Tout le monde veut aller au ciel


Oui tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir.

Ou sa variante: "Monsieur veut boire et manger sans bourse délier".

Rappelons-nous aussi de Perrette et le pot au lait: elle voulait le beurre et l'argent du beurre.

De quoi parle-je au juste?

D'union, de communauté, d'engagement.

Rappelez-vous, j'avais écrit un article sur l'organisation politique d'une BAD où il était question du mode de répartition des pouvoirs et de la puissance publique entre les individus et les institutions. Il est question ici de souveraineté: la souveraineté individuelle face à celle d'autrui et celle de la collectivité; et surtout de sa peur de la perdre au profit d'exploiteurs.

La question de fond

La grande majorité des preppers et des survivalistes, pas tous, veulent un jour s'établir dans une Base Autonome Durable (BAD). Ils sont tous conscients qu'une BAD n'est viable et sécuritaire qu'avec un certain nombre de personnes pour la faire fonctionner, la maintenir en état, produire des aliments et la défendre.

Mais voilà, le problème c'est de former cette population. 

Les gens sont méfiants, ne veulent pas quelqu'un qui ne pense pas exactement comme lui, ne veulent pas quelqu'un de moins riche car il va le parasiter, ne veulent pas de quelqu'un plus riche que lui car il va le bouffer tout rond, ne veulent pas quelqu'un d'exactement comme lui car il se trouve trop paresseux, pas assez habile de ses mains, etc.

Sou-fucking-pir...

En d'autres termes toutes les raisons sont bonnes pour ne pas s'unir. C'est triste quand on y pense.

Nous devons réaliser aussi que l'individualisme est un luxe que la société occidentale ne se permet que depuis le XXème siècle. Cet individualisme érige des barrières mentales qui freinent ou bloquent nos capacités à nous unir à l'Autre ou simplement à faire équipe.

Les individualistes ont beau jeu dans notre société, le paradigme économique actuel les favorise grandement. Ce qui ne sera pas le cas si la majorité de la population doit un jour travailler physiquement pour produire quelque chose d'utile et de matériel.

Les temps à venir seront difficiles pour les individualistes incapables de s'adapter. Voici donc de la matière à réflexion.

Considérations

Quand nous changeons de logement, appartement ou maison, comme proprio ou locataire, et que nous élisons domicile dans un nouveau quartier, combien de temps avez vous passé à enquêter sur les valeurs, la richesse, le mode de vie et les opinions politiques de chacun de vos voisins?

"Zéro pis une barre!" Et vous n'avez pas pas enquêté pour une raison: vous avez la décence de respecter la vie privée, parce que ça ne se fait pas ou parce que vous n'en avez simplement pas les moyens ou la capacité.

Au contraire, quand vous aménagez dans votre nouveau logis, vous prendrez probablement le temps d'aller saluer vos nouveaux voisins, de vous faire accepter d'eux et de vous montrer sous votre meilleur jour.

Bottom line

Il existe plusieurs modèles d'occupation d'une BAD: immeuble unique avec appartements familiaux comme dans un immeuble à logements traditionnel; immeuble unique avec aires communes et chambres individuelles, une maison familiale par famille élargie, une maison familiale par famille nucléaire, etc.

Ferme fortifiée, siège d'une communauté
C'est certain que si on doit passer la majeure partie de son temps en partageant un espace à plusieurs familles, il faut minimalement une bonne entente.

Par contre si chaque famille a son espace de vie, on peut faire un tas de concessions à nos conditions d'association dans une BAD.

Que faut-il pour partager une BAD composée de maisons familiales élargies, ou une BAD de BADs?

D'abord, il faut une entente étroite autour d'objectifs communs. Il faut aussi déterminer une zone de modus vivendi acceptable à tous. Une zone, pas des règles strictes. On trace une ligne et on édicte qu'on peut s'en écarter de 5 ou 6 m., ce n'est pas tracer une ligne sur laquelle tout le monde doit obligatoirement marcher en tout temps, cette rectitude là ne fonctionne jamais.

En détail, il faut des propriétaires survivalistes ou preppers: 
  • qui s'entendent sur le but et la nécessité d'une BAD, 
  • qui ont les moyens actuels et futurs de maintenir les bâtiments et les infrastructures communes, 
  • qui déterminent un certain contrat social fixant notamment des règles sur des sujets aussi triviaux que le bruit, le respect de la propriété d'autrui, les respect des autres, les corvées communautaires, les corvées d'entraide, la protection mutuelle, la sécurité, ce qui est permis ou pas en matière de fertilisation et d'insecticides sur les cultures, l'évacuation des déchets, les animaux d'élevage permis ou proscrits, etc.
  • qui ont de la tolérance pour la différence de mode de vie, de croyance, de vision et d'opinion. 
En gros, ça consiste à appliquer la maxime suivante:

La liberté de l'un s'arrête là où la liberté de l'autre commence

Supposons trois ensembles représentant 1) ma zone de liberté totale, 2) une zone de réglementation des comportements et donc de perte de liberté et 3) la zone de liberté totale de l'Autre.


Le modèle du Pater Familias

Le modèle le plus tentant, celui qu'on veut tous adopter à la base puisqu'il présente le moins de contraintes pour soi, c'est la dictature personnelle, assimilable en pratique au concept de Pater Familias des Romains:


C'est l'intérêt, les valeurs et le mode de vie de Soi qui s'imposent à tous les autres. Les règles communes sont peu nombreuses puisqu'elles sont dictées par la volonté d'un seul. En d'autres termes, dans ce modèle tout gravite autour d'un "chef" et les règles communes chapeautant les rapports sociaux ne servent au fond qu'à régir le comportement du reste de la plèbe entre elle, pour le reste la volonté du "Cheuf" fait office de loi. 

Une des familles du célèbre family feud  Hatfields/McCoy

Peu de liberté personnelle pour autrui dans ce modèle. Si chaque membre de la BAD pense et voit les choses de cette manière, les fameux family feud du Far-West états-unien seront de la petite bière face aux conflits que vivront les gens dans cette BAD!

C'est pourtant, quand on examine la logique symbolique de ceux qui veulent une BAD sans avoir de contraintes, le modèle idéal. Bien sûr c'est instinctif et je dirais aussi naturel: nous voulons tous tout avoir en donnant le moins possible en échange. 

La dictature personnelle produit rapidement une baisse de la productivité, une baisse de l'engagement affectif envers le groupe puis son chef, éventuellement une défection massive ou une révolte et l'exécution du despote puis le partage de ses biens!

Quand on est conscient que le modèle Pater Familias est, en pratique, inapplicable dans notre société et qu'on demeure malgré tout insécure, alors on opte pour l'inverse, la dictature du groupe!


Les règles communes prennent tant de place qu'on se retrouve comme dans l'exemple donné par Piero, l'auteur de Survivre à l'effondrement économique, où on réglemente tout, dont l'obligation pour tout le monde, hommes et femmes, de s'asseoir sur le siège de toilette pour uriner!

Quand on manque de confiance dans sa capacité à faire respecter ses besoins ou sa liberté, ou même quand on manque de confiance en la capacité de l'Autre à respecter notre liberté et nos besoins, on sur-réglemente. 

La sur-réglementation a pour résultat de tuer l'initiative personnelle, de créer une micro-société de délateurs qui seront toujours à l'affût des multiples occasions de violer les règles avec à la clé l'ostracisation prompte des "déviants" (ceux qui pissent debout par exemple!), une anxiété de se placer en situation irrégulière et une baisse du sentiment d'engagement envers la communauté assorti d'une baisse de productivité.

L'approche de la Res Publica

La Res Publica (en français la Chose Publique) c'est le règne du Bien Public.

Dans cette approche, les choses d'intérêt public sont réglementées ou organisées par les citoyens et ce qui n'est pas d'intérêt public est laissé à la liberté de chacun.

La création et l'entretien des chemins d'accès aux bâtiments est certainement d'intérêt public mais pas ce qu'on sème dans nos parcelles de terre privées, sauf si ce qu'on sème a des conséquences néfastes sur le reste de la collectivité.


Ce modèle empiète le moins possible sur les libertés individuelles, ce qui garantit le respect des nôtres tout en nous empêchant de bafouer celles de nos voisins.

Cela demande un minimum de tolérance de même qu'un minimum d'intolérance face à autrui. 

Tout cela n'est possible que si c'est organisé autour d'un contrat social qui encadre très bien les besoins généraux du groupe et des individus. Les besoins généraux et pas les besoins détaillés ni la manière précise de faire ou de ne pas faire.

Ce modèle est celui qui pardonne le plus. Il minimise le pouvoir des autres sur soi, il minimise le pouvoir collectif sur soi et il ne nous affecte qu'au minimum si nos choix de partenaires de BAD étaient erronés.

Il est impossible de ne jamais se tromper. Par contre quand on choisit et qu'on a en tête la possibilité de se tromper, on prend les moyens conséquents pour minimiser les conséquences d'une erreur.

Se garder beaucoup de liberté individuelle, donner au collectif la place qu'il doit avoir, sans plus et sans moins, c'est se prémunir contre l'emprise des autres, qu'ils soient invasifs, flemmards, ou simplement détestables.

La peur

Oui bien sûr, quand on doit s'unir pour obtenir notre BAD dans un hameau ou notre place dans une BAD, on doit faire preuve d'un minimum de méfiance. 

Les autres sont-ils sincères? Honnêtes? Ont-ils les moyens de leurs ambitions? Suis-je capable d'accomplir mes obligations? Le serais-je dans 5 ans, dans 10 ans?

Sachez ceci: une communauté, ça ne se bâtit pas en trois semaines. Ça se développe sur des années. 

Nos héros gaulois bien connus: toujours
prêts à se taper dessus sur la (non) fraîcheur du
poisson mais surtout toujours unis dans l'adversité. 
Les fameux villages du passé, voire les quartiers des villes comme à Montréal dans les années 40 et 50, étaient "tissés serrés". Ces gens là ne se choisissaient pas. Ils naissaient vivaient et mouraient dans leur communauté. Il y avait parfois des conflits, oui la pression sociale pouvait être lourde, principalement à cause de la religion mais il y avait aussi beaucoup de solidarité.

Les pauvres étaient connus et aidés, discrètement, dignement. Les riches faisaient leur part, aussi.

Je ne prône pas un retour au passé, je dis seulement que des gens animés des mêmes buts, sincères et honnêtes, peuvent arriver à créer quelque chose ensemble sans devoir tout sacrifier ce qu'ils sont et ce qu'ils font et sans devoir demander aux autres de faire la même chose.

Bien sûr le risque est toujours présent de tomber sur des gens malhonnêtes. C'est une raison pour prendre le temps de connaître les partenaires éventuels. 

Passer 5 week-ends complets de camping avec les candidats badistes ou partir deux semaines en vacances avec eux, ça ne prouvera rien. Vous ne testez pas un ou une conjointe, vous voulez trouver en quelque sorte des partenaires d'affaire et de bons concitoyens.

Les indices à noter

La fiabilité, l'engagement social ou communautaire, le travail pour le bénéfice des autres (comme ce blogue tiens! ^^), la générosité sont des signes favorables.

Les fréquentations douteuses, le magouillage (je ne parle pas de la débrouille mais bien des choses louches), la dépendance à des substances qui modifient le comportement ou les perceptions, un menteur, un manipulateur, ce sont des signes très défavorables.

Ceux qui ne possèdent rien sont à éviter sauf s'ils ont de bonnes raisons de ne rien posséder (divorce, pertes d'affaires, simplement issu d'un milieu pauvre et manque d'opportunités). Habituellement on ne possède rien soit parce qu'on n'a pas les moyens de posséder, soit parce qu'on claque tout dès qu'on a un peu de pognon en extra. Cherchez les prévoyants qui ont commencé sérieusement à préparer matériellement et psychologiquement.

Parfois les crises servent de révélateur. L'illustre inconnu du monde normal devient, exposé ;a une crise, le héros inattendu.

Rappelez vous toutefois une chose: Charles de Gaulle était un obscur colonel de l'Armée Française, qui plus est un théoricien! Les allemands, en particulier Guderian, lui ont donné raison et ont organisé leur armée en fonction de ses analyses et conclusions alors que ses supérieurs français ont ri de lui, lui qui voulait chambouler la manière de faire.

Or, il a fallu une crise majeure, la Deuxième Guerre Mondiale, pour révéler toute la valeur de cet homme et pour le hisser au firmament des hommes et chefs d'État. De Gaulle a sauvé la France.

Une crise peut avoir cet effet sur les gens, il faut simplement savoir détecter celui qui n'est rien aujourd'hui et sera la clé de voûte de votre communauté quand tout ira de travers.

Vous avez vécu, vous avez votre propre expérience, vous vous connaissez et vous avez votre connaissance de la nature humaine. Fondez-vous sur vos expériences mais ayez en tête que si vous avez besoin des autres pour monter votre BAD, eux aussi ont besoin de vous et que c'est ce liant qui devra être le fondement de votre collectivité survivaliste, pas les goûts musicaux ou cinématographiques ou politiques.

Le tout, c'est de savoir aller au ciel sans devoir mourir, quoi!

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