Végé et faim du monde - Partie 2: l'exploitation animale

La vérité est que l’agriculture est la chose la plus destructrice que les humains aient fait pour la planète, et ajouter plus [d'agriculture] ne nous sauvera pas. La vérité est que l’agriculture nécessite la destruction massive d’écosystèmes entiers. La vérité est aussi que la vie n’est pas possible sans la mort, que, peu importe ce que vous mangez, quelqu’un doit mourir pour vous nourrir.

Lierre Keith, auteure, ex-végétalienne en vue

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[Remerciements à Gilles Lartigot pour son aide dont il reconnaîtra le contenu]

Mon dernier article a provoqué de l'indignation chez plusieurs des végés qui sont, disons, engagés dans leur cause.

On m'a répliqué que l'alimentation végé était meilleure pour la santé - je n'ai jamais effleuré ce thème.

On m'a répliqué que les sous-produits animaux n'étaient pas indispensables pour fabriquer les produits du quotidien. C'est faux: la raison pour laquelle on utilise proportionnellement moins de cuir que par le passé c'est que nous disposons de matières synthétiques. Éliminons-les et nous revenons au tout-cuir.

On a répliqué que l'agriculture était l'avenir de la planète et qu'on pouvait nourrir plus de gens en mode végétarien. Globalement et dans un monde industrialisé et mondialisé à la croissance non limitée par des choses triviales comme les ressources, il se peut.

Mais ce monde ne durera pas et c'est précisément la raison d'être de cet article et du précédent, que dis-je du précédent? de l'ensemble de mon blogue!

En d'autres termes on s'est acharné à dire que végé c'est cool et pas végé c'est pas cool. Il se peut, il se peut ça aussi... Après tout, pourquoi pas? Mais c'est néanmoins très éloigné de mon propos.

Il demeure que ces objections sont des diversions qui ne traitent pas du thème central de l'article, à savoir "quelles sont les conséquence du choix végétarien/végétalien dans un cadre survivaliste projeté à long terme?", tel que j'avais posé la problématique.

Mon point, c'est que deux c'est un et un c'est zéro. Deux grandes sources de production d'aliments c'est mieux qu'une seule.

Plutôt que du verbiage, le tableau suivant devrait clarifier la question.


Source alimentaire utilisée

Volaille Oeufs Lait Viande rouge Poisson Gibier Cueillette Culture végétaux à cuire Culture végétaux à manger crus

Origine animale Origine Végétale
Omnivore








Végétarien sans mammifère








Végétarien sans chair animale (œuf et produits laitiers seulement)








Végétalien








Crudivore









Voilà ce ce que mangent les tenants de ces cinq grandes orientations alimentaires: en vert ce qui est acceptable comme type d'aliment et en rouge/orangé ce qui ne l'est pas. 

La liste n'est pas exhaustive mais elle englobe grosso modo l'ensemble des aliments consommés par des humains.

Deux égale un et un égale zéro


Les orientations alimentaires déterminent la nature des activités de production alimentaire dans une Base Autonome Durable (BAD).

Une BAD en production crudivore ne produira pas la même chose qu'une BAD en production omnivore ou en production végétarienne sans mammifères.

Ces choix de production se classent fondamentalement en deux catégories: production végétale et production animale, cette dernière comprend l'élevage de boucherie et l'élevage pour ce que les animaux produisent pour notre usage.

Plus une BAD fera une part équilibrée entre la production végétale et la production animale, moins elle sera vulnérable aux aléas. 

Pourquoi?

Les maladies qui affectent les vaches n'affecteront pas les chèvres ni les choux ou les carottes de sorte que seules les vaches seront touchées. S'il y a mortalité, ce sera la perte d'une partie de l'élevage et non de son ensemble et la production végétale ne sera pas touchée.

Les maladies de la pomme de terre ne détruiront pas la récolte de kale ou de pois pas plus qu'elles n'affecteront le cheptel. Même principe que le paragraphe précédent.

Restent les conditions climatiques. 

Une mauvaise saison peut ruiner l'activité agricole de l'année mais voilà: ce que mangent les vaches et les chèvres peut très bien ne pas être affecté par des conditions climatiques qui ruinent les champ et la culture maraichère. Une tempête de grêle pourra tout ravager mais les animaux seront épargnés de son effet destructeur car l'herbe et le foin ne seront pas touchés.

La variété des sources de production alimentaire augmente considérablement l'autonomie d'une BAD en ce qu'elle permet de diviser les risques liés à une mauvaise année agricole. C'est en quelque sorte mettre nos oeufs dans plusieurs paniers.

Vie paysanne et exploitation animale


Peu de gens connaissent l'authentique vie paysanne en production artisanale, autonome, à force animale et à l'ancienne. Il n'en reste que des souvenirs, des travaux, des traces et c'est tout, plus personne ou presque n'en n'a eu une expérience directe. 

Cet éloignement de nos réalités quotidiennes tendent à nous donner une vision de la vie paysanne souvent romancée à tort ou erronément dramatisée.

Feu mon grand-père a vécu cette vie jusqu'à ce qu'il aille "en ville". Évidemment qu'il m'en a parlé.

Fort de mes livres sur la culture matérielle (je suis notamment diplômé d'Histoire après tout), de documentaires et de documentations diverses et des échanges avec mon aïeul disparu, je ne peux prétendre vous présenter ce qu'était (et sera) la vie paysanne sans les systèmes de support que nous connaissons, dont l'agronomie chimique et la mécanisation pétrolière.

Je peux par contre vous dire ce qu'elle implique quant au mode de vie.

Le but d'une ferme - ou d'une BAD - est prioritairement la production d'aliments qui permettront à ses occupants de vivre jusqu'à l'année suivante, d'engranger des surplus pour les mauvaises années et de se procurer les choses essentielles à la vie.

Outre l'activité de production alimentaire en tant que telle, soient les travaux aux champs et les soins accordés aux animaux, pour peu que nos orientations alimentaires et notre éthique supportent l'exploitation de nos "frères" les animaux, nous trouvons un tas de tâches qui ne sont pas reliées directement à la production de bouffe. Il y a:

  • L'entretien, la réparation et la construction des bâtiments
  • Coupe du bois de chauffe
  • Coupe du bois d’œuvre
  • L'entretien, la réparation et la création d'outillages
  • La vente et l'achat de biens et de denrées
  • La transformation des aliments
  • La préservation des aliments
  • Fabriquer ses vêtements
  • Fabriquer des produits divers (savon, lessive, suif, bardeaux de toit et j'en passe)
  • Etc.
En fait, il existe un tas d'activités qui vont nécessiter des outils ou des équipements spécialisés. Pour cela il faudra notamment des harnais, des courroies, des ceintures, des fourreaux, des étuis, des sacs et des contenants souples et j'en passe. Bref il faudra le matériau universel : du nylon, le remplaçant universel du cuir!

Sauf que si le nylon n'est plus produit, plus distribué, plus abordable, il faudra le remplacer par le produit qu'il a remplacé: le cuir. Pour avoir du cuir il faut des animaux qui nous en fournissent. Il est impossible, inconcevable, de se passer du cuir ou du nylon, tout végétalien ou crudivore qu'on soit.

Si on veut fabriquer un violon pour égayer les soirées: il nous faut du crin de cheval pour l'archet. Si on veut faire un tambour, ça nous prend encore le cuir. On veut jouer au foot? Merde, encore du cuir!

Un joint de la pompe à eau à main lâche? On fait comme avant: on utilise du cuir.

En fait, la vie paysanne autonome en BAD ne peut être praticable qu'en exploitant les animaux pour leur viande, pour leur force musculaire, pour leurs produits: lait, fourrure, cuir, œufs, duvet pour couettes, présure, tendons, suif pour la saponification l'éclairage et l'imperméabilisation entre autres, pour l'excellent engrais qu'ils nous donnent... De plus nous pouvons aussi utiliser leurs habiletés à accomplir certaines tâches comme débusquer un siffleux (marmotte), trouver des truffes, récupérer un volatile abattu au fusil, traquer un renard qui s'intéresse un peu trop à nos grasses gélines et lâcher les féroces chats sur les rongeurs.

Presque tout cela peut être accompli, de nos jours, par différents moyens énergétiques, technologies, chimiques et autres. Mais voilà, nous parlons d'un contexte où ces moyens ne seront peut-être plus disponibles ou encore trop onéreux.

Quand on fonde notre production ou notre productivité sur une technologie avancée on court le risque de la voir cesser de fonctionner: plus un système est complexe, plus il est fragile, encore plus dans un monde qui programme obsolescence des produits manufacturés.

Une dose de réalisme


Est-il réaliste de penser que nous pourrions être autonomes avec des solutions technologiques donc énergivores quand on sait que l'énergie est un mur sur lequel nous allons nous buter très bientôt?

Bien entendu toutes les choses ne tomberont pas d'un coup. Comme le mentionnait Michael Ruppert dans le film Collapse, les choses vont s'étioler progressivement.

Certaines denrées et certains produits vont commencer à manquer temporairement dans le commerce, l'entretien et la réparation des infrastructures publiques se feront plus lentement, puis seront retardés et finalement reportés "à plus tard" pour des raisons budgétaires et de disponibilité des ressources puis viendront des troubles, des disettes puis des famines, etc.

C'est à ce moment que nous devrons trouver des solutions "basse technologie" pour remplacer nos solutions "haute technologie" énergivores qui nous permettaient de fonctionner.

Nous pourrions avoir besoin du suif pour nous éclairer ou fabriquer notre savon et le suif, ça se trouve dans un animal, pas dans un épi de blé...

Nous pourrions avoir besoin de la force de traction du boeuf pour labourer ou actionner nos moulins à scie ou à grain. Nous pourrions avoir besoin du cheval pour nous déplacer.

C'est pour cette raison que je considère que les orientations alimentaires fondées sur l'idéologie de la parité Homme-Animal sont des culs de sac tant alimentaires que matériels que civilisationnels.

Qu'on le veuille ou non, comme le soulignait l'extrémiste féministo-environnementaliste Lierre Keith, vivre, c'est tuer, toujours. Et là dessus, je lui donne raison.



Ceux qui se sont donnés une orientation alimentaire non-omnivore: vous avez raison et vous aurez raison tant que la civilisation qui vous permet ce choix sera en mesure de le supporter.

Entre maintenant et le moment où ça ne sera plus possible sans risquer la stabilité de vos approvisionnements alimentaires, si j'ai une suggestion à faire, ça serait de se préparer et d'apprendre à "exploiter" des animaux car le jour où la logistique alimentaire ne permettra plus aux végétariens, en particulier aux végétaliens et aux crudivores, de se nourrir selon leur orientation, il sera bien tard pour apprendre et pour se procurer des équipements et des bêtes. N'oubliez pas que 2020 sera l'année pendant laquelle la production globale de nourriture va commencer à baisser.

C'est dans six petites années...





Commentaires

Anonyme a dit…
il y a eu, par le passé, des cultures totalement végétariennes

ok, elles n’étaient pas industrialisées, pas "modernes"

mais, jusqu'à leur invasion par plus agressif, elles ont tenu
Vic Survivaliste a dit…
Difficile de dire qu'elles ont tenu si elles n'ont pas pu résister à l'envahisseur. Elles devaient être très fragiles.

Il y a l'Inde qui est quasi-végétarienne mais elle ne réussit à nourrir sa population - avec difficulté - qu'avec des transferts massifs de denrées et encore elle connait la faim.

http://www.momagri.org/FR/articles/L-Inde-agricole-entre-forces-et-faiblesses_249.html

"L’agriculture indienne est aussi caractérisée par une productivité insuffisante imputable à de multiples facteurs comme : la micronisation des acteurs agricoles, la faible mécanisation, l’absence d’équipements et d’infrastructures adéquats ainsi que les conséquences néfastes induites par la « Révolution verte » dans les années soixante-dix. "

"Avec 212 millions de sous-alimentés (c’est-à-dire le même niveau qu’en 1992) l’Inde est le pays le plus durement touché au monde par la sous-alimentation9 et un tiers de sa population, majoritairement agricole, vit sous le seuil d’extrême pauvreté10."

Maintenant quand les mouvements massifs de subsistances ne seront plus possibles ou trop onéreux faute d'énergie à bas coût, que se passera-t-il de cette société d'agriculture? Les aléas et les problèmes se multiplieront.

Anonyme a dit…
Le végétalisme dans sa version standard est une erreur flagrante.. Ceci est basé principale sur les céréales,riz, et légumineuses..

On devrait remplacer en Inde les champs de céréales,riz et les légumineuses par des arbres fruitiers en suivant les principes de permaculture(avec graines) et non des arbres fruitiers infertiles comme les cultures de bananes qui sont très à grand risque d'extinction.. Le clonage est une mauvaise voie à suivre comme la plupart des cultures de bananes commerciales montrent actuellement..

En inde , les fermiers ont été exploités par Mosanto , les ogm et les pesticides.... Des belles promesses qui n'ont jamais donné les résultats. et même les pauvres fermiers d'Inde doivent acheter leurs semences de Monsanto.sous peine de poursuite...et de saisi de leur ferme.



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