Survivaliste ou réfugié comme les autres

150 km de route à faire dans le cadre de mon travail.

Je m'emmerdais. Alors j'ai fait comme je fais toujours dans ces conditions, j'ai réfléchi.

Le paysage dans lequel je me trouvais m'a fait me poser encore une fois la même question? Si des gens évacuaient leur lieu d'habitation, où iraient-ils s'ils n'ont pas de destination préparée comme un BOL ou une BAD?

À moins de 50 km de Montréal, la survie est impraticable à court et moyen terme: trop de gens, trop de banlieues, trop peu de ressources et si on trouve des champs, ceux-ci ne rendent que deux ou trois semaines par année, sauf la production maraichère qui rend plus longtemps et plus tôt mais qui n'est pas très calorique et incapable de soutenir une population.

Il y a les petits fruits qui commencent en juin et dont les périodes de cueillette se succèdent jusqu'à août mais encore là, rien pour écrire à sa mère. On passe rapidement à travers une talle de bleuets, spécialement si c'est moi qui y suis.

Évidemment pour la France le contexte est différent, tant au niveau de l'abondance de la nourriture dans les champs qu'au niveau des périodes de rendement alimentaire, beaucoup plus étendues.

Depuis la région de Montréal, il faut donc aller plus loin que les 50 km fatidiques. Beaucoup plus loin.

Si on veut un exemple, rappelons-nous l'Exode de 1940, où entre le quart et le tiers de la population française a pris la route vers le sud.

Et le sud salvateur, à cette époque, ce n'était pas les faubourgs de Paris, c'était 200, 300, 500 km et plus loin.

Rappel

Je suis d'avis que l'évacuation doit être une des options qu'on se donne et non l'option principale ou la seule possibilité. 

Si l'on est un survivaliste qui se respecte, l'on doit se donner les moyens maximaux pour développer et vivre notre autonomie. Or, on a rarement beaucoup de moyens quand on en a qu'un. Qui plus est, ce moyen unique, l'évacuation, est précisément celui qui procure le moins de stabilité, de prévisibilité et de sécurité! On est mal barré.

Avec la préparation de l'évacuation vient, devrait venir, la préparation du point de chute, d'une destination, capable de nous héberger et de nous nourrir un temps substantiellement long.

L'une (l'évacuation) ne va pas sans l'autre (la destination préparée) sans quoi on devient presque inévitablement un évacué errant puis un réfugié.

La route

Si en 1940, vous aviez vécu à Paris, quand auriez-vous décidé de partir sur les routes?

Oui? Quand? Avant la percée de Sedan? Si c'est votre réponse, je vous adresse alors une autre question: comment auriez-vous pu savoir que les armées françaises se seraient fait défoncer à Sedan et que les armées allemandes avaient la voie libre vers Paris?

Bien sûr, quelques personnes avaient quitté Paris bien avant la percée de Sedan, principalement les riches industriels, les producteurs de cinéma, les banquiers, quelques médecins et juristes, des gens qui avaient de l'argent, des biens et des résidences secondaire sur la Côte d'Azur ou dans le sud, voire à l'étranger.

Toutefois, la grande masse des gens qui ont évacué Paris et tout le nord de la France ont quitté quand les allemands arrivaient, pas avant. De là la congestion sur les routes.

À moins de disposer d'une boule de cristal pour partir avant tout le monde et d'un point de chute préparé, l'évacuation se fera toujours dans les conditions suivantes:

1) Un ordre d'évacuation des Autorités forcera le départ ou la situation se dégradera tellement que les gens décideront tous en même temps qu'il est temps de partir.

2) Les premiers de la masse qui partiront, ceux qui savent ou auront été prévenus avant les autres, ou encore les plus avisés, pourront se ravitailler, nourriture et carburant, au départ et en route car les inventaires des magasins et les stocks de carburant seront intacts.

3) Les autres prendront la route en véhicule avec son contenu en essence. Nous, survivalistes, avons des réserves, ça fera tourner notre moteur plus longtemps.

4) J'ai écrit "tourner notre moteur" et non pas "rouler", car les embouteillages seront monstres. 

  • Les voitures tomberont en panne de carburant ou en panne tout court au fil des kilomètres, encombrant davantage les autoroutes et chemins principaux déjà surchargés de circulation.
  • Les automobilistes désormais à pied marcheront le long de l'autoroute, parfois sur l'autoroute devenue un immense stationnement.
  • Les incidents violents se multiplieront, de même que les vols et les accrochages.
  • Le ravitaillement de quelque sorte que ce soit sera désormais impossible le long des voies d'évacuation, merci à la gestion "just in time" et à la demande fulgurante pour des aliments, du carburant et du combustible.
  •  Les hôtels, motels, auberges et même les fermes et les granges seront saturés d'évacués et les nouveaux arrivant seront reçus avec indifférence dans le meilleur des cas et plus probablement avec hostilité.
5) Il faudra aller de plus en plus loin pour se poser et dormir, reprendre des forces et se remettre en route. Il faudra probablement abandonner le véhicule automobile (si on en a un) parce qu'il aura brûlé son carburant à tourner à vide.

Ça, ce n'est que la route. Si on n'a pas de BOL (refuge) ou de BAD (base autonome durable) à l'autre extrémité de notre route, il faudra encore trouver un endroit pour vivre et des moyens de s'alimenter, se chauffer et s'éclairer.

Parfois, on n'a pas le choix d'évacuer. En 1940, les français voyaient les allemands comme des ogres mangeurs d'enfants et violeurs de femmes et la peur viscérale de l'Allemand ne leur dictait qu'une seule conduite à suivre: fuir. L'Occupation qui s'en est suivie n'a pas été une sinécure mais l'ennemi, le soldat allemand, était généralement correct, beaucoup plus que le G.I. états-unien libérateur de 1944-1945 qui lui, agissait avec beaucoup moins de correction, c'est le moins qu'on puisse en dire.

En général, les gens évacuent parce qu'ils y sont invités par les Autorités, parfois parce qu'ils sont ordonnés de le faire. Quand les Autorités ne sont pas en contrôle, les gens évacuent parce qu'ils n'ont plus les capacités de rester sur place et de vivre.

C'est là que la préparation générale prend son sens: se donner la capacité de choisir le cours de ses actions et le moment venu, avoir le choix de rester ou de partir. 

Ma famille est prête à un bug in ou un bug out, à rester ou à partir. Nos préparatifs de bug in sont bien plus considérables que ceux du bug out et c'est normal. Du moins ça devrait être normal pour l'écrasante majorité des survivalistes. En effet le survivalisme est par essence sédentaire et non nomade, il ne faut pas l'oublier.

L'évacuation sans point de chute préparé est tout simplement un plan de réfugié "de luxe". C'est se donner de trois à dix jours de route pour, en quelque sorte, choisir le lieu où on sera pris en charge par les Autorités ou même, laissé à soi-même. Et cela, si on n'est pas chassé par les locaux qui verraient d'un mauvais œil des étrangers qui arrivent en petits groupes et qui sont dépourvus de tout.

Il serait temps qu'on abandonne la vision romantique de l'évacuation avec une fleur à la boutonnière et un brin d'herbe aux lèvres et qu'on la regarde pour ce qu'elle est: un échec à rester dans son milieu donc de la sédentarité et un grand péril pendant et après.

Évidemment, si on a un point de chute préparé et encore mieux, des gens qui nous attendent et qui nous ont déjà fait de la place, on vient de régler les problèmes d'insécurité et de dénuement propres à l'évacuation. Ainsi, de réfugié quasi-assuré, on devient un simple évacué, ce qui est infiniment mieux. Reste l'évacuation elle-même qui demeure un péril en soi.
Augmentez votre capacité à demeurer chez vous! Si vous ne le pouvez vraiment pas, développez des contacts avec des gens (amis, famille, réseau de survivalistes) afin de vous donner la possibilité de ne pas être condamné à devenir un réfugié...

S'il survient un grand bouleversement, le fait de demeurer dans un environnement familier et entouré de ses biens et peut-être de ses voisins est un facteur de stabilité. Nul besoin de rajouter au stress du bouleversement celui des aléas et des dangers de la route.

L'Homme a besoin de racines...

N.B. Dans la vidéo vous entendrez une expression québécoise, "des jeunes fendants", et non "des jeunes sans dents" comme certains l'ont comprise. Ce terme de "fendant" désigne une personne arrogante et qui se sent supérieure aux autres.


Commentaires

Anonyme a dit…
S'il y avait une évacuation massive de Montréal, Laval et les banlieues, il faut calculer en moyenne 1 à 1:30 heures de route, ou les gens iront se réfugier... Les trois régions ou les gens évacueront à cause de la proximité limitrophe de Montréal, seront les Cantons de l'Est (Sherbrooke étant le maximum à atteindre), les Laurentides (Mont-Tremblant, Mont-Laurier) et la région de Lanaudière (Saint Donat, Notre-Dame-de-la-Merci, Saint Côme et Saint-Michel-des-Saints)… Vous aurez dès lors des «Jam Road», des contrôles routiers (policiers et militaires), vous aurez pénurie de bouffe et d’essence dans la plupart des villages tout au long de la route… En plus de devoir faire face aux bandits et pillards qui feront tout en leurs pouvoirs pour vous déculotter, le long des accès routiers principaux et secondaires, en y effectuant des « road bloc »… Le mieux c’est d’être assez allumé et préparer pour voir venir le coup… Autrement dit, quitter la grande ville avant tout le monde… Je ne crois pas personnellement que d’installer son point alternatif (BAD ou autres) dans les Laurentides, Lanaudière, région que je connais très bien d’ailleurs, pour y avoir passé toute ma jeunesse (St-Côme et Notre Dame de la Merci) ainsi que les Cantons de l’Est est un choix logique… Simplement qu’advenant une évacuation massive de Montréal, vers le sud-est et le nord, il y aura surpopulation, d’où la possibilité de conflit entre les gens de la place est les « Aliens » (gens de Montréal) pour la possession de territoire et de ressources (eau, bois, gibiers poissons, etc.), dans un but de survie… Vole, taxation, viole, bagarre, tuerie…, bref, l’anarchie y règnera, quoique moins pire qu’en ville… Au-delà de Mont-Laurier et de Saint- Michel des Saints, là vous serez beaucoup plus tranquille... Le seul problème que je vois, c’est avec les autochtones, qui eux aussi auront besoin d’essence et de nourriture… Attendez-vous d’avoir de la visite de leurs parts (autochtones), car eux ne vont pas se gêner…, encore moins vis-à-vis d’un blanc… Il parcourt la forêt toujours armée et souvent d’armes automatiques (AK-47)… Donc attention à eux… Ceux qui pensent que le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie seraient un bon choix, ben encore là, pas si certain… Ces gens-là vous aiment bien en touriste, mais pas en envahisseur provenant de la grande ville… Pour ceux qui auraient manqué l’émission « Enquête », je vous invite à regarder le reportage du 4 décembre dernier… Ça vous donnera un petit aperçu, sur ce qui se passe actuellement dans nos forêts québécoises… Alors imaginé en tant de perturbation sociétale (voir lien).

http://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/2014-2015/episodes/350564/guerre-bois-chasse-territoire-foret-publique-intimidation

En temps de désordre social majeure, vous pouvez être assuré que vous aurez à jouer du coude pour avoir droit à votre part de la ressource et ce, peut import ou vous serez… Par contre, lorsqu’on est bien préparé, disons que ça augmente vos chances de survie, tout en étant en mesure de faire face à toute éventualité… J’extrapole peut-être un peu trop, mais je ne serais nullement surpris qu’en période de chaos, qu’on en vienne à se tirer dessus pour s’accaparer de la ressource afin de survivre…

En général, les Québécois ont de belles valeurs entre autres l’entre aide… On en a eu un aperçu lors de la crise du verglas en 1998…

Espérons que ces valeurs primeront sur la violence…

À suivre!

Daniel Soucy
Anonyme a dit…
Salut Vic

En que mari et jeune père, il est hors de questions d'évacuer, pour aller où ?
Je n'ai pas les moyens financier d'acquérir une BAD, ce qui revient à avoir une résidence secondaire alors j'ai fait de ma maison une BAD, nous sommes à la campagne avec de petits commerces alentours.
Je me sentirais plus en sécurité et à l'aise chez moi.
Si j'étais célibataire, je ne craindrais pas de jouer à celui qui à la plus grosse mais je ne suis plus seul et me taper 150 Km pour atteindre un lieu (BAD)qui pourrait très bien être occuper par je ne sais qui en y arrivant, très peu pour moi.
SVP Vic, arrête de nous appeler les " sans dents" tu le fais deux fois dans la vidéo, ce n'est pas parce que celui qui porte le nom d'une pâte molle dans le pays du fromage, c'est amusé à le faire qui faut en faire autant.
Merci
Vic Survivaliste a dit…
Sans dents? Vraiment? À quel moment dis-moi?

Quant à la BAD, si personne n'y vit, c'est pas une BAD.

Tu passes à côté du point central de cet article: qu'évacuer c'est un dernier recours, pas la première mesure à adopter. Et s'il faut évacuer, que ce soit dans une position préparée.

Je ne vois pas pourquoi je le répète, tout est écrit dans l'article.
Vic Survivaliste a dit…
Ahhhhhh, oui là je comprends.

C'était "fendants", pas "sans dents". C'est une expression québécoise qui désigne des gens arrogants et qui se sentent supérieurs.
Anonyme a dit…
O.K autant pour moi
Vic Survivaliste a dit…
Bah, la mauvaise qualité du son et le bruit de fond, l'accent et une expression inconnue, il faut moins que ça pour entendre autre chose!

Quand on entend un mot indistinct, le cerveau tente de l'associer à ce qu'on connait.

Si tu savais à quel point j'ai trouvé méprisant et méprisable Hollande avec cette expression...
Anonyme a dit…
merci pour ce super article, comme d'habitude !
Je voulais juste faire une petite réflexion à Daniel, parce que en tant que francais vivant au Québec, j'en ai marre d'entendre des québécois "chialer" sur tout le monde et surtout les amérindiens..c'est la seule province au Canada où c'est autant que ça..
Hervé
Anonyme a dit…
J'ai regardé l' émission enquête. Je ne suis pas du Québec mais ça à l'air d'être ciblé.
Vaallochouka a dit…
Je trouve ton site très bien, alors n'y voit aucune critique négative.
Ayant fait du camping très sauvage et ayant travaillé dans l'extrême nord du Québec, la survie dépend de tes alliances.
Tuer délibérément un humain ou un animal même pour la survie n'est pas évident.
Dans ce cas, vaux mieux être dans les camps contrôlés par les forces de l'ordre.
Bien comprendre que dans les cas extrêmes; survivre en Outsider fait de vous un hors-la-loi...
Je réponds à cette vidéo, parce que tu a eu le cran de dépeindre la réalité/terrain et c'est tout à ton honneur. (tu n'est pas un vendeur de bébelles).

Jacques Drolet
Anonyme a dit…
Bien d'accord avec toi Vic.
En France la situation serait cataclysmique surtout en région parisienne. Paris + banlieue ça fait bien 8 millions d'habitants ... J'ai un point de chute dans la maison de campagne à 80 km à vol d'oiseau de Paris, mais ça reste proche quand on pense à tous les millions de réfugiés ... Et voir aussi qu'en France le climat est certes agréable (ces 4 derniers mois on bat des records de douceur) mais nous sommes beaucoup plus nombreux qu'en 1939-40, près de 70 millions d'habitants ! ça fait peur ! Bonne fin d'année à tout le monde !
Vic Survivaliste a dit…
@ Jacques: merci :) Non en effet je ne suis pas un vendeur de bébelles. Des bébelles il en faut certes mais quand c'est la seule contribution qu'on apporte, on ne vaut pas grand chose.

@ Marc: je n'avais pas osé tenter de comparer une évacuation parisienne en 2014 par rapport à celle de 1940 où les gens étaient bien plus moraux qu'aujourd'hui! Je ne voulais pas provoquer une cague de suicides ;)
Anonyme a dit…
Pour répondre à Hervé le fronçais de fronce qui habitent au Québec, que premièrement:

1- Je suis Amérindien moi-même vivant hors réserve (Nation Métis)

2- Quand tu te fais vandalisé et voler en forêt et que tu voit leurs faces sur mes Spypoint, je n'invente toujours ben pas ça...

3- Quand tu vivra à l'année en forêt sans commodité, ben on se reparlera l'ami et tu verra que je suis loin d'exagérer...

La dessus! bonne journée Hervey et sans rancune, mais avant de t'attaquer à quelque chose dont tu ne saisie pas vraiment les problèmes, sauf quand tu as le cul assit bien au chaud sur ton caocht on visionnant la misère amérindienne dans les réserves sur ton plasma HD... Ben si t'en a plein le cul... ferme-là et dit plus rien ok... Chow!

Daniel Soucy Tru SURVIVOR!
Marc Desmeuzes a dit…
A noter qu'en 40 les citadins avaient encore le plus souvent des membres de leur famille à la campagne.
Aujourd'hui la plupart des gens vivent en ville et n'en plus d'attache avec la campagne ce qui va tout compliquer ...
A++

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