Tactique 301 - Logistique

J'intitule cet article "Tactique 301" mais en fait la tactique se trouvait dans le premier article de la série, le second parlait plutôt de stratégie.

La différence? Simple: la tactique réfère au moment de l'affrontement et à sa préparation immédiate préalable. La stratégie c'est plutôt les grandes lignes, la préparation générale, le développement et le déploiement de la doctrine militaire.

Ceci étant, voici la logistique.

La logistique c'est la préparation matérielle et la gestion du mouvement de ce matériel. Dans le cas des survivalistes la question de la gestion du mouvement du matériel est plutôt négligeable puisque nous ne faisons pas fonctionner des armées en campagne.

Alors de quoi sera-t-il question? De matériel à usage défensif bien sûr mais aussi de préparation (!) et d'approvisionnements.

Que touche la logistique?


La logistique touche particulièrement les armes, les munitions, l'approvisionnement en eau et en nourriture, les équipements reliés à des opérations armées, les véhicules, le carburant, les équipements de premier soin et les équipements médicaux, enfin, tout ce qui peut maintenir une unité en état d'opérer à sa capacité optimale.

Dans le cas qui nous intéresse, on ne doit pas envisager la logistique de manière aussi globale que pour une armée en campagne, répétons-le. Elle doit néanmoins être prise au sérieux et de réels efforts doivent être accomplis dans ce domaine.

Imaginez trois membres d'une BAD en patrouille à 3 km des habitations. Ils surprennent un parti hostile en route pour attaquer la BAD et l'engagent. L'un a un AR-15, calibre 5,56 mm, l'autre a un SKS, calibre 7,62 mm, le dernier a un Ruger 10/22, calibre 22LR.

L'une des armes devient inopérante, les deux autres doivent donc intensifier leur tir pour compenser la perte d'un tiers de leur puissance de feu et consomment de ce fait plus de munitions par minute.

Vous voyez le problème? On a un des patrouilleurs qui a plein de munitions complètement inutiles.

Penser logistique, c'est aussi penser à ces problèmes.

Standardisation / normalisation


La standardisation consiste à développer une norme et à s'y conformer. En terme d'équipements par exemple, ce n'est pas nécessairement le meilleur qui sera sélectionné comme étant la norme, ce sera toujours en revanche le plus pratique en regard de plusieurs critères:

  • Coût d'acquisition
  • Coût d'opération
  • Fiabilité
  • Facilité d'entretien
  • Facilité d'utilisation
  • Disponibilité des pièces

Les survivalistes ou preppers qui décident de s'unir pour former une BAD, pour protéger leur quartier, leur rang (au Québec: petite route de campagne dans un secteur isolé qui donne accès à quelques fermes) ou leur Bug Out Location, doivent à un moment standardiser leurs opérations et leurs équipements, sous peine de le payer cher un jour.

Si nous avons dix personnes utilisant dix armes différentes, quand 50% de leurs armes auront subi des bris, 50% de ces armes seront inopérantes. Prenons au contraire dix personnes utilisant toutes le même modèle d'arme, quand 50% d'entre elles auront subi des bris, il n'y aura peut-être que 20% qui deviendront inopérantes car on aura pu cannibaliser quelques armes défectueuses pour réparer les autres.

Caisse de SKS: deux c'est un et un c'est zéro
L'expertise s'acquiert beaucoup plus rapidement et profondément quand on utilise un équipement standardisé puisqu'on travaille toujours avec le même équipement.

La même sagesse doit aussi s'appliquer aux véhicules, aux génératrices, même aux appareils domestiques!

Car n'oublions jamais la règle de base: deux c'est un et un c'est zéro. Avec la standardisation, on ne dit plus "deux c'est un" mais "dix c'est neuf, neuf c'est huit" et ainsi de suite.

La standardisation c'est la base de la planification logistique.


Approvisonnements


Les approvisionnements sont la clé de voûte de la capacité d'opérer. Les approvisionnements maintiennent l'opérabilité des systèmes, qu'ils soient matériels, animaux ou humains.

Une bonne planification logistique prendra en compte trois éléments.

Caisses de munitions de surplus soviétique
calibre 7,62x39 FMJ, un prix ridicule
 et une grande fiabilité.
Des réserves à court terme, des réserves à long terme et des sources d'approvisionnement.

Toujours dans le cas des armes à feu, nous avons des armes et des munitions. Ce sont nos réserves à court terme, celles qu'on utilise dans le quotidien.

Au fur et à mesure que nous consommons ces réserves à court terme, nous les remplaçons en puisant dans les entrepôts, soient les réserves à long terme.

Un jour il faut renflouer ces entrepôts et à ce moment ils faut s'approvisionner. Or pour s'approvisionner il faut disposer d'une source d'approvisionnement qui soit sécuritaire et durable. Si l'économie s'effondre au point où les marchandises ne circulent plus faute soit de capitaux, soit de moyens de transport, soit de source d'énergie, s'approvisionner devient très difficile voire impossible.

Auquel cas on compensera la disponibilité réduite dans l'avenir par un entreposage plus volumineux, donc avec des coûts immédiats plus élevés.

J'ai personnellement rencontré un survivaliste membre d'un clan qui stocke plus d'une centaine d'armes et dont les munitions entreposées se comptent en utilisant sept chiffres. Je n'ai pas vu ses réserves de mes yeux mais je le crois. Ça, c'est une pensée logistique bien développée.

La même pensée s'applique pour la nourriture, les outils, les capacités de filtration d'eau à long terme, les équipements médicaux et j'en passe.

AR15: belle arme, relativement fiable, modifiable aisément
mais chère à l'achat et plus chère à l'usage que la SKS.
Il est donc primordial de disposer d'un budget suffisant pour acheter une (deux) arme(s) à feu, des pièces et de bonnes réserves de munitions. Si votre budget est de 2000 dollars, vous pourrez certes vous acheter un AR-15 et quelques centaines de cartouches. Si en revanche vous achetez une arme à petit budget comme le SKS, pour le même montant vous pouvez obtenir trois armes (donc des pièces de rechange) et entre 7000 et 8000 coups à tirer!

Sans oublier de mentionner qu'au Québec, il vous coûtera annuellement le prix du membership d'un club de tir (Loi 9) si vous possédez un AR-15 (arme restreinte) alors que le SKS n'en requiert pas, étant une arme non-restreinte.

POL et consommables


Petroleum. Oil. Lubricants. Carburant, huile et lubrifiants. Ces sont les clés d'une armée en campagne. Dans notre cas, si nous comptons sur des véhicules il faut tenir compte du POL mais aussi des pièces de rechange. C'est aussi cela, la logistique.

Tous les consommables, comme on dit dans le commerce, doivent aussi être planifiés, stockés et réapprovisionnés, pas seulement le POL.

Les piles, vous avez pensé aux piles? Les onduleurs, les résistances à remplacer, les outils de soudure électronique et ceux de soudure à arc, à acétylène? Les manches de hache, les lames de scies, les maillons de scies à chaîne, des pneus?

Ça en fait beaucoup à penser. Trop pour une personne seule et cela sans compter le trou dans notre budget!

Expertise


Si la possession d'objets et d'outils est essentielle, l'expertise quant à leur utilisation et leur entretien n'est pas un luxe. Car un SKS ne s'entretient pas comme un AR15. L'huile lubrifie bien les culasses mobiles des armes semi-automatiques mais l'hiver en climat très très froid et humide, le graphite rend l'arme beaucoup plus fiable. Si on doit sortir armé par -15 degrés, c'est suprêmement con de prendre une arme au chaud et de l'amener au froid sans jamais actionner la culasse et les autres parties mobiles accessibles jusqu'à ce qu'on en ait besoin car quand on en aura besoin, le givre aura littéralement soudé les pièces et il faudra une très grande force pour les rendre mobiles à nouveau, avec de grands risques de bris.

Tous ces petits savoirs ne s'acquièrent pas d'un coup et pas toujours dans les livres. Bien que ça ne soit pas stricto sensu de la logistique l'expertise optimise la planification logistique en ménageant le matériel, en l'entretenant adéquatement, en reconnaissant les signes d'obsolescence aussitôt qu'ils se manifestent.

Au sein d'un groupe, il est très important d'avoir au moins un ou une spécialiste en chaque domaine d'activité. Même deux car... vous savez pourquoi.

Quand on parle de spécialiste, on ne parle pas de formation universitaire pointue dans une matière incompréhensible, on parle d'une personne qui focalisera son apprentissage sur un domaine en particulier et qui en connaitra suffisamment long pour être capable d'accomplir plus rapidement et mieux une tâche, ou seule une tâche inaccessible aux autres.

La logistique est un travail d'équipe. Le planificateur ou la planificatrice logistique, embourbé(e) dans des piles de papiers, de chiffres, de calculs, d'articles et de planification, est aussi important(e) que la personne qui manipule manutentionne les stocks. C'est réellement une chaîne à plusieurs maillons et tous sont critiques.

Que ce soit pour les questions de sécurité physique ou alimentaire, pour le chauffage des bâtiments ou les travaux d'aménagement, la pensée logistique doit être au coeur des processus de planification et de décision. C'est la logistique qui détermine nos capacités actuelles et futures. C'est la logistique qui détermine la faisabilité des projets d'aménagement, de fabrication artisanale, de transport et même de commerce.

Piero San Giorgio écrivait dans son livre que les métiers improductifs comme les avocats, notaire, marketeux et autres gens qui ne produisent rien seraient dépourvus en cas d'effondrement ou de catastrophe car ils n'avaient aucune compétence concrète.

La seule exception à son constat, que je partage par ailleurs, c'est peut-être pour les logisticiens ou les gens qui ont une compétence transférable de planification.

Évidemment dans le cas d'une BAD familiale, il n'est pas nécessaire d'héberger un logisticien.

Par contre si on vit dans une BAD de BADs (hameau, communauté ou village de survivalistes et preppers) et que cette BAD pratique une certaine forme d'intégration, une personne qui possède le mode de pensée logistique peut s'avérer précieuse quant aux conseils relatifs à la planification et au développement qu'elle peut donner. En effet plus il y a de données et de variables à gérer, plus il faut de la compétence pour en comprendre les implications et les possibilités.

Car il faut se l'avouer, nous sommes presque tous des amateurs en matière de préparation et de gestion de notre autonomie. Rares sont les gens qui vivent en autarcie et si leur expérience est valable et précieuse, très peu d'entre eux ont éprouvée leur formule de vie dans un contexte hostile ou de rareté des ressources et des aliments.

Il est possible que je me goure dans mon évaluation. Toutefois mon expérience militaire m'a appris que les gens pris dans l'action ont une vue à très court terme, focalisée sur les besoins immédiats et que les logisticiens sont ceux qui maintiennent les unités en état de fonctionner à long terme.

Nous comme preppers et survivalistes avons ou aurons comme préoccupation de survivre à l'immédiat, d'accumuler le plus de nourriture possible, d'en gaspiller le moins possible et toujours en se ménageant de quoi vivre jusqu'aux prochaines récoltes. Mais il y a le moyen terme, il y a le long terme et on ne peut pas vivre éternellement au jour le jour.


Commentaires

Marc Desmeuzes a dit…
Que du bon sens !!! C'est primordial le bon sens.

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