Guide pratique: Équipements de protection personnelle contre Ebola

Je commence une série d'au moins trois articles sur la protection contre Ebola en cas d'épidémie et si on doit sortir de son habitation et par conséquent, s'exposer.

Le premier (celui-ci) parle des sorties en milieu infectieux, le second parlera d'une protection de base, le troisième de la décontamination après la sortie.

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Ebola cogne à la porte de l'Occident et si nos conditions sanitaires sont généralement bien supérieures à celles des zones africaines frappées par ce virus, en revanche nous avons des faiblesses à savoir: nos populations connaissent une bien plus grande mobilité associée à une grande promiscuité, spécialement dans les centre commerciaux et en milieu de travail. De sorte qu'il est tout à fait envisageable qu'une seule personne infectée contamine toute une rame de métro, un avion, un édifice à bureau dans deux ou trois foyers à des dizaines voire des centaines de km de distance, la même journée.

La crise d'Ebola à l'Hôpital Presbytérien de Dallas où le Libérien décédé d'Ebola a contaminé du personnel indique des lacunes très graves, frisant l'incompétence, dans les services médicaux. Cela c'est sans parler des cas en Espagne.

Il devient donc

Face au risque d'une épidémie ravageuse, il convient de se préparer, notamment par des mesures de protection de base et, si nous devons quitter notre abri sécuritaire, c'est à dire notre domicile, par équipements de protection personnelle.

Rappel: le meilleur comportement possible

Dans Guide pratique pour crise épidémique, j'indique en étape 3 quoi faire: 

  • Quarantaine obligatoire et stricte de la famille à l'intérieur du logis.

Si vous appliquez cette seule directive, vous êtes à l'abri de toute contamination. Cela implique:

  • Des réserves alimentaires
  • Un approvisionnement d'eau saine
  • L'autonomie énergétique
  • Le tout pour quelques mois
Un bémol: si vous vivez dans un édifice avec climatisation centrale qui touche tous les logements, vous ne seriez pas à l'abri dans un tel environnement puisque si la maladie se déclare dans un des logements, le système d'aération pourra véhiculer les agents pathogènes dans tout l'immeuble.

Les portes d'entrées pour les infections

Les virus sont les plus petits agents pathogènes qui soient. Ils peuvent passer là où les bactéries ne passent pas. La peau humaine est parsemée de microlésions qui sont invisibles à l'oeil nu mais qui sont néanmoins des portes d'entrées pour les maladies.

Il convient donc de couvrir toute la peau afin d'éviter l'entrée de virus dans notre organisme. Rappelons qu'il suffit d'un à dix virions d'Ebola pour infecter une personne. 

La couverture de la peau doit être hermétique, ce qui signifie que des vêtements ordinaires sont nettement insuffisants.

Qui plus est, il ne doit pas y avoir d'air qui entre ou qui sorte du vêtement de protection puisque les ouvertures sont des appels et des sorties d'air. 

Une combinaison de pompier, par exemple, sert à protéger son porteur contre la chaleur et l'eau. 

Le tissu est certes hermétique mais les points de jonction des vêtements ne le sont pas: le besoin du pompier est un besoin de couverture, pas d'isolation hermétique. 

Cette tenue ne conviendrait pas pour se protéger des virus. Idem pour les imperméables communs, surtout ceux qui "respirent".

En matière de protection virale, il faut des vêtements et des équipement conçus aux fins spécifiques de protéger contre les virus.


Sortir

Une fois en mode Bug-In, c'est à dire enfermé chez soi, on ne devrait pas sortir afin d'éviter de s'exposer.

Si toutefois on devait sortir, voici des exemples de ce que nous devrions porter comme protection contre l'infection contagieuse.

Les équipements recommandés par le Center for Disease Control (USA)

Le CDC recommande une tenue "standard" mais qui apparait insuffisante.

À gauche sur la photo c'est l'équipement standard, à droite c'est l'équipement révisé qui comporte comme changement essentiel une tenue Tychem QC ®.

Cette tenue est certifiée à l'épreuve des virus, couvre tout le corps de la tête aux pieds et est résistante.

Toutefois des indices laissent penser que le virus Ebola peut être transmis de manière aérienne et les masques chirurgicaux n'offriraient pas de protection suffisante pour les poumons et les muqueuses buccales.

Les équipements de protection optimale ont ces attributs:

  • Résistance aux perçages et aux déchirures
  • Isolation de l'environnement (le corps est complètement isolé de l'environnement)
  • Source autonome d'oxygène ou filtration d'air assistée par moteur électrique
  • Surpression dans la combinaison (si un trou est fait dans la combinaison, l'air sortira au lieu d'entrer)
  • Masque couvrant tout le visage et doté de sa propre filtration, assistée ou non
  • Un seul joint de fermeture de la combinaison
  • Gants et bottes
C'est la fameuse combinaison HazMat qu'on voit dans les films de catastrophes bactériologiques ou virales.

Une tenue HazMat optimale peut coûter plus de 1500$ (1000 euros) et ce n'est pas à la portée de toutes les bourses.

Les équipements de protection minimale ont ces attributs:

  • Résistance aux perçages et aux déchirures
  • Vêtement Tychem C ou QC ® ou équivalent (vêtement Tyvek ® recouvert de polypropylène)
  • Filtration d'air par respirateur ou masque avec filtre N95/P100 (filtration des vapeurs organiques)

 

  • Lunette de protection si respirateur

  • Visière de protection couvrant le visage si respirateur

  • Gants (deux paires couvrant l'avant-bras portées une par dessus l'autre)


  • Bottes hermétiques

  • Ruban adhésif hermétique spécialisé ou Duct tape sur les joints


Cet équipement protégerait adéquatement contre la transmission d'Ebola.

Ceux qui opteraient pour un respirateur qui ne couvre pas totalement le visage pourront couvrir les parties exposées du visage avec du duct tape ou du ruban adhésif spécialisé, auquel cas la visière ne serait plus nécessaire.

TOUS LES JOINTS doivent être scellés avec de l'adhésif afin d'assurer une protection adéquate. 

Décontamination et protocole post-sortie

La décontamination et le protocole post-sortie seront abordés dans un prochain article et ils sont aussi critiques que les équipements de protection.

Overkill?

Certains trouveront exagérées — voire paranoïaques — tant de précautions. 

Comme je l'indiquais, il vaut mieux ne pas sortir de chez soi en cas d'épidémie galopante. Si vous deviez toutefois le faire pour des raisons impérieuses alors il vaut mieux être protégé adéquatement et s'assurer ne pas ramener cette saloperie à la maison.

SI vous choisissez de vous équiper, vous savez maintenant quoi vous procurer.

Où, quoi, comment?

Vers le 10-11 octobre j'ai commencé à regarder les magasins en ligne vendant les équipements de protection que je désirais acheter. Vers le 16-17 octobre, les sites comme Amazon.ca ou Uline.ca n'avaient plus ou pratiquement plus de vêtements Tychem QC. 

Il faut aller du côté des magasins spécialisés en sécurité industrielle ou médicale/biologique pour en trouver et il est probable que ces vêtements soient vendus à la caisse et non à l'unité.

Comme les combinaisons Tychem QC sont jetables après usage, en disposer de douze plutôt qu'une est une bonne option.  

Je ne donne pas d'adresse de ces magasins puisque ça me générera une quantité astronomique de courriels à gérer: "y'a-t-il moins cher ailleurs et où?", "je n'en trouve pas à cette adresse", "tu m'as dit qu'on en trouverait à xyz.com et je ne trouve pas de Tichem là-bas" [erreur d'orthographe], etc.

C'est donc à vous de faire vos recherches de fournisseur. Je ne répondrai pas aux demandes d'adresses.

On peut trouver des gants de protection, des bottes convenables (genre caoutchouc) lunettes de protection, des visières et des respirateurs demi-visage dans les quincailleries et certaines grandes surfaces, veillez à choisir des respirateurs avec la norme NIOSH et des filtres N95/P100 pour les vapeurs organiques.

Mais faites vite. Il y a définitivement une grande demande pour ces produits chez le public et évidemment chez les agences gouvernementales. Quand des cas avérés d'Ebola se produiront dans votre région, la demande augmentera radicalement pour les équipements et les vêtements de protection. Quand des cas de transmission locale surviendront, vous ne pourrez probablement plus trouver de vêtements anti-viraux adéquats en moins de 24 heures.

C'est maintenant qu'il faut acheter les vêtements Tychem QC et les combinaisons HazMat. Maintenant.



Commentaires

Anonyme a dit…
Salut Vic et merci pour cet excellent article.

En complément, voici un document à télécharger édité par le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Bordeaux :

"Equipement de Protection Individuel face à une Fièvre Hémorragique Virale" : http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/Equipement_de_protection_individuel_FHV_2014.pdf
Vic Survivaliste a dit…
Excellent PDF, j'ai cependant des doutes sur le masque, je suis tombé sur un article qui remettait en doute l'usage de tels masques. Chose certaine les équipements recommandés par le CDC sont insuffisants de l'avis des experts sur le terrain.
Anonyme a dit…
J’ai fait quelques recherches sur internet, impossible de trouver un masque avec filtre ou même des combinaisons à des prix « corrects » (j’ai trouvé sur Ebay en import US deux combinaisons pour 90 € les deux… un peu cher….)

Quelqu’un aurait une adresse en France pour acheter cela ? Ou au moins en Europe (frais de port moindre et pas de frais de douanes)
Vigrid a dit…
Bonjour, je souhaitais donner quelques précisions sur les combinaisons.
Les combinaisons Tyvek (blanches) sont moins performantes que les combinaisons Tychem (jaunes). Les Tychem sont prévues pour le risque chimique et biologique. Le site de Dupont de Nemours qui fabrique ces combi donne beaucoup d'informations.
Nous utilisons les Tychem C et un équipement semblable pour descendre dans les égouts.

Il est vrai que la contamination a le plus souvent lieu au moment du déshabillage ; il faut être deux pour réaliser l'opération dans les meilleures conditions. (C'est ce qui s'est produit en Espagne.)

Ensuite, quant au prix des Tychem/Tyvek de base, il doit être largement inférieure à 5-10 € pièce ; c'est le prix auxquels nous l'achetons (en tant que professionnels).
Pour les acheter (en France), il faut effectivement s'adresser à des sociétés spécialisées dans les EPI (équipements de protection individuelles) pour l'industrie et les TP.

Vigrid
Vincent a dit…
article tres instructif !!!
je me pose seulement une question :
si j'utilise un demi masque avec filtres, des lunettes ou masque et des bottes à la place d'un masque jetable et de surbotte jetables, comment les décontaminer pour pouvoir les réutiliser.
ou il n'y a pas de procédé et je dois jeter le tout ......???

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