Pour les enfants

J'ai déjà abordé la question des enfants, notamment dans une réponse à une question qui m'était posée par un lecteur et bien entendu dans l'article co-écrit avec Vol West.

Mais j'estime qu'il y a beaucoup plus à dire sur ce sujet. 

Cet article s'adresse plus particulièrement aux femmes, celles qui sont mères et celles qui envisagent de le devenir.

Pour un homme, la maternité est mystérieuse et du même coup un phénomène foncièrement étranger à notre condition. 

Pour les pères ça se résume à peu de choses: quelques minutes de plaisir, trois mois à entendre notre conjointe se plaindre des nausées, puis l'attente, l'attente interminable ("si elle pouvait se dépêcher d'accoucher!") et enfin l'accouchement, les douleurs ("franchement elle en met un peu!"), le sang ("non là, c'est trop..."), et la délivrance avec l'arrivée de cette petite chose trop fragile qui devient l'être le plus précieux de notre vie et encore plus précieux, si c'était possible, pour notre femme, nouvellement mère. 

Je présente les chose sur un ton léger mais c'est bien pour mettre l'emphase sur le fait majeur de la maternité: ce sont les femmes, et pas les hommes, qui se tapent tout le travail, tous les inconvénients, tous les changements corporels et hormonaux, la plus grande part des soucis, les nuits coupées par les boires de notre enfant quand il est allaité.

Ça c'est quand tout va bien.

Pourquoi faire des enfants en temps de normalité?

Nous vivons dans une civilisation si particulière qu'elle est, si je ne m'abuse, la première à susciter ce questionnement! En effet c'est probablement la première fois dans l'histoire de l'humanité que les sociétés de payent de luxe de choisir d'avoir ou de ne pas avoir d'enfants.

Nous nous sommes donné, en Occident, une série d'infrastructures et de services collectifs publics et privés qui font en sorte que si on suit un parcours idéal et que nous avons la chance d'être bien né ou pas trop mal né, avec pas trop de malchance, nous pouvons passer notre vie à travailler et amasser assez d'argent pour pouvoir payer des gens qui s'occuperont de nous lorsque nous serons vieux et plus en mesure d'être autonomes.

Mieux que cela: une partie de la population retraitée a même les moyens de se payer les loyers exorbitants des luxueuses résidences pour personnes âgées dans lesquelles ils n'ont plus de repas à préparer, ils n'ont plus de buanderie à faire eux-mêmes, ils disposent d'une multitude de services fournis dans le même immeuble. D'autres passent l'hiver dans le Sud, à fuir la pluie, le froid, la neige. 

En d'autres termes, ces personnes assez en moyens vivent comme même des rois des temps anciens ne vivaient pas.

Dans ce contexte, quel besoin de faire des enfants? Ces enfants empêcheraient d'amasser l'argent des vieux jours et transformeraient une retraite opulente en une retraite bien ordinaire. Ils nuiraient à la carrière des parents et spécialement à celle de la mère. La vie de DINK (Double Income No Kids) a ses attraits, après tout.

Pourquoi faire des enfants, alors?

Les autres civilisations

Les pays du Tiers Monde, les pays sous-développés, les pays en voie de développement, les pays en émergence, bref les pays non occidentalisés, ont des populations qui connaissent une autre réalité économique dont l'absence d'un filet de sécurité sociale.

Dès lors la totalité de la vie active, qui commence chez eux beaucoup plus tôt que chez nous, est consacrée à préparer les vieux jours, je dis les vieux jours car il n'est jamais question de retraite dans ces pays, un concept très occidental.

Quand j'étais beaucoup plus jeune, pendant mon enfance, j'ai eu connaissance des famines au Sahel, au Biafra, en Éthiopie. Les explications que j'en ai retenues, c'est la surpopulation due à une trop grande natalité par rapport aux ressources locales. 

Explications simpliste mais qui passent à côté de la plaque.  

La "surpopulation" en question, c'est LEUR régime de sécurité sociale à défaut d'avoir la richesse que nous avons (et dont nous les avons souvent privés par l’assujettissement de leurs ressources à nos besoins). 

Dans ces sociétés, les enfants subviennent aux besoins de leurs parents vieillissants ou vieux et quand ceux-ci sont morts prématurément, les aînés prennent soin des plus jeunes. Un peu comme en Occident jusqu'au XXè siècle.

Je résume toute la question, j'en suis conscient, à peu de choses. Je veux surtout attirer l'attention sur le fait que les paradigmes reliés aux enfants varient d'une société à l'autre et qu'ils sont souvent dictés par les conditions économiques.

En Occident, nous avons le choix d'avoir des enfants ou pas, notre société et notre modèle économique le permettent. Sont-ils plus aimés ou désirés qu'en Afrique ou sont-ils le reflet plutôt de l'égocentrisme occidental? Là n'est pas la question et je mentionne la question des motivations d'avoir des enfants justement pour dire qu'elle n'est pas simple et surtout qu'on ne peut pas porter de jugement de valeur sans aller vraiment au fond des choses.

Avoir des enfants avant l'effondrement

Beaucoup de prévoyants et de survivalistes anticipent un mystérieux "effondrement": économique, social, écologique et j'en passe. D'autres pensent qu'une guerre mondiale encore plus terrible que les autres est en préparation. 

Il n'est pas nécessaire de consulter et de tenter d'interpréter Nostradamus ou quelque prophétie que ce soit pour mesurer les difficultés qui pèsent sur notre planète et sur l'avenir de l'humanité. 

Nous détruisons allègrement notre écosystème, nous mangeons des produits toxiques, nécessaires à l'industrie de l'alimentation pour commercer à l'échelle mondiale mais pas du tout conformes à nos besoins alimentaires réels. 

Des pays, des think tanks, des groupes de pression tentent de créer des tensions afin de déclencher des guerres dont tout le monde, sauf cette poignée de gens, pourraient se passer, le tout afin de redéfinir le monde suivant leurs intérêts propres.

Alors dans ce contexte, pourquoi avoir des enfants? N'est-ce pas mieux d'attendre lorsque tous les problèmes seront derrière nous?

Ordre naturel

D'abord, avoir des enfants est dans l'ordre des choses. Un homme et une femme se rencontrent, se fréquentent, s'aiment, se marient et ont des enfants. C'est le classique conte de fées mais c'est aussi la classique histoire d'à peu près tous les couples vivant dans des sociétés où la liberté de choisir son ou sa partenaire de vie existe.

C'est surtout ainsi que l'Humanité a perduré.

Comme survivalistes, comme prévoyants, nous prenons les moyens de développer notre autonomie pour une raison fondamentale: nous maintenir en vie avec le plus de facilité possible, peu importe les conditions économique, sociales et écologiques du moment.

Les gens qui sont conscients que des changements fondamentaux sont en train de poindre à l'horizon, des changements tels que le mode de vie actuel risque d'en être durablement modifié, sont peu enclins à faire des enfants avant de voir quelle direction prendront les choses.

C'est normal, c'est de la prudence élémentaire.

Face à cette prudence, j'aimerais aussi apporter une autre considération: il est facile et peu risqué d'avoir des enfants en ce début du XXIè siècle.

À l'heure actuelle, les infrastructures médicales sont fonctionnelles. On peut trouver un médecin ou une sage-femme. Au Québec, les soins médicaux et post-natals, le suivi d'une grossesse et l'accouchement sont assumés par la Régie de l'Assurance Maladie du Québec, autrement dit par un régime collectif financé par nos impôts. 

La situation est différente pour chacun des pays occidentaux mais il demeure que les services sont accessibles, de bonne qualité et offerts à coût raisonnable.

Si vous envisagez des changements majeurs forcés dans le mode de vie normal de nos sociétés, il vaut mieux alors avoir des enfants maintenant, pendant que les services sont accessibles à tous points de vue, que plus tard lorsqu'ils seront rares ou pas aussi bien donnés que maintenant.

Speculum, 16ème siècle, vous voulez
vraiment attendre qu'on y revienne?
Mesdames, je sais que la plupart d'entre vous avez un jour considéré ce qu'étaient les accouchements du passé et rendu grâce à la science médicale pour la réduction radicale du nombre de femmes qui mouraient en couche et pour la diminution importante de la mortalité des bébés et des nourrissons. Et pour la péridurale, aussi, que vous avez le choix de recevoir ou non!
Je suis certain que si on vous disait que vous deviez accoucher "à l'ancienne", sans support médical d'urgence, sans accès rapide aux urgences en cas ce besoin, sans encadrement infirmier post-natal, sans la disponibilité de votre mère et des nombreuses soeurs et belle-soeurs qui venaient aider nos grand-mères pendant leurs relevailles,  vous auriez une peur bleue de porter un enfant et de lui donner naissance.

Maintenant!

Je ne vous dis pas de faire des enfants. C'est votre décision de couple, et même, ultimement, votre décision à vous seule car c'est vous qui porterez cet enfant.

Je vous dis par contre que si vous en voulez un jour, il vaut mieux en avoir le plus rapidement possible, dans un contexte où toute l'assistance existe et est disponible, plutôt que dans un avenir qui, pour le moment, semble plutôt annoncer une détérioration de nos conditions de vie plutôt qu'une amélioration.

Nous avons encore la chance de vivre dans des environnements techno-médicaux de grande qualité, avec des services accessibles, des conditions hygiéniques contrôlées, une alimentation qu'on peut encore généralement contrôler, des médicaments efficaces aux effets secondaires connus (dans la plupart des cas).

Bien qu'il suffise de deux ou trois ans pour que la situation économique et budgétaire d'un pays se détériore au point où les services publics sont sabrés, nous n'en sommes pas encore là exception faite de la Grèce, de Chypre et de l'Espagne. Bientôt la France?

Il n'y a pas de meilleur moment pour avoir des enfants que le moment où vous êtes prêts comme parents. Les conditions économiques et sociales sont bien sûr un facteur à prendre en compte et oui, l'arrivée d'enfants change le niveau de vie. Il le changera toujours, crise économique ou pas, effondrement ou pas, guerres ou pas.

Ce qui change radicalement la donne cependant, ce sont les crises aiguës qui, dans les registres BMS des temps passés, illustrent bien la baisse radicale de la nuptialité et des naissances ainsi que la hausse de la mortalité.

Mais l'humanité a toujours fait des enfants, parce que c'est dans l'ordre des choses. Je suis survivaliste, j'ai 47 ans, j'ai eu mon dernier à l'automne 2012. Je connais plusieurs autres survivalistes très sérieux et très avisés qui sont dans la fin-trentaine début-quarantaine, qui en ont eu récemment ou qui en attendent au moment où j'écris. 

Alors à moins d'être dans une situation détériorée sérieuse ou critique d'un point de vue survivaliste - et non d'un point de vue de consommateur - faites-les, ces enfants que vous désirez avoir.

Et ayez foi en l'avenir, vous vous y êtes déjà préparés.

Commentaires

Anonyme a dit…
Il faut aussi ajouter ceci : Si vous croyez possible que la société crashe, si vous faites le choix d'avoir des enfants avant que cette normalité crashe, vous faites aussi le choix d'éduquer vos enfants pendant ce crashe de la normalité. Et c'est à ça d'abord que je réfléchirais avant d'avoir des enfant. Car on imaginer l'enfer sur Terre si cette réalité devait arriver.

Excellent article Vic!
Anonyme a dit…
Il faut aussi ajouter ceci : Si vous croyez possible que la société crashe, si vous faites le choix d'avoir des enfants avant que cette normalité crashe, vous faites aussi le choix d'éduquer vos enfants pendant ce crashe de la normalité. Et c'est à ça d'abord que je réfléchirais avant d'avoir des enfant. Car on imaginer l'enfer sur Terre si cette réalité devait arriver.

Excellent article Vic!

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