Organisation politique d'une BAD autocratique

J'ai parlé dans l'article précédent de l'organisation politique d'une BAD composée de plusieurs propriétaires et non propriétaires qui prendrait plutôt la forme d'un hameau.

Dans celui-ci j'examine plutôt l'organisation politique d'une BAD formée d'un(e) seul(e) propriétaire, ou d'un groupe de propriétaires, qui accueillerait des réfugiés. 

On parle ici d'une BAD sous régime autocratique.

L'autocratie est un régime politique dans lequel le chef tire son pouvoir de lui-même.

Dans le cas d'une communauté survivaliste, si nous avons par exemple un propriétaire unique de BAD et qui fixe seul les règles, nous sommes en présence d'un autocrate, d'un Prince au sens machiavélien du terme.

Ceci étant dit, je ne prétends pas être un meilleur esprit que Machiavel. Aussi j'invite les lecteurs à se tourner vers Le Prince, son ouvrage le plus connu. C'est un recueil de conseils donnés au Prince, ou Autocrate, en vue de conserver son pouvoir sur son Domaine.

Mais nous n'en sommes pas à des questions de pouvoir, Dieux merci! 

Mon approche de ce mode d'organisation politique d'une communauté survivaliste sera différente de celle qu'a analysée Machiavel.

Nous sommes survivalistes ou preppers, nous nous préparons à passer à travers de différentes catastrophes ou difficultés et nous sommes précisément survivalistes ou preppers parce que les structures en place nous apparaissent inadéquates pour assurer le bien-être et la sécurité de toutes les populations.

Aussi bien développer un modèle qui soit durable.

Histoire de l'autocratie

L'autocratie est vieille comme le monde. C'est toujours le même scénario du mec qui possède quelque chose, qui invente la propriété privative et qui tient les autres en respect avec sa massue.

Ou encore plus récemment dans l'Histoire, il y a eu les Lois d'enclosure en Grande-Bretagne, où il suffisait à un homme riche de cloturer les terres communales pour en devenir propriétaire. La loi lui accordait ce pouvoir mais la propriété, elle, était auto-proclamée.

Ceci étant, dans la tradition de Common Law existe aussi la Règle du Château: l'individu est roi et maître chez lui, du moment qu'il n'enfreint pas les lois. Cette notion s'est répandue dans le monde car elle était nécessaire au développement du Capitalisme, concurrent des ordres établis.

Dans un monde où, à toutes fins utiles, le Souverain (État, Autorité centrale, nommez-les) a disparu, il n'existe plus de limites légales à l'autorité du propriétaire. Celui-ci devient autocrate puisque sa propriété de la terre lui donne, dans les faits, des pouvoirs quasi régaliens.

La BAD autocratique

Il s'agit d'une BAD où il existe deux ou plusieurs catégories de gens, ceux qui possèdent l'immobilier et qui fixent les règles, et les autres.

Il est parfaitement légitime que les propriétaires d'un bien soient préoccupés par la sauvegarde de ce bien et son maintient en bon état, au point de fixer des règles à ceux qui le fréquentent. C'est humain.

La question est de savoir quel sera le statut de ceux qui ne possèdent pas.

Un de mes amis m'a relaté que son beau-père, un agriculteur survivaliste, se préparait à ne plus compter sur les bénéfices de la civilisation occidentale dont notamment le pétrole, convaincu qu'il est que des évènements viendront détériorer cette civilisation. 

Son approche est d'ouvrir les portes de sa ferme à des réfugiés à condition qu'ils remplacent, à toutes fins pratiques, son matériel agricole mécanique fonctionnant au pétrole par leurs bras.

Plus clairement, les réfugiés seront nourris et logés contre leur travail.

De la manière que mon ami en parlait, cet homme est sincèrement convaincu qu'il fait preuve de générosité en offrant la possibilité de survivre à des gens qui autrement mourraient de faim ou seraient condamnés à l'errance. Et je n'ai aucune raison de douter des intentions de cet homme.

Le beau-père de mon ami deviendrait en pratique un seigneur comme nous en avons connu au Moyen Âge et même au Québec. Car évidemment les réfugiés seraient admis à ses conditions, devraient travailler avec une certaine productivité et pourraient évidemment être expulsés s'ils devenaient des poids morts.

L'autocratie, le nouveau servage?

L'autocratie ne conduit pas nécessairement à l'exploitation éhontée de la misère des gens ou à l'esclavage, je tiens à le préciser.

Frédéric II de Prusse, 1712-1786
Despote éclairé, ami de Voltaire
Il y a toujours eu à travers l'Histoire des autocrates qualifiés de despotes éclairés, des gens qui géraient l'exploitation de leur population afin qu'elle demeure toujours raisonnable, voire même qu'elle permette une émancipation, une prospérité économique pour le peuple.

Ces despotes éclairés sont toutefois une exception.

Si on se réfère encore une fois à Le Prince de Machiavel, celui-ci note qu'entre être aimé et être craint, le Prince (l'autocrate) devra choisir d'être craint s'il veut maximiser ses chances de se maintenir au pouvoir car l'amour, on le sait, est volage!

Machiavel étudiait les royaumes mais à petite échelle, qu'est-ce que ça donnerait?

Mon analyse est qu'une BAD autocratique avec une classe dirigeante et une classe laborieuse serait condamnée à terme à subir une révolte assez sanglante.

Combien de dirigeants faut-il pour contrôler, disons, cinquante travailleurs? Combien en faut-il pour gérer les travaux, se protéger des révoltes, réprimer une révolution interne?

Gauchos. ils n'ont rien à envier aux
cowboys zuniens, croyez-moi!
J'ai en tête la mise en situation fictive rédigée par Piero San Giorgio dans Survivre à l'effondrement économique, où un homme très riche s'est payé, avant l'effondrement, un superbe domaine en Amérique du Sud. Quand les évènements surviennent, il s'y rend, prend en main l'exploitation de ses terres et deux jours après, disparaît sans laisser de traces, les employés continuant à exploiter la terre mais pour leur compte cette fois-ci. Ils font une bonne affaire au fond: un homme riche a payé les installations et la terre et avec sa malencontreuse disparition, tout est fonctionnellement à eux, maintenant.

Et pourquoi pas? après tout la règle, la seule, c'est de survivre!

Évidemment si la crise est temporaire, les gens exploités endureront. Si celle-ci prend des allures de permanence, pouvez-vous imaginer des cadres intermédiaires, des employés de bureau, des syndicalistes ou même des petits commerçants déclassés accepter leur vie durant une vie de soumis, de cheap labor? C'est qu'ils auront toujours en tête que dans l'ancien monde, ils étaient quelqu'un et que maintenant ils sont maintenus à être rien par le fait d'un autocrate ou d'un groupe d'autocrates. 

Comment éviter les Jacqueries?

Comment les éviter? En ne faisant pas des gens des Jacques! Simpliste direz-vous? Peut-être.

L'être humain a besoin de motivations pour agir: la perspective d'une amélioration matérielle de sa condition, une meilleure considération sociale, mieux manger, mieux se vêtir, etc. 

Dans le cas d'une BAD autocratique, ceux qui font partie de la classe laborieuse doivent avoir espoir d'améliorer leur sort. Au fond c'est le même principe que celui qui règne dans un cabinet de comptables ou d'avocats: les juniors font moins d'argent que les seniors, les seniors en font moins que les associés. Et tous aspirent à passer au statut supérieur. S'ils ont le sentiment d'être dans un jeu de serpents et d'échelles dans lequel il n'y a pas d'échelles, ils quitteront pour aller là où ils pourront évoluer.

Au fond c'est pareil dans une BAD à deux classes de membres sauf qu'au lieu de quitter pour trouver une meilleure BAD, ils risquent de faire quitter ses dirigeants, définitivement.

Et ceux qui pensent qu'il suffit de réserver l'usage des armes aux autocrates, rappelez-vous que des truelles ou des pelles sont assez dévastatrices quand elles sont utilisées pour trancher des gorges...

Des droits ou de l'équité mais pas le servage

Je crois que le succès d'une BAD autocratique repose sur l'association de tous aux bénéfices dégagés par l'exploitation de la terre.

Les autocrates ont tout a gagner d'ailleurs. Je vais donner un exemple fictif.

Supposons une BAD de 60 personnes, dont 10 qui ont le statut d'autocrates et 50 qui ont le statut de travailleurs. 

Si les travailleurs sont exploités, les 10 consacreront la plus grande partie de leur temps à surveiller les 50 et à réprimer tout début de révolte. Advenant l'attaque de la BAD par une bande de zombies, combien défendront la BAD? Seulement 10 personnes. Les 50 autres défendront leur vie, peut-être défendront-ils aussi les réserves à travers la lutte mais il est certain que s'ils ont l'occasion de donner un coup de pelle derrière la tête des autocrates, ils ne s'en priveront pas.

Si cette BAD de 60 personnes compte un nombre égal d'autocrates et de travailleurs, il est à peu près certain que les travailleurs ne défendront pas leurs "maîtres", ce qui diminue la force de combat des autocrates, diminution d'autant plus marquée qu'ils devront maintenir aussi une garde sur leurs serfs.

Si tous en revanche partagent le fruit du travail, améliorent les conditions de vie des moins favorisés, si les autocrates comptent la même proportion d'improductifs que les travailleurs (personnes âgées, enfants, etc.), bref si tous sont traités également, tous se sentiront également investis de la responsabilité de faire prospérer cet établissement.

Cela ne veut pas dire que le propriétaire d'une BAD qui ouvre ses portes à des réfugiés doit aussi leur céder ses vêtements, sa chambre, son lit et sa brosse à dent. Ça veut surtout dire que tous doivent travailler et que les fruits du travail doivent être partagés équitablement, quitte à en garder une part plus grosse pour l'autocrate qui fournit la terre, le logis et les moyens de produire la nourriture.

Démocratie pour tous?

Si (quand) nous subissons un effondrement économique ou s'il survient des catastrophes naturelles sue aux changements climatiques d'origine humaine, c'est en très grande partie la faute aux oligarchies qui dirigent le monde dans le seul but de leur enrichissement et de l'accroissement de leur pouvoir.

Alors si la cause de ces destructions de normalités sont attribuables à l'action d'oligarchies, il vaudrait mieux éviter de recréer le phénomène dans nos BAD.

Que ce soit par un modèle démocratique comme dans mon article précédent ou par despotisme éclairé comme dans le modèle autocratique, l'important est que les gens aient espoir de s'élever, d'améliorer leurs conditions de vie et de laisser un monde meilleur à leurs enfants.

C'est une oeuvre de civilisation qu'on doit voir dans le survivalisme, pas seulement sauver sa peau.

Commentaires

Dilbert a dit…
"L'association de tous aux bénéfices" était probablement ce qui se faisait autrefois : on voyait le propriétaire de la ferme travailler autant que les membres de sa famille ou les "journaliers" occasionnels. Je n'imagine pas que dans un monde de rareté le propriétaire passe son temps à surveiller les autres avec le fusil plutôt que de travailler...

Évidemment cela n'empêche pas l'apparition d'un autocrate extérieur qui voudrait accaparer les bénéfices par la force (à noter qu'une lutte politique c'est exactement ça : vouloir être à la tête d'un troupeau à tondre, à la différence du salariat où il y a consentement des deux côtés). On peut imaginer aussi des gens qui se contentent d'une condition salariée et passent d'une organisation à une autre pour "faire jouer la concurrence".
Loup Espiègle a dit…
Salut Victor,

Je verrais les choses ainsi : les "réfugié(e)s" sont hébergé(e)s pour une durée indéterminée, mais ils/elles sont fortement encouragé(e)s à prendre le large une fois que le fruit de leur travail le leur permet. En gros ils/elles font en sorte, lors de leur séjour, de se constituer un "bagage" (équipement/compétences) pour aller s'installer ailleurs.

Une chose est sûre : il n'existe pas de fonctionnement idéal.
Victor a dit…
Sauf que le salariat n'est pas vraiment un choix libre. Anciennement il était quasiment inexistant.

Il est possible que la concurrence joue et c'est tant mieux pour les non-proprios mais à l'inverse, si la concurrence ne joue pas (la terre ne manquera pas, supposément, mais les outils et les semences non stériles, oui), alors les réfugiés l'auront dans l'fion.

S'il faut avoir un autocrate autant qu'il soit un despote éclairé.
Victor a dit…
Je ne suis pas certain que les gens voudront prendre le large, surtout si l'économie, la civilisation ou que sais-je ne redémarre pas "comme avant".

Mais l'idée n'est pas mauvaise en soi, bien au contraire. J'y vois une occasion d'upgrader, si on peut dire, les réfugiés en proprios, pour peu qu'on puisse leur trouver des terres pas très loin, on renforce ainsi les capacités de défense et on agrandit la communauté de manière durable.
Anonyme a dit…
tres bonne article mon ami.

je serait d accord pour embarqué dan un projet comme ca,tu sais déja ce que j aie comme équippement coté energie.trouvé des candidat sérieux,choisir selon les besoin,des groupe dan différente région du quebec,
baux projet pour le futur en vue

dans la région les terrain ne manque pas sur tout en montagne,

nico

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