La légalité et le survivaliste

Je ne sais pas si les gens se sont donnés le mot mais le fait est que je reçois depuis quelques semaines beaucoup de questions qui touchent la légalité. Quatre personne différentes dans la dernière semaine!

Ces questions touchent non seulement la légalité mais aussi au domaine pénal et criminel:

- Faire ou posséder des choses illégales
- Comment faire ou posséder des choses illégales
- Doit-on faire ou posséder des choses illégales

La réponse est simple: non. 

Pourquoi?

Pensons-y.

Pourquoi nous préparons-nous?

On peut répondre "afin d'être prêt" mais on peut aussi répondre "afin d'être (le plus) autonome (possible)".

L'autonomie suppose la liberté.

Et cette liberté nous pouvons l'aliéner; dans ce cas pas de problème car elle a été utilisée dans le choix que nous avons fait de l'aliéner. Il faut faire l'exercice de la liberté pour choisir de s'en passer.

Par contre quand elle nous est prise, légitimement ou non, légalement ou non, là il y a problème.

Frayer avec l'illégalité est une invitation à l'aliénation involontaire ou indésirable de notre liberté donc de notre autonomie. Pire que ça: c'est défier un appareil immense aux ressources démesurées.

Choisir

"Toute personne est désormais requise de remettre son or
à la Fed ou à une banque membre de la Fed".
Je veux bien admettre que les autorités peuvent devenir iniques et qu'elle puissent interdire des choses ou contraindre les individus illégitimement.

L'Histoire démontre même que ça se produit souvent.

Quelques exemples: confiscation de l'or aux USA, octobre 1933.

La Loi sur le désarmement du Peuple d'Allemagne puis la Loi sur les Armes de 1938, qui ne permettait la possession d'armes qu'aux "gens de confiance" soit les membres du NSDAP, la police, les services secrets, l'armée, etc.

Récemment, et localement, l'infâme loi 78 qui réduit considérablement la liberté de manifester et la liberté d'expression, applicable aussi aux manifestations de nature démocratiques comme des assemblées politiques. Qu'on soit pour ou contre la cause des carrés rouges ou leurs manifestations, cette loi est une atteinte considérable à la liberté.

La liste pourrait être longue.

Toutefois, que les lois soient inique ou pas, légitimes ou pas, quand on décide de les violer, on se place dans une situation qui nous rend plus vulnérable.

Bien sûr le "pas vu pas pris" demeure vrai mais la cause de notre éventuelle perte de liberté demeure présente, telle une épée de Damoclès.

Avec quoi l'État ne badine pas

La juge France Charbonneau,
présidente de la commission éponyme
On le voit au Québec avec la Commission Charbonneau: on peut frauder, corrompre, être corrompu, augmenter artificiellement le coût des travaux publics et finalement parasiter l'État, les conséquences ne sont pas si grave que ça.

Quelques uns feront éventuellement de la prison, d'autres paieront des amendes mais pour la plupart, les acteurs du système mafieux ne seront pas inquiétés.

Earl Jones
Pensons aussi aux "bandits en cravate" comme Earl Jones, le conseiller financier qui a détourné l'argent confié par des épargnants-investisseurs, condamné à 11 ans de prison et libérable à une fraction de sa peine.

Par contre, quand l'État sent sa pérennité ou son autorité menacées, quand il perçoit qu'on le défie, c'est l'éclatement de la violence légalement autorisée et détenue sous forme de monopole: la répression des foules par la police ou l'armée, les rafles, les arrestations arbitraires et/ou de masse.

Remember le Printemps Érable...

Sans oublier la Crise d'Octobre 70 où toutes les libertés ont été suspendues et le harcèlement policier et militaire, les arrestations arbitraires et même les simulacres d'exécution étaient la norme.

Mais regardez aussi les évènements de Grèce. Une violence terrible de la part des autorités et une foule qui résiste et persiste. Idem pour l'Espagne et le Portugal. Bientôt en France.

Le meilleur exemple en la matière, ce sont les lois antiterroristes. L'infâme Patriot Act suspend les libertés civiles et même les protections constitutionnelles quand une personne est soupçonnée de "terrorisme", pour ce que ça veut dire.

Or, le terrorisme aux USA a fait combien de morts dans les cinquante dernières années?

Au maximum, en étant généreux et peu regardant quant à la définition de terrorisme, cinq à six mille morts.

Combien de morts dus au trafic de drogue? Des centaines de milliers, voire des millions si on y additionne les suicides. C'est sans parler des vies brisées.

Pourquoi, pour cinq ou six mille morts avérés, on suspend les libertés les plus fondamentales et pour des millions, non? Parce que le terrorisme défie l'État. Et aussi parce que ça fait bien l'affaire des "gouvernants", les vrais, pas les pantins qui se font élire.

Un État jaloux et mesquin

Quand l'État s'octroie un monopole, il le préserve jalousement. Des exemples?


  • L'alcool au Québec, vendu par les S.A.Q.; 
  • les drogues interdites de détention ou de fabrication par les citoyens sauf sur ordonnance ou avec permis; 
  • les armes à feu qui nécessitent un permis pour avoir le droit d'en posséder et un enregistrement pour chacune d'elles, 
  • les permis de port d'arme sont accordés au compte-goutte au Québec car l'État ne voit aucune raison pour laquelle un citoyen aurait besoin d'être armé et de se défendre et conséquemment réserve ces permis aux policiers, agents spéciaux et convoyeurs de fonds.
  • Le jeu, avec le monopole de Loto-Québec, une société de la couronne, autant les loteries que les vidéo-pokers que les casinos

Les actions illégales ne sont pas toutes réprimées de la même manière. Toutefois quand il s'agit de crimes, d'atteintes à la sécurité nationale (réelle ou alléguées), ou encore quand elles touchent aux monopoles détenus par l'État, y compris la capacité de violence ou la simple réponse à la répression illégitime ou illégale, l'État ne badine pas et mobilise les ressources nécessaires.

Alors quand on me demande "devrais-je faire telle chose illégale"

Je ne vous dirai pas de ne pas la faire, vous êtes majeur et vacciné. Mais je vous répondrai toujours que c'est illégal et que moi je me tiens loin de ça. Je vous inviterai ensuite à ne plus m'en parler.

Je me tiens loin de ça parce que si je m'y livre, je risque soit l'emprisonnement, soit des restrictions inacceptables à ma liberté et partant, à ma capacité de développer ou de maintenir mon autonomie et celle de ma famille.

Je me tiens loin de ça car, formation de juriste oblige, je suis porté à respecter la Loi.

Enfin, je me tiens loin de ça parce que je n'ai pas à approuver ou désapprouver vos propres actions individuelles: l'autonomie, c'est aussi assumer ses gestes et ne pas dépendre de l'opinion des autres pour agir. C'est aussi respecter la liberté des autres. Non seulement je n'ai pas à approuver ou désapprouver mais je n'ai pas non plus à savoir.

Oui, on devrait avoir plus de liberté, oui, je supportais les Carrés Rouge lors des manifs du printemps 2012 car leur cause me tenait à coeur (le gel des frais de scolarité) et parce que la répression policière effectuée sous des motifs légaux était en fait de nature politique. Mais notez que je n'ai jamais pris part à ces manifs. Lâcheté? Non: ce n'était simplement pas ma cause même si je l'appuyais.

"Quand on respecte la loi, on est désavantagé"

Bien sûr.

Les dirtbags s'enrichissent considérablement. Peu se font prendre. Les amateurs, i.e. vous et moi, qui se risqueraient à jouer dans l'illégalité se font prendre plus facilement, parfois sur dénonciation des "concurrents"!

Le Juge John Gomery,
président de la commission enquêtant sur
le Scandale des Commandites
L'histoire et les actualités démontrent que beaucoup de protégés du Pouvoir ne subissent pas les conséquences de leurs crimes ou de leurs comportements illégaux.

Rappelez vous du Scandale des Commandites et de la Commission Gomery qui, à ce jour, n'a permis l'accusation d'aucun élu, chose incompréhensible. Et personne n'a soupçonné le Juge Gomery d'avoir tenté de camoufler la vérité ou de s'être fermé les yeux.

Simplement, les acteurs du systèmes connaissent les rouages et toutes les ficelles et opposaient la Loi du silence aux enquêtes et questions.

Le Juge Bastarache
Idem dans la Commission Bastarache, où là le Juge Bastarache a été plutôt perçu comme un proxy qui a servi à protéger le premier ministre John James Charest mais qui a quand même démontré la perméabilité d'un parti politique aux influences mafieuses.

Perméabilité qui s'est étendue aux ministères, y compris au processus de nomination des juges!

Les "gros" peuvent se permettre de ne pas respecter la Loi avec une certaine impunité. Des empires commerciaux et financiers se sont bâtis de cette manière.

Les petits comme vous et moi n'ont pas les mêmes moyens ni la même habileté pour opérer illégalement ou criminellement sans être inquiétés.

Mais vous faites ce que vous voulez, vous êtes libres! Seulement pensez-y sérieusement avant de franchir la ligne. Moi, je ne la franchis pas.


Réagissez sur 


Commentaires

Anonymouse a dit…
Tu dénonces les actes illégaux sans les condamner? Pfff. Un vrai GND. :P ;)
rue rielle a dit…
Faire profil bas et pas trop faire de vague ca me semble etre la strategie la plus sensée apres réflexion. Ce qui me tourmente c'est de savoir si c'est possible d'organiser ma préparation, ma BAD, et tout ces choses essentielles auquelles je ne pen meme pas clairement meme si moi et ma femme on a passé des nuits blanches a brainstormer pour des listes. Déja le fait d'etre né en 91' c'est un gros handicap puisque j'ai l'impression qu'on est dans une periode ou les boulversements peuvent avoir lieu soudainement. C'est pour ca que contourner la loi est parfois tres tentant quand ca me permet d'économiser mon maigre capital ou de gagner du temps... Franchement je ne le fait pas, déja ma copine me tuerait et j'aime mieux me la jouer incognito, en ne parlant plus de survivalisme avec ceux qui n'en sont pas eux memes. La derniere fois ou j'en ai ouvertement fait allusion c'était avec un medecin pour avoir des antibiotiques en stock, mais il m'a fait comprendre qu'il ne me prescriverait rien apart des anxiolityques... Mettons que la prochaine fois je vais dire que je m'en vais en voyage.

Printfriendly

Articles les plus consultés