Les armes à feu et les Québécois-es

Les armes à feu, spécialement au Québec, sont un sujet délicat. C'est le moins qu'on puisse en dire.

Lorsqu'on parle de survivalisme ou de projet survivaliste, il est inévitable que ce sujet soit abordé.

Pour certains c'est avec excitation, pour la majorité avec anxiété ou même parfois avec réprobation.

Un regard lucide

Une arme à feu c'est un outil qui sert à infliger la mort. Juste cela commande le plus grand respect pour l'objet et la plus grande prudence dans son maniement.

Et pourtant c'est un outil dont l'existence s'est révélée critique au développement de l'Occident et de notre civilisation française d'Amérique.

Vous ne le savez peut-être pas mais tous les hommes de Nouvelle-France étaient requis de porter les armes à une certaine époque. Pour la défense certes mais aussi pour la chasse, activité très répandue chez nous à toutes les époques car pour la première fois de l'histoire occidentale, les forêts n'appartenaient pas à des seigneurs qui se réservaient jalousement ce droit.

Notre Histoire

En 1719, la colonie comptait 22,530 personnes vivant dans les trois gouvernements établis au Québec (Québec, Trois-Rivières et Montréal) et on y recensait au même moment 3726 armes à feu et 792 épées (Sources: Statistique Canada. NF Tableau IV - Armes., 1719 - Nouvelle-France - Nouvelle France (tableau), 1719 - Recensement de la Nouvelle-France - comprenant les Gouv. de Québec, Trois-Rivières et Montréal).

Quant à la population masculine en âge de porter les armes, voici:

1706 NF Tableau II.- Distribution par Ages, 1706 - Nouvelle-France - Nouvelle France
Nom géographique:Mariés - Hommes - Moins de 50 ansMariés - Hommes - 50 et PlusNon-mariés - Hommes - 15 et Plus
Nouvelle France2 0548421 828



4724 hommes de plus de 15 ans se partageaient 3726 armes à feu et 792 épées. Si nous prenons pour acquis que les propriétaires d'épées possédaient aussi une arme à feu, c'est 78,9% de la population masculine de plus de 15 ans qui possédait une arme à feu.

Soixante-dix-huit virgule neuf pour cent des hommes étaient armés!

Il y a fort à parier que les vieillards et les invalides ne possédaient plus d'arme à feu et les jeunots de 15 ou 16 ans n'en avaient pas tous encore.

On peut donc prudemment dire que la quasi totalité de la population masculine active et productive était armée.

Comment sommes nous passés de 80% des hommes (ou environ 50% de la population totale) qui possédaient une arme à 2,5% en 2012? Cela s'explique de bien des manières mais ce qui s'explique mal c'est qu'une population entière ait renoncé au droit de s'armer personnellement ET au droit de ses concitoyens de s'armer.


Les survivalistes de 1719

Nos ancêtres étaient des survivalistes à leur façon, je l'ai déjà affirmé à plusieurs reprises. 

Ils vivaient dans un milieu hostile, arriéré technologiquement et socialement par rapport à la Mère Patrie, la France.

Première exploitation agricole,
Cap-Tourmente, 1626.
Ils ont développé rapidement une grande autonomie par rapport à la Métropole, la Noblesse, les Bourgeois.

Ils vivaient dans un équilibre précaire entre vie et survie, en dépendant du travail de la terre sans pouvoir compter sur des secours extérieurs en cas de famine ou d'épidémie et devaient produire tout en étant sujets à des attaques iroquoises. 

Hum... Pas d'État efficace capable d'aider, autonomie, agriculteurs de subsistance, défense contre des agressions de semi-nomades. À quoi ça vous fait penser?

Ça me fait personnellement penser à ce à quoi nous nous préparons comme conditions de survie, nous survivalistes et préparants!

Que diraient-ils de nous?

Ils nous envieraient sûrement avec toutes les merveilles dont nous disposons! Mais en même temps, en hommes et femmes de leur temps, ils nous demanderaient pourquoi nous ne faisons pas quand même des réserves, juste au cas? Pourquoi nous nous sommes coupés de la nature? Pourquoi nous avons perdu notre liberté?

Coureur des bois, paysan, fonctionnaire public, tous se questionneraient probablement sur notre mode de vie qui nous rend si vulnérables.

Surtout en ce qui a trait à la protection personnelle, qu'eux étaient capables d'assurer eux-mêmes alors que nous, "modernes", confions cette responsabilité à des tiers autorisés par la Loi à le faire et qui ne peuvent être partout en même temps.

Notre civilisation a réellement évolué: pourquoi faire soi-même ce que d'autres peuvent faire après le fait, après le besoin, après que le malheur soit survenu. Ah oui, pour conserver "les mains propres": on est bien propre quand on s'est fait dépouiller à la menace d'une arme ou quand un malfrat a trucidé un proche ou qu'un ours a tué un de nos enfants.

Anormalité de l'arme à feu

De nos jours, les armes à feu sont tolérées, avec réserves, pour les chasseurs mais on regarde les autres propriétaires d'armes à feu avec beaucoup de suspicion.

Il existe beaucoup de préparants qui ne considèrent pas la possession d'arme à feu, parfois pour des motifs pacifistes, idéologiques ou de projections anthropomorphiques s'il s'agit de chasse.

Quand on regarde les chiffres de 1719, on a de la difficulté à comprendre comment nous sommes passés de ceci à cela.

Quant aux préparants qui se refusent à posséder des armes à feu, j'avoue avoir de la difficulté à comprendre comment une personne peut refuser de se donner les moyens d'augmenter ses chances de survie, d'améliorer son ordinaire alimentaire par du gibier qui est, par définition, bio, et de défendre famille, foyer, possessions et communautés.

Il n'est pas nécessaire d'aimer les armes à feu pour en posséder. En revanche si on veut chasser en mode survie il faut apprendre comment avant de ne devoir compter sur cette activité pour nous nourrir.

La règle, la seule, c'est de survivre écrit Vol West en entête de son blogue. Il peut arriver qu'on doive abattre une bête avec une arme à feu pour manger. Ou qu'on se serve d'une carabine pour défendre notre famille contre une bête dangereuse ou notre cheptel contre des prédateurs. Il peut aussi arriver que l'on doive se protéger aussi de zombies qui viendraient tout nous prendre et nous jeter au chemin en nous laissant démunis et incapables d'affronter l'hiver.

L'arme à feu n'est pas un luxe pour le préparant et pour le survivaliste. Son absence est un risque énorme qu'on fait courir à sa famille. C'est comme se jeter à l'eau sans veste de sauvetage. Et sans savoir nager!

Dans la vie, oserais-je écrire au risque de passer pour moralisateur et/ou gâteux, il y a la réalité et l'idée qu'on s'en fait. Pour réussir, réalité et conception doivent être en adéquation. Le survivalisme et la préparation n'y échappent pas.

À quoi confieriez-vous votre vie? À votre attitude pacifiste où à un 7,62x39? Le renard qui vient manger vos poules, vous le ferez peut-être fuir en criant "Pshhhhhhhh" mais il ne reviendra plus, assurément, si vous l'abattez avec votre carabine avant qu'il ne croque vos grasses gélines. Et en prime vous obtenez une chaude pelisse.

Les réactions pacifistes contre les armes à feu sont tout simplement une restriction morale inutile et nuisible à votre survie.

Se priver volontairement d'un outil si critique est un risque tout simplement stupide. Mieux vaut ne pas les aimer tout en en possédant une, au cas, que de ne pas l'avoir et de réaliser un jour que tiens, une arme à feu ne serait pas une si mauvaise chose, tout compte fait...

L'exemple à suivre

Ce sont les colons qui ont développé ce pays qui devraient être nos exemples par excellence. Et eux s'armaient.

Ils y étaient obligés? Certes. Mais rien ne les obligeait à s'en servir.

Ils s'en servaient pourtant, même qu'une de nos héroïnes, Madeleine de Verchères, a fait le coup de feu contre les iroquois.

Si elle n'avait pas pris les armes, elle aurait été une victime de plus et son nom se serait perdu dans les registres de BMS.

Larry Hateway, chef économiste chez UBS, conseillait il y a peu de temps de se procurer des métaux précieux, des réserves alimentaires et des armes de petit calibre.

Un banquier! si un banquier entrevoit des troubles graves au point où les gens n'auront pas assez à manger et qu'il faudra défendre le peu qu'on a avec des armes, il est difficile de continuer à nier la réalité!

J'invite donc les préparants ou les survivalistes réfractaires à entamer une réflexion sur le sujet des armes à feu. Non, il n'est pas nécessaire d'aimer la violence (en fait je l'abhorre), non il n'est pas nécessaire d'aimer chasser (moi j'aime), non il n'est pas nécessaire d'aimer l'odeur de la poudre et de l'huile brûlées (moi j'adore) et il n'est surtout, surtout pas nécessaire de prévoir s'en servir.

Juste le fait d'avoir une arme à feu constitue en quelque sorte une police d'assurance au cas où on en aurait besoin s'il survient une catastrophe de grande ampleur ou un effondrement ou une crise si grave qu'elle perturbe les canaux de distribution alimentaire et énergétique. Après tout, on paie des assurances contre le feu, le vol et le vandalisme pour nos maisons, pourquoi pas une police d'assurance qui nous aide à nous procurer des protéines animales et à protéger notre famille, si on devait un jour ne compter que sur soi...


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