Il y a des BAD et il y a le reste - Communauté et clan

Voici un 3e article sur la BAD mais cette fois-ci j'y développe des aspects moins techniques et plus humains.

Chaque semaine, sans exagérer, on me demande comment rejoindre des groupes, voire, on se plaint auprès de moi de ne pas trouver de groupes de survivalistes qui voudraient bien les accepter, si tant est qu'il en existe.

Je vais devenir lassant avec ce sujet mais je vais néanmoins clarifier les choses.

Oui il existe des clans de survivalistes au Québec (et en France). 

Oui, il existe des groupes qui, sans se qualifier de clans, sont néanmoins des groupes organisés à des degrés variables. 

Oui, il existe des régions éloignées où presque tout le monde vit sur le mode survivaliste sans même connaître ce nom.

Clan, communauté, groupe, organisation, etc.

Qu'est-ce qu'un clan?

C'est le substitut d'une famille étendue avec une organisation déterminée, une autorité identifiée et reconnue (qu'elle soit détenue par une seule personne ou par une assemblée), un ensemble de règles et de buts communs, un sentiment d'appartenance et une interdépendance, actuelle ou éventuelle. Le Clan revêt presque un caractère sacré par sa dimension supra-personnelle. Si on est membre d'une communauté en revanche on "appartient" à un clan tout comme le clan nous "appartient". On y trouve un lien beaucoup plus fort que le lien dicté par l'intérêt personnel et la mutualité des avantages.

D'ailleurs, au Québec, des familles étendues unies, nombreuses et "tricotées serrées" sont surnommées des clans.

Qu'on s'appelle "clan" ou "famille" ou "groupe" ou "milice de survie et d'autodéfense" ou "organisation" cela revient toujours aux mêmes concepts articulés autour d'un plan survivaliste.

Comment se forme un clan?

Je n'ai pas un énorme échantillonnage de la chose car je n'ai connaissance que d'environ une vingtaine de clans parmi tous mes contacts québécois et européens. J'ai aussi obtenu des informations sur des groupes qui s'étaient dissous.

La constante de tous ces groupes, c'est la profondeur du lien qui les unissent.

La très grande majorité des clans qui se sont formés l'ont été avec des gens qui se connaissaient.

Généralement, le fondateur d'un groupe se lance dans le survivalisme, en parle a ses amis et ses proches et progressivement ces derniers deviennent survivalistes et commencent à se préparer ensemble.

On le constate donc: le processus de formation des clans se fait de manière naturelle et sur la base des relations personnelles préalablement établies et souvent, de très longue date.

Les clans plus organisés et aux effectifs plus nombreux peuvent parfois recruter mais je n'ai eu aucune connaissance d'appel aux candidatures. Chaque clan dont j'ai entendu parler quant au recrutement (et ils sont rares) procèdent par invitation, après qu'un candidat ait été vu, connu, fréquenté et recommandé par un de leurs membres.

Quand on pense à la création d'un clan, on a tendance à penser "milice" au sens états-unien du terme, à savoir des gens qui s'organisent, se structurent, recrutent et forment de nouveaux candidats. Ce n'est toutefois pas typique au survivalisme dans la francosphère.

Il existe des "clans" qui sont en recrutement mais je conçois de sérieux doutes sur leur viabilité ou même les motivations de ses dirigeants.

Le clan pour les pressés ou les désespérés

Ça n'existe pas. Par contre on peut créer rapidement un groupe, une "BAD de BAD", a savoir une concentration d'établissements familiaux regroupés à distance raisonnable et dont les propriétaires manifestent une volonté d'assistance mutuelle et de développement de liens.

Il faut savoir que le concept de BAD tel que développé par son créateur, Serge Ayoub, dans l'ouvrage G5G, n'est pas que destiné à créer une ferme plus ou moins fortifiée et un refuge de vie en cas de période trouble. C'est un lieu et un projet d'empowerment comme disent les anglais, de prise de contrôle de sa destinée par l'union des efforts et des ressources.

La BAD d'Ayoub a donc une aussi vocation politique car elle est un moyen pour le peuple de s'affranchir de la dépendance, en temps de prospérité comme en temps de crise et éventuellement de prendre le pouvoir par la multiplication des BAD, suscitant du même coup cohésion et union chez le peuple et atrophie de l'État oligarchique et ploutocrate qu'on connait, celui qui modèle un pays conformément aux besoins des "grands".

Donc, ultimement, la BAD dans son concept original n'est pas pour tout le monde. Enfin, elle pourrait l'être, elle devrait l'être (?) mais l'être humain occidental contemporain est peu enclin à penser sa vie comme membre d'une communauté: il est plutôt dans l'individualité. Car la BAD c'est du "je" mais c'est aussi beaucoup de "nous".

Solutions à envisager
Il n'y a pas beaucoup d'approches alternatives, bien que les variations de teintes soient infinies.
Il n'est pas question ici de créer une chose différente qui aura les mêmes attributs que la BAD engagée de Serge Ayoub sans en posséder l'essence.
En effet on ne triche pas avec la réalité! Un triangle ne deviendra jamais un carré sans changer de forme. Si on veut qu'un triangle se comporte en carré, il faut abandonner le triangle et devenir carré.

Je veux vous présenter sommairement quelques approches alternatives à la BAD originelle développée par Serge Ayoub, par degré d'intégration décroissant

1)  La coopérative d'habitation survivaliste

Vous connaissez le concept des coops d'habitation qu'on trouve dans la plupart des villes québécoises?

C'est exactement la même chose et le même modus operandi  qu'une coopérative d'habitation sauf évidemment l'orientation spécifiquement survivaliste du projet.

Il s'agit donc de regrouper quelques familles dans un bâtiment d'habitation comptant plusieurs appartements et situé sur une vaste terre de plusieurs hectares, une terre qui permettra l'autonomie alimentaire et énergétique. À la différence de la BAD d'Ayoub, cette communauté n'a pas d'engagement politique ou idéologique spécifique sinon la volonté d'être autonome.

Les terres sont délimitées afin que chaque famille travaille sa parcelle et un bâtiment agricole abrite les outils, les équipements, la nourriture des animaux, etc.

Je ne vous prémâcherai pas la liste des avantages et inconvénients, vous pouvez très bien la dresser vous-même, d'autant plus que c'est une question de jugement et de valeurs.

2) La néo-seigneurie

On change de registre ici: la terre et même les bâtiments sont la propriété d'un seul. Celui-ci admet des gens sur ses terres, dans un mode de tenure perpétuelle. Les censitaires peuvent aménager le territoire imparti dans les limites fixées et versent au néo-seigneur une redevance, (autrefois nommée le censive) en nature (aliments ou travaux produits) et/ou en temps (corvées). Le néo-seigneur devant fournir et entretenir des infrastructures.

Les censitaires peuvent donc s'établir sans fonds propres ou presque et bénéficier de l'accès à une terre. Le néo-seigneur exploite sa terre au maximum et profite d'un rendement décent et moral (ni trop, ni trop peu) sur son investissement.

C'est un mode d'exploitation de la terre qui a eu court au Québec pendant très longtemps et qui a été d'un bénéfice mutuel pour censitaires et seigneurs. Le tout est d'assurer l'équilibre entre les obligations mutuelles.
3) Le hameau survivaliste en question

La BAD de BAD ou le petit hameau survivaliste pour être plus descriptif, est une solution qui ne nécessite pas l'établissement d'une relation de confiance longuement éprouvée et qui n'implique pas un degré d'interdépendance aussi développé que dans la BAD dans version originale.

Il arrive que des gens achètent une maison encore en construction au sein d'un développement immobilier. Vous ne connaissez pas vos futurs voisins, vous n'avez aucune idée de ce qu'ils font ni de ce qu'ils sont mais vous vous doutez qu'ils sont semblables à vous, à tout le moins au niveau du revenu nécessaire pour se payer une maison du prix de celle que vous achetez.

Le hameau survivaliste, c'est exactement la même chose. C'est un lieu géographique assez vaste pour permettre l'établissement de plusieurs familles à proximité tout en maintenant une viabilité agricole.

Il est possible de prévoir des infrastructures communes et des équipement communautaires, ou pas, c'est selon.

Cinq familles, quarante hectares, des maisons rapprochées du centre des terres un bâtiment commun, c'est comme un petit projet immobilier de banlieue mais en zone agricole et avec une vocation agricole.

4 ) La petite Redoute

Ceux qui sont familiers des ouvrages de l'essayiste James W. Rawles connaissent le concept de l'American Redoubt.

En gros, Rawles a identifié une zone regroupant quelques États US dans laquelle les survivalistes de bonne volonté pourront se réfugier et à la rigueur s'isoler du monde extérieur.

Il s'agit d'une très vaste région qui regroupe finalement des Ranches et des agglomérations plus industrialisées, le tout afin d'y recueillir uniquement des chrétiens et des juifs.

On le sent immédiatement, il y a une dimension religieuse apocalyptique dans ce concept et outre l'inconfort que ça suscite, dans la réalité, c'est impraticable sans procéder à la déportation des non-chrétiens et non-juifs, ce qui ne se fera pas sans heurts, ni sans une certaine course à l'intégrisme et à l'ostentation religieuse une fois que les bonnes gens se retrouvent entre elles.

« The American Redoubt »
Cependant, le concept, une fois adapté, est transposable à plus petite échelle. On peut imaginer un rang et avec le temps, plusieurs rangs remplis de survivalistes dans des villages reculés et en décroissance. Que ce mouvement se poursuive et on se retrouve avec l'équivalent localisé d'une american redoubt.

Pour cela par contre il faut une communauté de survivalistes, des gens qui se parlent, se fréquentent ou à tout le moins se voient. Là, le secret n'est plus nécessaire et même quand une concentration suffisante de survivalistes est atteinte dans un  lieu, la notoriété devient intéressante car dissuasive.

Glissement

Vous avez sûrement remarqué que je suis parti du concept de Clan pour parler du concept de BAD et de ses dérivés.

Vous avez compris que la BAD nécessitait un degré élevé de cohésion et d'engagement. Les alternatives ne sont pas meilleures ou moins bonnes, ça dépend toujours des sacrifices qu'une personne est prête à faire, des avantages qu'elles compte en tirer et des finalités de son projet.

Donc, les désespérés ou les pressés, cessez de penser en terme de BAD. Pensez autrement, pensez autre chose, réévaluez vos besoins et vos finalités.

Car le but n'est pas de vivre dans une BAD puriste ou pas, l'important c'est le vivre, peu importe le contexte et les circonstances.




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