens, Nouvelle-France, XVIIIè siècle
La chose est concevable. Dans la Nouvelle-France, pendant les guerres contre les Iroquois (de leur vrai nom: les Haudenosaunee) les champs avaient tous en leur centre un arbre, un seul. Il était surnommé "arbre à indien". Au pied de cet arbre le paysan posait son fusil et en cas d'attaque, il courait à son arbre, tirait le coup de feu et grimpait pour recharger et tirer à nouveau.

Puis il attendait de l'aide, espérant que sa famille, ses voisins ou la Milice arrive à temps!

Le travail des champs n'oblige pas d'être désarmé et dans un monde dangereux, nos ancêtres avaient pris les moyens pour se défendre. Idem pour nous, si le monde devient dangereux, évidemment!

Organisation de la Milice


Il n'y a pas d'effort qui portera ses fruits si celui-ci n'est pas réalisé de manière cohérente. Ainsi en est-il pour une Milice communautaire.

Il faut une unité de commandement, une structure hiérarchique qui permet la passation rapide du commandement si le supérieur est hors de combat, et des règles de fonctionnement.

Frères Chasseurs
Puisqu'on parle de hiérarchie, un petit mot sur une Milice Patriote, ici, dans le Québec du 19è siècle: les Frères Chasseurs.

Grands Aigles, Aigles, Castors, Raquettes, Chasseurs, ça vous dit quelque chose?

C'étaient les rangs des différents paliers hiérarchiques de l'organisation des frères chasseurs.

Les Frères Chasseurs étaient une société secrète organisée comme une sorte de Milice clandestine et qui se proposait de reprendre la lutte armée contre le pouvoir britannique.

Organisés en Loges, ils avaient une structure hiérarchique qui leur était propre et qui répondait à leurs besoins. Cinq rangs, et non pas 15 ou 20 comme dans les armées contemporaines.

Pour les survivalistes, la hiérarchie peut ou non être déterminante. Si la communauté compte dix adultes, il est peu pertinent de nommer plus qu'un Capitaine de Milice et un successeur (ou deux, ou trois : deux c'est un et un c'est zéro...). Si en revanche elle compte vingt, trente membres ou plus, il faut prévoir des paliers intermédiaires pour assurer une unité de commandement efficace et une direction cohérente des sous-unités.

DANS TOUS LES CAS: il faut prévoir une ligne de succession du commandement, au cas où...

Élection, nomination ou cooptation?


L'élection, c'est le choix de la majorité.

La nomination, c'est le choix d'une comité à qui on a délégué des pouvoirs.

La cooptation, c'est le choix par quelques pairs, i.e. des gens en place.

Parmi tous ces modes de sélection du Capitaine, il faut choisir l'élection. Pourquoi?

L'élection d'un Capitaine de Milice est une excellente approche puisqu'elle permet à tous les gens de choisir celui ou celle qui les guidera, le cas échéant. Cette approche mise surtout sur la confiance en ce chef, une confiance qui solidifie la résolution de se battre et diminue l'acrimonie, le doute et à quelque part, la peur. Sera-ce le ou la plus compétent(e) qui sera élu(e)? À la communauté d'y voir, démocratiquement.

Le Capitaine de Milice doit avoir des pouvoirs absolus mais révocables en tout temps par la communauté. Son autorité doit même dépasser celle de l'Assemblée de la communauté dans les domaines qui le concerne. En effet, en matière de sécurité il ne doit pas y avoir de bruit ou d'interférence dans l'exercice du commandement: tout ou rien, tout tant que la communauté a confiance en son Capitaine, rien si elle juge qu'il doit être révoqué, y compris sur le champ de bataille.

Par contre, la Milice, sous le commandement de son Capitaine, ne fait pas, ne doit pas faire la politique: elle doit appliquer celle de la communauté survivaliste. Elle doit strictement servir et non diriger au prix de la destruction de la cohésion et de la mobilisation de ladite communauté


Bénéfices marginaux de la Milice



Une Milice de communauté survivaliste sert à beaucoup d'autres choses que la seule défense. En premier lieu, elle est un facteur d'intégration des gens, les nouveaux serviront avec les plus anciens de la communauté, les gens se connaîtront sous d'autres aspects que les relations sociales. C'est un excellent outil de cohésion communautaire.

Une telle structure organisée sera plus aussi facilement "mobilisable" pour des travaux qui ne sont pas nécessairement reliés à la sécurité comme le défrichement de boisés, la construction d'un bâtiment commun, les récoltes, la clôture d'un pâturage commun, la lutte aux incendies, etc.

Enfin la participation généralisée à une Milice permet la prise de conscience de l'interdépendance de chacun de ses membres et le désapprentissage de l'individualisme à outrance qui a dénaturé la nature grégaire de l'être humain occidental, individualisme qui nous sépare tous et qui nous affaiblit.


Quand créer une Milice?


Très prosaïquement, je réponds : quand le besoin s'en fait sentir. En premier lieu, je ne suis pas certain que les autorités prisent l'existence d'organisation sécuritaires concurrentes et indépendantes! Elles risquent d'y voir un danger, avec tout ce que ça implique.

Et puis, tant que la normalité actuelle n'est pas bouleversée au point où ce seront les citoyens qui seront seuls responsables de leur propre sécurité, il n'y a pas de nécessité de former des Milices, notamment à cause des inutiles risques d'attirer l'attention des Autorités qui ne comprendraient pas la démarche et qui n'y verraient que de la concurrence, voire une action de sédition.

Le succès et la force d'une milice, c'est la proximité de ses membres, proximité géographique mais aussi proximité psychologique, sociale, économique.

Même si des communautés vivent déjà sur le mode post-bouleversement de normalité avant que celle-ci ne soit effectivement bouleversée, j'estime qu'avant un bouleversement notable, l'existence d'une milice de communauté survivaliste est superfétatoire.

Au moment d'écrire ces lignes, certaines communautés organisées qui n'ont rien à voir avec le survivalisme disposent d'une sorte de milice.

Elles s'entraînent aux arts martiaux, à l'arme blanche et dans certains cas, au sein d'une armée régulière étrangère. Elles sont tolérées ou parfois même acceptées et supportées par les Autorités, surtout en Europe.

Ce ne sont pas des milices telles que présentées dans cet article, ce ne sont pas non plus des milices dans une optique survivaliste comme je viens d'en présenter le modèle. Comme les "milices" des communautés organisées existent, il fallait les mentionner. Afin de s'en dissocier.

On peut critiquer la sujétion des États aux intérêts oligarchiques comme je le fais souvent, ça ne justifie pas la formation hors-cadre et hors contrôle judiciaire de milices défendant des intérêts particuliers. La sécurité collective est pour le moment une affaire de l'État et elle doit le rester tant que l'État est en situation d'accomplir son mandat de sécurité publique.

Le seul cas qui serait acceptable et justifiable pour la création d'une milice de communauté survivaliste, c'est le cas où la situation serait chaotique, soit par désorganisation massive de l'État, soit par désagrégation de ses forces de sécurité, soit par troubles civils généralisés et avec nécessité de défendre de petites communautés des hordes criminelles de pillards (ou de zombies, c'est selon), et uniquement aux fins de protection.


La place réelle de la Milice


En temps de normalité comme maintenant, il n'y a aucune place pour une milice, elle n'a pas lieu d'être.

En temps de post-normalité, sa place doit être effacée et en retrait, sauf pour les "entraînements dominicaux". Une milice ou toute autre structure ou organisation qu'a une communauté pour se défendre, doit demeurer au service de la communauté et si elle est trop en vedette, on retombe dans le militarisme (ou le para-militarisme, c'est selon) et avec lui, l'autoritarisme, la suprématie d'une partie du groupe, etc.

La milice est un outil, elle doit demeurer un outil dans la main de la communauté et ne pas se transformer en main qui tient la communauté transformée en outil! C'est la mise en garde que j'adresse aux personnes de bonne volonté.


Commentaires

Référence à la mise en guarde: Sa Majesté des Mouches. UN groupe d'enfants abandonnés constitué, entre autre de 3 ou 4 éléments dans l'équivalent des cadets de l'armé. Malgré un début d'organisation par consensus il y a dérapage suite à l'organisation d'une 'milice'. Ok l'histoire mets en scène des enfants, mais nous savons tous lire entre les lignes. Un classique.
Victor a dit…
Merci d'en parler! J'avais déjà vu des films du genre et des documentaires sur les milices et c'est précisément ce que j'avais en tête quand je mettais en garde et quand je disais qu'il ne devait pas y en avoir une sauf en cas de nécessité ET d'absence de sécurité par l'État.

Idem pour mon insistance à ce que tous les membres adultes de la BAD en fassent partie, histoire d'assurer un meilleur contrôle.

Et finalement, il y a le fait que nous parlons de survivalistes regroupés dans une BAD, i.e. des gens qui ont des terres, des bâtiments des biens et des moyens de produire. Tout ça réduira les humeurs belliqueuses car ces gens auront des choses à protéger et non à acquérir ou voler. En principe la BAD pourvoira à tous les besoins de base, je vois mal un tel groupe risquer une aventure d'agression!

Pour des zombies, une milice sera essentiellement agressive et belliqueuse car ils devront vivre sur le pays. Mais en réalité on ne parle plus de milice, on parle de groupes criminels organisés. Ce ne sont pas des paysans miliciens qui sont appelés à servir en cas d'urgence, ce sont des gens dont l'activité principale est l'attaque armée.

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