La Stratégie du Choc


Nos politicards sont extrêmement habiles à modeler l'opinion dont, je le rappelle, l'adhésion aux politiques des États est critique au fonctionnement des oligarchies libérales de l'Occident. 

J'utilise consciemment le mot "oligarchie" au lieu de "démocratie" puisque nous devons bien le reconnaître, nous vivons dans un tel régime.

Postulat

En effet, prenons pour postulat que nous vivons dans une oligarchie libérale. Cela signifie que ceux qui dirigent l'État et la société ne sont pas des élus mais des oligarques, une classe composée de financiers, de grands commerciaux et de grands industriels nationaux et d'extranationaux. 

Ceux-ci dictent les grandes politiques et laissent leurs applications et la gestion quotidienne des affaires des États aux mains des élus, aidés en cela par les grands groupes de médias dont le rôle est de fabriquer les consentements des citoyens. 

Ces oligarques ne protègent pas un gouvernement ou une option politique en particulier: ils s'en tapent, du moment que leurs intérêt sont préservés et leurs privilèges, augmentés.

Je ne ferai pas la démonstration de cet état de fait, tel n'est pas mon propos, d'où mon utilisation du mot "postulat". Toutefois si vous faites votre propre recherche vous arriverez aux mêmes conclusions.

En quoi ça nous concerne?

Ceci étant dit, comme survivaliste ou prepper, c'est-à-dire en tant qu'individus qui visent l'autonomie maximale en toutes choses et qui se préparent à des catastrophes d'origines naturelles ou humaines, nous pouvons nous en foutre royalement ou au contraire nous en préoccuper tout aussi royalement.

On s'en fout quand nous sommes réellement autonome (aucune dette, une BAD 100% à soi, des biens totalement payés, des revenus familiaux fondés sur le commerce ou le troc et sans dépendre du salariat, l'autonomie énergétique et alimentaire, etc.).

Ou 

On s'en préoccupe quand on constate que la situation peut éventuellement nous affecter soit par instabilité économique, soit par instabilité sociale, soit par dérive totalitaire de l'État dans lequel on vit ou soit pour l'ensemble de ces causes, que l'on soit 100% autonome ou pas.

Une seule et même tangente

On constate partout en Occident une tendance claire vers la dénationalisation des États et la création d'ensembles politiques supranationaux (Union européenne, traités de libre échange, discussions secrètes sur l'union monétaire de l'Amérique du Nord) qui exercent la souveraineté des États qui les compose au nom de ces États, la privatisation et la tarification de services des États, la privatisation du profit et la socialisation des risques (le Plan Nord) et finalement l'inévitable marche vers l'austérité causée par les multiples crises de la dette.

Derrière tout cela se cache la Stratégie du Choc.

The Shock Doctrine

Naomi Klein, journaliste
La Stratégie du Choc est le titre d'un livre écrit par la journaliste canadienne Naomi Klein qui examine la doctrine économique de l'École de Chicago telle que développée par Milton Friedman.

En gros, l'École de Chicago prône l'idéologie ultralibérale selon laquelle toute intervention de l'État dans l'économie est mauvaise. 

À un certain moment, l'économie est si mal engagée vers le libéralisme (social-démocratie, socialisme, etc.) qu'il faut une thérapie de choc radicale pour ramener les choses en bon ordre, c'est-à-dire une dérèglementation absolue (donc liberté d'action absolue pour les grands acteurs économiques et financiers), l'État ne servant qu'à faire respecter cette libéralisation économique absolue par tous les moyens possibles.

Trois exemples: le Chili de Pinochet, la Russie de Eltsine, et la Grande-Bretagne de Thatcher (application partielle de la théorie de l'École de Chicago).

L'application de la stratégie du choc

L'infâme Milton Friedman
Selon les croyances de l'École de Chicago, quand une société n'est plus "saine", il faut lui appliquer une thérapie de choc. 

On profite d'une situation exceptionnelle:

  • Assassinat d'un politique, 
  • Crise économique majeure, 
  • Évènement national extrêmement traumatisant, 
  • Agression étrangère,
  • Troubles civils,
  • Appréhension d'un désastre économique,
  • Catastrophe écologique,
  • Etc.


pour imposer des mesures impopulaires qui passeront somme toute assez bien car le traumatisme subit par la population lui fait perdre ses repères, donc sa capacité de juger si les mesures adoptées par les autorités sont proportionnées, adéquates, justifiables; et pousse automatiquement celle-ci vers une autorité rassurante qui a l'air "d'avoir les deux mains sur le volant". 

Plus cette autorité semble forte et rassurante, plus elle apparait comme étant la solution.

Ce que nous apprend l'Histoire sur la stratégie du choc

Les effets sont simples: diminution des conditions de vie générales, concentration de la richesse, totalitarisme (enlèvements, exécutions extrajudiciaires, torture, répression politique, perte de libertés).

Partout où cette doctrine a été appliquée, les effets ont été les mêmes: accroissement de la richesse du 1%, appauvrissement du 99%, avec violences, détérioration de la santé, de la salubrité, de l'éducation, des conditions de vie générales.

Les survivalistes et preppers dans tout ça?

Les gens qui vivent dans une BAD ou qui se préparent à y vivre, qui ne doivent rien à personne et qui sont prêts à affronter les pires catastrophes avec sérénité et avec l'assurance d'en triompher, bref, les gens qui sont prêts, qui possèdent tout le nécessaire et qui n'ont aucune dette, ne sont pas à l'abri.

La seule indépendance des BADistes les rend suspects aux yeux de l'État. Leurs armes, pour la chasse ou leur défense advenant une catastrophe en permettant et en justifiant l'usage, les rend encore plus suspects. Leur autonomie face à l'État, au commerce, à la pensée officielle, rend leur existence inacceptable. L'État vivant sous la loi ultralibérale exige la soumission à l'ordre établi.

Ce que je veux dire c'est qu'à moins de faire partie des "happy few" qui sont acteurs et complices du Système, et leur nombre est assez restreint, personne n'est à l'abri, y compris ceux qui vivent loin de tout, tant aux points de vue géographique, politique, économique et sociologique.

Cette Bête a besoin de tout contrôler ce qui ne participe pas à sa croissance et les personnes qui sont indépendantes d'Elle sont des ennemis. Ceux qui échappent au Marché sont non seulement suspects mais ennemis car le Marché, c'est ce qui apporte l'air et les nutriments nécessaires à Sa survie.

Dérive totalitaire ou direction totalitaire?

Porter ce simple carré rouge à Montréal peut vous
valoir une arrestation sans autre motif...
C'est du profilage politique qui est interdit par les
Chartes des Droits.
On voit depuis quelques semaines, au Québec, des violations répétées des deux Charte des Droits (Canadienne et Québécoise) de la part l'appareil policier: harcèlement à l'encontre des porteurs de carrés rouge, arrestations, détention et menottage de citoyens pour des … infractions au code de la route, détention temporaire arbitraire suivie d'une libération sans accusations, vérification illégale d'identité sous la menace d'entrave au travail d'un policier, etc.

Les résultats: désignation officielle d'un groupe social "à problème", persécutions, harcèlement, arrestations arbitraires sous des motifs fallacieux, arrestations massives (rafles), campagnes de dénigrement par les autorités avec reprise et support d'une part inquiétante des journalistes et des médias.

On a vu un tel comportement de l'appareil répressif de l'État face à un groupe défini à plusieurs reprises dans l'histoire: La Province Of Quebec avec son Bill du Test (interdisant les catholiques dans le service public), l'Allemagne Nazie, l'Afrique du Sud avec l'Aparteid, Israël avec ses citoyens palestiniens, le Rwanda dans les années 90, et j'en passe.

Deux approches: profil bas ou engagement

On peut se cacher (profil bas) et ne pas attirer l'attention ou "mieux", collaborer en paroles et en action. 

On peut aussi s'opposer, éduquer son prochain et devenir un leader moral de la lutte à l'oppression.

Quel est le meilleur choix? Ça dépend toujours de notre personnalité et de nos valeurs.

Le fait est que l'action comme l'inaction ont des conséquences. 

Le fait est aussi que quand un peuple se mobilise, il parvient à tout faire. 

Manifestation du peuple devant
le Parlement à Tunis, Tunisie

Manifestation du peuple devant
le Parlement à Reykjavik, Islande

Mais quand le peuple ne se sent pas concerné ou laisse faire:

Attaque du Palais Présidentiel du Chili sous Allende
Augusto Pinochet, "Restaurateur de l'ordre",
il a appliqué au Chili de la Stratégie du Choc...
Bien des mères, des pères et des orphelins
pleurent encore aujourd'hui

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