Organisation politique d'une communauté survivaliste

"Si vous ne vous occupez pas de la politique, c'est la politique qui s'occupera de vous."
(Sagesse populaire)

Peu importe comment on envisage la chose, à partir du moment où deux personnes et plus s'assemblent dans le cadre d'un projet communautaire, on parle de politique. 

Il ne s'agit pas de politique partisane mais bien de politique au sens de Politeia: l'organisation et la gouvernance de la société.

Et c'est là que les choses se corsent - ou deviennent intéressantes, c'est selon comment c'est préparé.

Dans une famille, un groupe, un clan, une communauté, un village, un pays, nommez-les, il existe toujours des structures décisionnelles qui organisent les rapports des gens entre eux.

Elle est formelle (hiérarchie "titrée") ou informelle (le concept de l'autorité parentale du Québec par exemple) mais elle existe toujours.

Même les anarchistes ont une structure de gouvernance qui se manifeste par l'autogestion.

L'absence de structures de gouvernance s'appelle le chaos.

Pourquoi s'organiser "politiquement"?

On peut penser que de petits groupes ou de petites communautés évoluent bien toutes seules, sans devoir fixer des règles ou des contraintes. Rien n'est plus faux! En fait plus le groupe est petit moins la force du groupe (la pression des pairs) est effective si le groupe est divisé. Quiconque a milité ou fait parti d'organisations pourra en témoigner.

D'un point de vue plus philosophique, nous préparons tout ça pour une raison: une civilisation, une vie économique, une société s'est écroulée. Dès lors nous avons deux choix: on recrée le passé ou on construit à neuf. Le choix est facile à faire!

Il y a donc deux grands domaines à organiser: ce qui est permis ou proscrit à l'intérieur de la communauté et qui décide de quoi. En d'autres mots, il faut fixer des règles et une structure décisionnelle.

Évidemment, le contenu de cet article s'applique à un projet de BAD ou de hameau composé de plusieurs survivalistes qui sont aussi propriétaires du fond de terre.

Une BAD peut être formée sous forme de manoir (plusieurs familles vivant sous le même toit) ou encore de plusieurs bâtiments "unifamiliaux" fonctionnant en harmonie.

Cette communauté peut contenir uniquement des membres propriétaires ou des membres propriétaires avec d'autres qui sont non propriétaires.

Cet article ne s'applique pas à la BAD qui un propriétaire unique ou un petit groupe de propriétaires qui décideraient de concentrer entre leurs mains le pouvoir de tout décider. Choix légitime qui a ses avantages et inconvénients mais comme ce n'est pas le propos de cet article, je n'en parlerai pas cette fois-ci.

Maintenant, pardonnez la voie pénible que je vais emprunter mais elle est essentielle. Je vais définir quelques concepts importants.

Constituante
La source de tout pouvoir au sein d'un groupe organisé est la Constituante. La Constituante, c'est l'ensemble des personnes assemblées ayant pouvoir de dicter et de voter la Constitution (ou Charte, peu importe son nom).

Constitution (ou Charte)
La Constitution, c'est le texte fondamental qui décrit les structures politique d'une communauté, qui répartit les pouvoir et qui indique comment sera déléguée l'Autorité. Elle précise la portée de cette Autorité ainsi que ce qu'elle a droit ou non de réglementer.

Pouvoir législatif
Le pouvoir législatif, c'est le pouvoir d'édicter des règles à l'intérieur de ce que la Constitution permet.

Pouvoir exécutif
Le pouvoir exécutif, c'est le pouvoir chargé d'administrer la communauté et de prendre des décisions en conformité avec la Constitution et les règles, dans les limites fixées par celles-ci.

Pouvoir judiciaire
Le pouvoir judiciaire, c'est le pouvoir qui examine les actes qui ont été commis et qui détermine s'ils sont conformes aux règles ou non et détermine les peines à infliger.

Voilà, nous avons les bases.

Un dernier mot sur la Constitution (ou Charte): bien qu'il soit terriblement important de préciser à travers la Constitution l'ampleur et la nature des pouvoirs que les individus confient à l'entité politique qui régira leur communauté, il y a quelque chose de plus important encore qui doit s'en dégager.

Nicolò Machiavelli, 1469-1527,
Penseur et théoricien italien
Il s'agit de la Virtù de cette communauté, c'est à dire l'excellence, la guidance morale, la résolution dans l'action ou l'inaction et d'une certaine façon la pureté de la Voie de ce groupe.

Nicolas Machiavel, ce grand observateur et ce grand sage de la Res Publica, la Chose Publique, grand démocrate forcé par les nécessités d'offrir son savoir aux Princes, attribue la chute des Empires à la perte de leur Virtù.

Dans son Discours sur la première décade de Tite-Live, Machiavel fait une analyse magistrale des causes de la montée et de la chute de l'Empire Romain. Machiavel énonce que la  dégénérescence effective du pouvoir et de la puissance romaine est causée par l'abandon de sa Virtù.

La Virtù de Machiavel est ce qui est contrôlé par l'Homme et peut compenser les mauvais coups de la Fortuna, la "chance". C'est en gros la sagesse, la force, la résolution de l'Homme appliqués à la direction des affaires humaines. Ce qu'il faut retenir, c'est que Machiavel a démontré qu'un peuple et ses dirigeants peuvent durer et venir à bout d'énormes obstacles s'ils conservent intacte leur Virtù, i.e. leur force et leur essence morale.  

C'est cette essence que doit surtout refléter la Constitution d'une communauté de survivalistes.

Que faut-il organiser sous les structures politiques?

Là dessus il y a plusieurs approches. Certains prônent une organisation de tout le spectre des activités humaines alors que d'autres crient "libaaarté!" et ne veulent rien de contraignant.

Vivre ensemble suppose quand même des règles qui régissent les rapports entre nous.

Il faut prévoir deux ensembles de règles: celles du temps normal et celles du temps post-bris de normalité; car les réalités changent au gré des évènements et avec elles, les vérités du moment. Pour le moment et dans le cadre de cet article, je ne considère que le contexte post-bris de normalité.

Il m'apparaît parfaitement légitime que la communauté, sous l'égide de ses institutions "politiques", régisse:


  • La sécurité du groupe, y compris et sans s'y limiter l'instauration de corvées de sécurité (temps de service et aménagement, organisation de la milice, etc.)
  • Les biens et projets communs (pâturages, réserves, bâtiments, production/stockage d'énergie, production/stockage de matières premières, construction et entretien des chemins, etc.)
  • Les services publics ou communs (éducation des enfants, caravanes d'approvisionnement ou de commerce, déneigement des chemin avec un véhicule communautaire, dispensaire médical, évacuation des eau usées, etc.)
  • L'admission de nouveaux "citoyens" au sein de la communauté (exigences, conditions, limite de population ou de densité de population, sélection des nouveaux "citoyens" sur la base de critères familiaux ou socialement complémentaires, etc.)
  • Les contributions obligatoires en nature (nourriture, bois, matériaux de récupération, etc.)
  • La collecte et la répartition des ressources communes (surplus de production, exploitation des ressources communes, assistance d'urgence, assistance aux "improductifs" temporaires ou permanents et aux moins productifs, fonds/biens de réserve, etc.) 
  • Les mécanismes de résolution des conflits entre "citoyens" (responsabilité civile, prévarication, vol, absence ou tirage au flanc, etc.) 
  • Les droits de chaque citoyen (droit de participer aux décisions, droit de rester sur les lieux, droit de participer aux destinées de la communauté, droit à une juste part des surplus, droit à ne pas être exploité, etc.)
  • La propriété et ses usages (propriété immobilière, propriété personnelle, propriété publique, etc.)
  • Le mode d'exploitation de la terre et de ses ressources (agriculture durable, exploitation durable, minimisation des impacts sur autrui, etc.)
C'est lourd, n'est-ce pas? La lourdeur d'avant évite les conflits d'après. Quand tous savent à quoi s'attendre et l'acceptent sans réserves, on a le commencement d'une Virtù. 


Ce qui compte c'est que les gens aient assez de liberté pour respirer à l'aise et vaquer à leurs occupations tout en étant assurés qu'ils pourront vivre sans subir de contraintes démesurées et raisonnables. Le gros bon sens étant une notion élastique, il vaut mieux se fier à des écrits clairs et librement acceptés de tous.

Quels principes devrait-on retrouver dans une Constitution (ou Charte)

Cette section est plus éditoriale mais elle demeure aussi fondée sur une idée: rendre une communauté fonctionnelle sur le temps long, en équilibrant les efforts et les aspirations de chacun et le Bien Commun.

1er principe: l'égalité des personnes entre elles, sans égard à leurs possessions ou leurs rôles respectifs. Cette égalité se traduit par la démocratie pour tout ce qui touche les destinées des membres de la communauté.

2ème principe: la prospérité individuelle est tributaire de l'existence de la collectivité qui supporte directement ou indirectement d'activité économique individuelle. Ce sont eux qui rendent possible, par leur travail ou leurs ressources ou leurs savoir-faire, la production d'une personne ou d'une famille et cette interdépendance doit être reconnue et conscientisée par tous.  

3ème principe: l'intérêt individuel coexiste également avec le Bien Commun sauf si cet intérêt individuel s'oppose ou nuit à l'intérêt collectif ou encore a des conséquences avérées ou potentielles sur le Bien Commun.

4ème principe: l'activité économique doit être durable, c'est à dire fondée sur une vision long terme de la production et de l'activité économique, sans épuiser les ressources disponibles et doit pouvoir laisser à nos enfants autant ou plus que ce que nous avons trouvé à notre arrivée.

5ème principe: le savoir, la culture et l'éducation sont primordiaux et ne doivent pas être négligés au nom de l'activité économique. 

6ème principe: la propriété personnelle est sacrée et elle est définie par une certaine quantité de choses qui ne sont ou ne seront jamais susceptibles d'appropriation publique comme: les outils qui permettent l'activité économique d'un individu, les moyens suffisants de se protéger et de protéger sa famille, les vêtements et les objets utiles ou complémentaires qui permettent de rendre la vie quotidienne facile et agréable, les valeurs issues de son travail ou de son commerce jusqu'à un certain niveau, sauf la contribution exigée de chacun, etc.  

7ème principe: la communauté est forte de son maillon le plus faible et il est du devoir de chacun de renforcer individuellement la communauté de même que de contribuer à renforcer les autres membres de la communauté avec des efforts raisonnables et la bonne volonté de chacun.

8ème principe: la communauté ne vise pas l'expansion infinie, elle vise à fournir un environnement sécuritaire, bien approvisionné en nourriture et en tout ce qu'il sera possible de produire ou d'obtenir  par le commerce. Elle a aussi une responsabilité morale d'aider la formation et le développement d'autres communautés, y compris relativement à la sécurité, en vue de former un réseau solidaire et viable et mutuellement profitable.

9ème principe: la communauté ne peut compter que le nombre maximal de membres qu'elle peut nourrir par ses propres moyens sur la base de sa production alimentaire normale. Si le nombre d'habitants dépasse ses capacités de production, elle prendra les moyens pour acquérir plus de terres pour l'excédent ou si la chose est impossible, elle demandera aux derniers arrivés non propriétaires de terre de quitter, en leur fournissant de quoi s'établir ailleurs.

Propriété immobilière ou foncière

La question de la propriété immobilière est délicate.

Il y a un cas auquel tout le monde pense, j'en suis certain. Celui où une personne prévoyante ou un groupe prévoyant achète une terre pour en faire une BAD ou un BOL destiné à devenir une BAD au besoin. 

Ces gens auront mis des aliments en réserve, idem pour les outils, les semences et tout ce qui est nécessaire à une vie autonome. Durant la période de normalité ils auront mobilisé leurs ressources pour préparer des évènements qui ne sont pas, disons-le, assurés de se réaliser (quoique...).

Il est choquant de penser que ces fourmis prévoyantes se feraient déposséder de leurs efforts sous prétexte que des cigales qui auraient chanté tout l'été à Cuba ou avec leur karaoke sur écran plasma 96 pouces, pourraient profiter des efforts des fourmis via une Constitution qui leur donnerait des droits sur la prévoyance des autres.

Serfs faisant offrande au seigneur
D'un autre côté, accueillir des réfugiés sans les considérer comme égaux revient, dans le meilleur des cas, à du salariat, dans un cas moyen au servage et dans le pire des cas, à l'esclavage.

Comme survivalistes, nous visons l'autonomie le plus possible et cette autonomie ne peut être réalisée par la dépendance envers le travail des autres ni par la dépendance envers un propriétaire foncier.

Que faire alors? 

On réinvente le modèle! Enfin, plus ou moins. Disons qu'on encadre la propriété et son usage par les propriétaires et les non-propriétaires dans l'intérêt de tous.

Usus, fructus et abusus

Faisons un détour par le droit Romain, repris dans le Droit Civil.

Les Romains ont conceptualisé la propriété en trois aspects.

L'Usus, c'est l'usage qu'on peut faire d'un bien. Pour un bien foncier, ça signifie que je peux l'aménager et l'utiliser mais sans détériorer ses qualités ou attributs. L'usage ne peut affecter les qualités ou les attributs de la chose en question. Dans le cas d'une terre défrichée, l'usus permet l'agriculture mais ne permettrait pas une carrière de pierres, qui détruirait les attributs de cette terre. 

Le Fructus, ce sont les fruits produits par le bien foncier, l'usufruit que nous connaissons. Toujours dans le cas d'une terre, je peux la cultiver et le fructus, c'est ma récolte d'aliments. Ou l'eau d'érable. Ou les animaux trappés.

L'Abusus ne se traduit pas littéralement en français. C'est la capacité qu'a un propriétaire de détériorer son bien, de le transformer, d'en changer l'usage, les attributs ou la forme, de le détruire même ou de le vendre. 

Le propriétaire d'un bien possède l'usus, le fructus et l'abusus. Il peut céder l'usus et le fructus à titre gracieux ou onéreux, peu importe. S'il cède l'abusus, alors on parle de vente.

Le propriétaire d'une terre peut ainsi céder l'usage et les fruits d'une parcelle de terre, aux conditions qu'il convient avec l'usager ou locataire. L'usager peut donc exploiter la terre en question comme bon lui semble du moment que cette terre demeure intègre. S'il veut exploiter une carrière il n'en a pas le droit sans la permission expresse du propriétaire.

Nonobstant toute l'organisation politique d'une communauté, le propriétaire demeure propriétaire de sa terre, en tout état de cause. Il peut décider en toute liberté de ce qu'il adviendra de sa terre et la Constitution ne saurait lui retirer quelque aspect que ce soit de sa propriété et des droits qui y sont rattachée.

En d'autres termes, si un propriétaire recueille des réfugiés et leur confie une parcelle à exploiter, il peut déterminer les conditions de cette concession à condition que la contrepartie soit raisonnable et ne réduise pas les gens en esclavage, ce qui serait à l'encontre de l'esprit du projet communautaire et aurait des conséquences pratiques déplorables.

La Constitution pourrait et devrait encadrer cet aspect des choses mais ne devrait en aucun cas réglementer la propriété de la terre.

Ce qu'il faut retenir

Le "vivre ensemble" n'est pas sujet à improvisation. Les membres d'une communauté doivent non seulement vivre en équilibre avec la Nature dans le cas d'une BAD agricole mais en plus vivre en équilibre avec les autres personnes.

Seul un corps de règles permet la prévisibilité des rapports humains et le consentement éclairé.

Il est facile à une personne de se soustraire à ses obligations lorsqu'elle peut invoquer qu'elle n'a jamais consenti à quelque chose. Si ce quelque chose est écrit, publicisé et contresigné, il devient odieux de tenter de s'en défiler.

Plus il y a de gens, plus il y a de directions possibles. L'organisation politique d'un groupe de gens devient essentielle pour orienter les efforts de tous vers une finalité qui profitera à chacun. La chose va de soi quand il s'agit de sécurité: une communauté fera corps pour défendre l'un de ses membres contre le pillages de zombies en maraude. C'est moins évident quand il s'agit de demander à tous de verser une partie de ses réserves de nourriture dans un grenier communauté qui sera utilisé en temps de disette. Si la possibilité de cet évènement n'est pas convenue d'avance, d'aucuns voudront s'y soustraire.

Cet article n'était au fond qu'une réflexion à voix haute sur ce que devrait être une BAD organisée sous forme de hameau et fondée par plusieurs propriétaires de parcelles contiguës. Je me suis fondé  sur mon bagage juridique et historique pour dégager une approche qui soit saine, équilibrée et équitable, qui sont toujours des garanties de durée.

Bien sûr, l'idéal serait qu'une communauté soit formée de propriétaires. La chose risque d'être impossible parce que les gens qui se préparent sont très rares et les réfugiés, le jour venu, seront très nombreux. Il y aura quelques propriétaires et de nombreux non-propriétaires qui seront parents ou amis avec les propriétaires.

Avec la meilleure volonté du monde, nous ne pourrons pas recueillir tout le monde, d'où la nécessité d'organiser des structures décisionnelles et organisationnelles qui tienne compte de cet état de fait et qui donne voix au chapitre à toute personne majeure membre d'une communauté.

Un dernier mot. Je n'ai pas parlé à un seul moment d'un Maire, d'une Présidente, d'un Chef ou d'une Magistrate. Cette omission est volontaire car je l'ai précisé, je ne voulais pas définir le détail d'une organisation mais ce qu'on devait y retrouver. La démocratie directe avec autogestion vous branche? Allez dans cette voie! Nommer un Tyran (au sens grec du terme) vous semble la bonne chose à faire? faites là!

Ce qui compte, c'est qu'un groupe se développe un modèle qui lui convienne et qu'il le fasse évoluer en maintenant un équilibre en quelque sorte "écosystémique" à l'intérieur du groupe.

L'important au fond, c'est de créer un système qui soit non seulement adapté aux besoins de la réalité post-rupture de normalité mais qui corrige aussi, du même coup, des déséquilibres flagrants de la civilisation occidentale.

J'espère que ma réflexion fera réagir la vôtre set je vous invite à répondre à cet article par vos propres réflexions.


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Commentaires

Dilbert a dit…
En tant que libertarien, c'est le 3ème principe qui me pose le plus de problèmes. Comment définir le "Bien Commun", et que se passe-t-il s'il y a des divergences d'appréciation concernant le "Bien Commun" ? Le point de vue libertarien est que le "Bien Commun" n'est rien de plus que le respect des droits de chacun (à savoir liberté et propriété individuelles, absence de coercition ou d'obligation non consentie).
Dilbert a dit…
D'autre part, pour moi, le modèle à suivre pour une communauté est davantage celui de la copropriété que de la démocratie. La démocratie pure et dure pourrait donner un droit de décision sur les biens à quelqu'un qui ne les possède pas, ce qui est une injustice.
Victor a dit…
Je suis très heureux de ton commentaire Dilbert, car moi-même je réfléchis à cette notion de Bien Commun.

Entre autres questions, je me demande souvent celle-ci à propos de plein de sujets.

Est-ce que notre conception d'une chose doit s'adapter aux circonstances ou faut-il forcer cette conception à s'adapter à la circonstance?

Je me pose cette question pas tant pour y répondre que pour saisir la nature de la chose et de la conception en question.

Le Bien Commun, je le définirais de manière générale comme étant ce qui permet à une société donnée de 1) survivre, 2) se maintenir, 3) prospérer, 4) rayonner.

Si une société donnée rencontre avec succès le test de ces quatre critères, c'est que le Bien Commun y est assuré.

Certains opposent les droits individuels aux droits collectifs.

D'autres opposent les droits collectifs aux droits individuels.

J'imagine très bien un scénario où un regroupement de libertariens s'établirait dans un endroit reculé y pour vivre selon leurs principes et qu'un jour un promoteur aurait un projet industriel, disons minier, qui viendrait menacer la qualité de vie d'une partie de la communauté.

Il est fort probable que même ceux qui ne sont pas menacés directement prendraient fait et cause pour ceux qui le sont, illustrant à la fois qu'il existe une communauté qui possède des droits (droit d'agir et de répondre collectivement), et que le Bien Commun, pour être assuré, nécessite parfois une action collective, avec une touche de coercition et peut-être aussi d'obligations non consenties.

Ce qui compte, et mon article en fait amplement mention, c'est que les gens qui forment une communauté acquiescent aux principes, aux règles et aux valeurs de cette communauté. Si celle-ci crée des règles coercitives, c'est que ces règles ont été consenties.

Maintenant les règles créent des principes généraux de comportement acceptable en société et la force coercitive est là pour les faire respecter. Faire appel aux sentiments nobles des gens ne fonctionne pas toujours malheureusement.

Mon observation des gens et des groupes et des communautés et des structures politiques me conduit à ceci: il n'existe pas QUE des droits individuels car ceux-ci peuvent brimer les droits individuels ou collectifs des autres, et il n'existe pas QUE des droits collectifs qui bulldozeraient toujours les droits individuels.

L'histoire des sociétés est un constant jeu d'équilibre entre les deux. La montée de l'individualisme accompagnant celle du néo-libéralisme (depuis l'ère Reagan, en accélération après la chute de l'Union Soviétique) produit souvent comme effet un asservissement plus prononcé des individus, bizarre hein? L'être humain occidental de 1980 avant beaucoup plus de liberté que celui de 2012.

Alors je crois ton affirmation: "le "Bien Commun" n'est rien de plus que le respect des droits de chacun (à savoir liberté et propriété individuelles, absence de coercition ou d'obligation non consentie)." est une affirmation idéologique mais qui demande à être démontrée comme formant une société plus solide, intégrée et résistance aux coups de boutoir extérieures (i.e. face au néolibéralisme, face aux intérêts financiers ou commerciaux, face aux idéologies opposées, etc.)

J'aimerais bien que ça se fasse car bien que je crois que l'idéologie libertarienne (de droite ou de gauche d'ailleurs) a beaucoup de bon, elle m'apparait incomplète. Mais quelle idéologie l'est, complète?
Victor a dit…
Je suis du même avis que toi: il est hautement préférable que les gens qui interagissent soient du même statut et aient sensiblement les mêmes intérêts.

Seulement la Réalité vient parfois déranger nos belles constructions intellectuelles et nos beaux principes. Quelle salope quand même!

Plus sérieusement j'ai réfléchi à cette question aussi.

Qu'en est-il du jeune homme ou de la jeune femme de 16 ans, qui vit chez ses parents et qui est mineur(e)? Ça va, ils sont mineurs. Mais quand ils deviennent majeurs et qu'ils vivent toujours chez leurs parents, ils devraient avoir voix dans la communauté mais comme ils ne sont pas propriétaires, ils doivent quoi? tout accepter? Ont-ils même le droit de faire valoir leurs intérêts? Si c'est le droit de propriété qui dicte les autres droits, alors nous nous retrouverons toujours avec plusieurs catégories de gens, ceux qui ont droit de décider et ceux qui n'ont aucun droit. L'être humain peut se reproduire à l'infini mais la terre, elle, est en quantité limité.

À un moment il faut décider si les droits de l'être humain, y compris celui de pouvoir décider de ce qui l'affecte, doivent être définis par la propriété ou s'ils doivent l'être par son humanité.

C'est un dilemme. Enfin, pas vraiment un dilemme: je choisis toujours de définir les droits de l'humain par son humanité.

Donc, après ce détour plus conceptuel, je reviens au coeur de ton commentaire.

Disons une communauté de survivalistes libertariens, ou non, ça importe peu pour mon exemple.

Arrive SHTF, arrive un flot de réfugiés dont des proches (parents, amis) de chaque membre de la communauté libertarienne. Comment allez vous faire? Partager vos propriétés pour leurs donner des droits égaux de décider en commun? Ne rien changer à votre situation et ne pas accorder de droit de décider si ça peut affecter les biens d'autrui, donc en faire l'équivalent de personnes mineures? Et comment pourront-ils gagner leur égalité s'il ne reste plus de terre disponible?

C'est pourquoi j'en était venu à la conclusion que tout en préservant le droit de propriété, il faut permettre à ces réfugiés d'avoir voix au chapitre non pas sur l'usage de la propriété mais sur ce qui risque de les affecter.

S'ils sont réfugiés et travaillent à produire de la nourriture et sont aussi sujets aux attaques de bandes armées que les propriétaires, s'ils sont astreint eux aussi à la défense du territoire, cela leur donne le droit de pouvoir voter, comme les propriétaires, sur des matières qui affectent leur existence, du moment que la majorité ne vienne pas décider quoi faire de la propriété d'un des membres, ce que j'ai précisé d'ailleurs dans mon article.
Anonyme a dit…
il y aurait un moyen, c'est peut-être la solution la plus viable pour le moment, et ca serait l'éco-sociétalisme. la personne qui pourrait vraiment nous aider la-dessus il vient de la France et s'appelle André-Jacques Holbecq. Il est un citoyen économiste et il a publié plusieurs livres dur l'économie. Il faudrait que vous fassiez une recherche sur sociétal pour en savoir plus sur cet homme qui est à mon avis, un très bon économiste et voit plus loin que le bout de son nez.
Victor a dit…
Hé hé là on se rend loin! Je ne dis pas que ce n'est pas intéressant et je vais étudier le sujet plus tard mais je m'intéresser surtout à une réponse à un cataclysme, un SHTF qui désintégrerait les sociétés ou encore un effondrement économique global.

Mes conceptions sur la chose visent non à sauver la planète et tous ses habitants mais à créer des communautés se survie viables, durables, équilibrées et qui n'exploitent pas les gens, source de déséquilibre, de conflits et de guerre. Des communautés qui pourront se défendre comme prospérer.

Je veux une solution transitoire à un problème permanent. Une fois une communauté établie et fonctionnelle, elle peut durer quelques années sur le modèle que je propose, qui a l'avantage de préserver le plus possible la propriété foncière, les biens personnels, et le groupe pris comme entité.

Après, avec les années, ce seront aux gens de décider s'ils ont un meilleur modèle en vue ou pas. Mais je le répète: je ne positionne pas cet article comme une réponse globale et universelle à un problème planétaire, c'est une réponse ciblée et ponctuelle à un changement de normalité. C'est loin d'être universel, il me suffit que ce soit viable à tous points de vue.

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