Sujet qui fâche: Acta et verba mais surtout verba...


[Article sans vidéo]

Tous les survivalistes s'imaginent qu'ils survivront à un événement de grande envergure et durable, comme un effondrement économique et civilisationnel ou une grande épidémie. Ils croient aussi que les zombies, c'est à dire les gens qui ne se sont pas préparés, mourront massivement et qu'à la fin, il ne restera que les vertueux survivalistes.

Possible.

Juste possible, moi je doute.

Selon mes estimations, fondées sur quelques années d'expérience, d'observations et surtout de discussions avec des centaines de survivalistes, en personne, par courriel ou par skype, voici ce que je constate.

Ces observations n'ont aucune prétention scientifiques ni n'ont la prétention d'être un fidèle portrait de la réalité.Néanmoins, je les crois justes.

Autonomie réelle

Environ 30% des survivalistes ont peu de réserves (de deux semaines à quatre semaines d'autonomie de base)

Environ 50% des survivalistes ont de quoi fonctionner pendant un à trois mois (nourriture, eau, médicaments, énergie minimale)
 Environ 15 % des survivalistes ont de quoi fonctionner pendant trois à douze mois (nourriture, eau, médicaments, énergie minimale)
Environ 4% des survivalistes ont de quoi passer une année en autonomie minimale et ainsi pouvoir attendre des récoltes

Environ 1% des survivalistes sont réellement autonomes (eau, production alimentaire, énergie, de quoi faire du troc)
Beaucoup commencent, beaucoup commencent petit et augmentent leur capacité de résilience progressivement, beaucoup se donnent un minimum et s'arrêtent là pour donner dans le superflu. 

La Base Autonome Durable

La majorité des survivalistes avec qui j'échange ont une conception erronée de la BAD. Elle est pour eux un endroit pour se réfugier alors que dans les faits elle est un endroit de vie permanente et fournit en toute autonomie les choses nécessaires à la vie d'au moins une famille et idéalement d'une petite communauté.

Beaucoup de gens qualifient pompeusement de BAD un chalet, voire parfois un terrain sans installation permanente ni champs à cultiver. L'idée n'est pas de les pointer du doigt mais plutôt d'attirer leur attention sur le fait qu'être autonome, ce n'est pas pouvoir l'être un jour, c'est l'être maintenant.

Un lieu de vie ne devient une BAD que s'il possède de quoi rendre ses propriétaires autonomes (eau, nourriture, énergie) et dès lors qu'il est occupé et exploité en tant que BAD.

Énergie
 
Les besoins énergétiques sont généralement largement sous-estimés par une très forte proportion d'entre nous (sauf peut-être au Québec et dans les régions très froides où c'est une nécessité vitale qui ne peut être ignorée ou sous-estimée).

Ces besoins énergétiques sont comblés par des solutions reposants sur la Distribution et la technologie pour produire cette énergie (approvisionnement en gaz, batteries à remplacer aux 5 à 10 ans, etc.). Les choix énergétiques faits pour assurer l'autonomie dépendent soit des approvisionnements de la Distribution, soit d'une ressource qu'ils ne possèdent pas.

La solution hélas universelle: l'évacuation

Pour une grande proportion de survivalistes, l'essentiel de leur plan repose dans un sac à dos nommé "sac d'évacuation". Vous connaissez mon sentiment sur cette question: plus souvent qu'autrement, il devrait être qualifié de "sac de réfugié".

L'écrasante majorité de ceux qui fondent leur plan survivaliste sur l'évacuation ont au mieux, comme destination, un refuge dans une région perçue comme plus sécuritaire et au pire, aucune destination précise.

Cela est surtout vrai en Europe.

Au Québec, on se fie plutôt au savoir de nos ancêtres, Premières Nations ou coureurs des bois, un savoir qui pourtant est disparu avec eux... Deux approches différentes, même échec garanti.

L'évacuation doit être un moyen et non une fin en soi. Si un plan survivaliste culmine en l'évacuation sans lieu préparé ni refuge sûr, ce n'est pas un plan survivaliste, c'est un plan de réfugié qui gagne des jours avant la prise en charge.

Bushcraft et survie

Le bushcraft et la survie sont des disciplines nomades et qui se déploient sur une très courte durée. Tout le monde peut vivre deux jours en forêt avec un minimum de préparation. Bien peu de gens peuvent y vivre deux mois de manière autonome, même avec une bonne préparation.

Le survivalisme est sédentaire ou alors ce n'en est pas.

Le mercantilisme et la consommation survivalistes

Il y a un marché florissant d'équipements à destination des survivalistes. Ça veut dire aussi qu'il y a une demande.

Si on prend de la distance et qu'on observe le phénomène, le discours dominant entendu dans le survivalisme est essentiellement une affaire de possession d'équipements: plus on possède de choses, celles à la mode de préférence, plus on a de chances de survivre.

Il y a des choses essentielles et des choses superflues. Dans une société mercantile, l'accent est mis sur le commerce et toutes les formes de publicité qui vont de pair.

On vante le superflu comme étant essentiel et de l'essentiel, on ne dit pas grand chose, car il ne rapporte rien aux Marchands du Temple. Et on ignore le savoir-faire qui lui, est la clé de l'autonomie.

Seulement, le savoir-faire ne se vend pas clé en main. 

Beaucoup d'entre nous compensent le manque de savoir-faire par de l'équipement, pensant faire une bonne affaire. Erreur: l'équipement peut augmenter la performance quand on plante des choux mais ça ne donne pas la connaissance de la culture du chou.

Beaucoup achètent des lampes de poche hyperperformantes multi-fonctions mais ne pourront plus s'éclairer s'il survient une impulsion électromagnétique ravageuse pour les dispositifs qui contiennent des circuits logiques, comme ces lampes de poche, ou ne pourront plus charger leurs piles si le secteur n'alimente plus leur chargeur.

Demain, si tout s'arrête, qui sait produire de l'électricité avec les objets du quotidien? Qui sait construire une génératrice à vent, voire même une génératrice à main? Plus prosaïquement: qui pourra s'éclairer durablement (à long terme) sans électricité?

Avoir ne remplace pas le savoir.

Dénaturer la Nature

La Nature est analogique, lente, diversifiée et inefficace. Nos solutions sont numériques, véloces, uniformisées et terriblement efficaces. 

En survivalisme nous dépendons ultimement de la Nature car c'est Elle qui nous nourrit.

Le numérique véloce uniforme efficace est l'exact contraire de notre support ultime. Dans notre paradigme nous ne pouvons comprendre ni faire corps avec la Nature.

C'est notre paradigme qu'il faut changer et non la Nature à s'adapter à nos besoins.

Il ne s'agit pas de désirer vivre comme dans La petite maison dans la prairie. Toutefois il faut comprendre cette vie, ses rythmes saisonniers, l'ordre dans lequel les choses doivent être faites.

La recherche de la Panacée

La solution miracle n'existe pas. Pourtant on voit beaucoup de survivalistes se lancer à corps perdu devant la Panacée-saveur du jour. Ah oui! la permaculture répond à tous nos besoins. Hier c'était la culture d'avant-guerre et demain ce sera le biointensif. 

Il n'y a pas de "one size fits all". Il n'y a pas de "meilleure formule au monde". Il n'y a pas d'équipement ultime car demain un autre prendra sa place.

L'approche axée sur l'acquisition de matériel est voué à l'échec car au lieu d'apprendre à faire et ensuite on choisit ce qu'il convient le mieux, on choisit l'objet pour ensuite comprendre comment il fonctionne le mieux. Pendant ce temps, la tâche à laquelle il est destiné est négligée.

Trop de bruit

La sagesse vient quand tout est calme, tant dans sa tête qu'autour de soi. On doit, à un moment, s'asseoir et s'isoler de tout ce que ce bruit et comment à se poser la question, calmement, sans influence:

De quoi ai-je réellement besoin pour assurer l'autonomie de ma famille?

Alors on s'entendra se répondre: la production et la sécurité alimentaire, un logis tempéré, la sécurité tout court, des perspectives d'avenir, de la culture, du savoir, un environnement humain sain avec de bons voisins, de bons amis, des liens solides avec ses proches.

Quelle est l'essence du survivalisme? C'est vivre, le mieux possible, dans toutes les conditions possibles et en dépit de tous les perturbateurs exogènes. Pas d'être sur-performant en éclairage hi tech et médiocre en capacité de s'alimenter.

Vers l'avant

Y'a du boulot les amis...

James Bond a toujours une tonne de gadgets qui servent à des usages hyper-spécialisés et à des situations extrêmement précises. 

McGyver lui, n'a jamais rien mais pourtant réussi toujours à fabriquer quelque chose.

James Bond se fait donner des gadget, McGyver lui, les imagine.

James Bond utilise ses gadgets, McGyver, lui, les construit.

Qui voulons-nous être: un James Bond avec quelques gadgets spécialisé qui seront peut-être, peut-être, utiles, ou un McGyver qui sait observer, déduire, identifier un besoin et fabriquer ce qui est vraiment utile? La vie n'est pas un scénario de film.

Il est temps que les survivalistes sortent du carcan matérialiste et se fassent violence pour ne plus céder à la faiblesse de vouloir posséder le cool et le tentant. Qu'ils se concentrent sur ce qui est vraiment essentiel: des dispositifs matériels mais avant tout mentaux et cognitifs qui couvrent toutes les bases et qui permettent d'affronter l'imprévu comme l'adversité.

Commentaires

La Fourmi a dit…
Encore une fois merci Vic pour ce rappel de ce qui doit être nos priorités...
Vic Survivaliste a dit…
Merci La Fourmi, ça me rassure de savoir que je ne fâche pas tout le monde :)
Morphys32 a dit…
Bonjour Vic,
merci pour l'article.
Cela me "soulage" de ne pas avoir beaucoup de matériel mais plutôt consacrer mon temps au savoir et savoir faire.
Je vais revoir les réserves alimentaires, en particulier 300 dollars pour 4 personnes pour 1 an.
Encore merci.
Anonyme a dit…
Salut

La plupart des survivalistes finiront dans la promiscuité d'un camp de réfugiés.
Se replier en forêt et y vivre ???
par temps froid, un homme à besoin de 3500 calories par jour et je n'ose même pas imaginer une famille avec un enfant en bas-age, ceux qui font le choix de la forêt, n'y resterons pas longtemps.
J'ai une maison et je sais l'argent qu'elle coute, je n'aurais jamais la possibilité d’acquérir une B.A.D alors j'ai fait de ma maison une B.A.D et tout pour ne pas avoir à la quitter. Avec mes semences mon petit poulailler, mon chauffage au bois et deux voisins sérieux, on a de quoi voir venir.
Salut
Vic Survivaliste a dit…
Tu vois dans le survivalisme en général on ne fait pas grand cas des enfants.

Quand je lis les principaux blogues, chaînes et sites sur le sujet, t'es supposé être un jeune adulte, célibataire ou en couple, sans enfant et sans attaches.

Ton clan te ressemble aussi, comme si nous étions dans Logan's Run: pas de très jeunes, pas de vieux, le monde idéal, assez de fric pour acheter la saveur de la semaine à chaque semaine.

Mais là compte tenu du contexte et des temps à venir, on ne peut plus se permettre de rêvasser et de fantasmer.
Anonyme a dit…
Salut

J'ai cinquante, marié et un enfant qui n'a pas 3 ans (je sais sur le tard). Il est impossible pour moi et ma famille de nous en aller et surtout pour aller où ? Nous avons étudié différents scénarios possible et nous avons décidé d'un commun accord à rester chez nous et avons fait en fonction de ceci. Je n'en veux pas aux jeunes qui pensent pouvoir affronter n'importe quelles situations mais étant un ancien militaire, je peux confirmer que crapahuter pendant plusieurs jours peut devenir extrêmement difficile même pour des gens entrainer et qui bien sur n'ont d'autres soucis que de ne s'occuper d'eux-mêmes. Je voudrais savoir d'où vient cette idée de vouloir errer parce que pour beaucoup,il ne s'agit de rien d'autre, peut-être cette idée Hollywoodienne du héros solitaire.
Vic Survivaliste a dit…
Tout à fait. Dans le monde du survivalisme francophone, très peu parlent de survivalisme familial et très peu de ceux qui en parlent en parlent en connaissance de cause.

Moi j'ai 48 ans, nientôt 49, ma plus vieille a 5 ans et demi et mon plus jeune deux ans. Je connais ta situation. :)
Anonyme a dit…
Bon article comme toujours, vivant dans le nord du Québec avec de jeunes enfants de bons amis un bon voisinage la chasse la pêche les poules les lapins la serre les grands espaces etc etc .... Tout n'est pas acquis. Ancien citadin pour moi tout est encore à apprendre et va s'échelonner sur bien des années et ce même après 5 ans , donc se fier sur mère nature pour subvenir à tout instantanément ??? Partir dans "l'bois" n'est pas une solution miracle pour tous....
Palier le manque de connaissances par des gadgets pas sur ..... Préparation,prévoyance,curiosité,apprentissage ....
Anonyme a dit…
Salut Anonyme

Tu as résumer également, se fier à mère nature pour palier à nos besoins vitaux, je ne parierais pas dessus.

Anonyme a dit…
Bonjour Vic

Dans une de tes vidéo, vous parler brièvement des arbres fruitier . Cela pourrait être un sujet intéressant pour vos prochaines chroniques. Nous commençons a regarder ça pour augmenter notre autonomie.

Bonne continuation, Luc
Narkos Loin a dit…
Merci à vous, pour tous ce que vous faites.

depuis quelques années je parcoure les sites survivalistes, c'est plein de bon sens...

Tout a fait d'accord avec vous, Mc Gyver c'est le meilleurs !!

il a bercé mon enfance (j'ai 25ans), et je pense que c'est de sa faute si j'adore fabriquer des trucs, demonter, bricoler ect ..

J'ai un petit projet d'eolienne verticale :),
reste qu'en france avoir de la place pour exprimer son potentiel créateur est très difficile (pas de terrain/hangar :/) et faut beaucoups d'argent pour acheter, mais je désespère pas, mon avenir est forcément dans la création d'objet utile !

encore merci a vous d'expliquer tout ceci, les gens ont terriblement besoin d'aide
Camille a dit…
Bonjour Vic,

Premier point, je ne suis pas survivaliste.
Deuxième point, la grande majorité des gens de mon âge (30-35 ans) ou plus jeunes avec qui je discute sur le web et qui se disent survivalistes sont en réalité complètement perdus dans ces notions (à plus forte raison quand ils sont français, mais chez les anglophones, ç'est pas ça non plus). Alors moi, je m'intéresse, je cherche à savoir ce que vous faites vous les survivalistes et je tombe sur ton blog. Et là, soulagement, au fil des articles et des conférences que j'écoute, je comprends ce que c'est.
Et je me sens un peu comme monsieur Jourdain qui fait de la prose sans le savoir. Tout se combine, s'organise, les ressources, le matériel, les outils, les armes, les connaissances, la condition physique, tout est là! Il faudrait que le monde se fige, que l'eau, le gaz et l'électricité soient coupés, que l'essence disparaisse des réservoirs et qu'il fasse 20 degrés de moins là tout de suite et on pourrait y aller. Si je veux, là maintenant, je tiens 3 semaines dans mon appartement off grid, encore plus longtemps si je fais des pièges à pigeons!
Ou, si c'est nécessaire je m'exfiltre de la ville vers la campagne où ma famille et des copains paysans sont installés. Le mieux se serait aussi que toutes les communications soient coupées, comme ça après avoir choisi l'itinéraire et le transport je fais même un crochet par la ville de ma soeur pour aller la chercher. Les gens de la ville ne seront pas un problème, ils seront en train de piller les magasins pour des plats à faire au micro-onde, du coca et des smartphone et ils ne connaissent rien aux chemins, je sais j'ai essayé d'emmener des amis en rando, sans moi, ils se perdent. Ils pourraient venir même; plus on est de fous, plus on rit. Quoi de mieux que d'aller dans un petit village perdu où on trouve des vrais experts en production, qui savent bosser en coopérative, du vrai matos de pro et où on connait tout le monde? Il y a 15 jours, on a débardé pour 2 ans de bois avec mon père, question cuisson, on peut voir venir.
En plus en ce moment c'est la saison des chataîgnes et de la chasse...
Si je comprend bien toujours, dans une optique survivaliste, c'est là-bas qu'il faut que je stocke de la nourriture donc?
Vic Survivaliste a dit…
Où on stocke... il n'y a pas de règle de conduite générale et applicable à tous.

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