Faire son pain: du bon survivalisme

Pourquoi faire son pain alors que les commerçants se fendent le c.. à nous en vendre déjà fait, sans se salir les mains et sans devoir laver des bols et des tasses à mesurer?

Pour plusieurs raisons toutes aussi importantes les unes que les autres.

Cet article ne vous enseignera pas à faire du pain. Une petite recherche sur Google avec le descripteur "faire son pain" vous apportera 1,2 millions de résultats. Si vous tapez "recette de pain", c'est plus de 8 millions de hits que Google vous sortira.

Ça serait donc assez insignifiant de rajouter une huit millions unième recette.

Il est beaucoup plus intéressant par contre d'inciter les gens qui me lisent à se mettre à la fabrication de leur pain en vertu des immenses bénéfices retirés en termes d'autonomie et d'économie. C'est le but de cet article, cela et vous indiquer les possibilités.

Aliment de base, aliment civilisationnel

La civilisation occidentale s'est érigée autour du blé et du pain, aliment de base de toutes les populations européennes pendant des siècles.

Si de nos jours le pain est souvent devenu un accompagnement du plat principal, dans un passé récent il était l'aliment central du repas, les viandes et légumes étant souvent un accessoire.

Même si nous ne mangeons plus comme nos ancêtres il demeure que le pain a une résonance spéciale à nos oreilles. "Gagner son pain", "Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien", "rompre le pain", "travailler pour une bouchée de pain", "mettre du beurre sur son pain", "Compagnon" (du latin cum panem, avec qui on partage le pain), sont toutes des expressions qui dénotent l'importance alimentaire mais aussi culturelle du pain.

Le pain est un repère culturel mais aussi psychologique pour l'écrasante majorité des occidentaux. À ce titre, sa disponibilité en toutes circonstances constitue une sécurité alimentaire et affective dans les temps de perturbation et quand la Distribution n'est plus en mesure d'assurer nos approvisionnements. Nous éprouvons tous un grand plaisir et un confort certain quand on mange du pain chaud à peine sorti du four et sur lequel on fait fondre du beurre salé.

Pour sécuriser cet approvisionnement important, il n'y a qu'une seule solution: faire soi-même son pain, dès maintenant. Car le pain est important.

Pourquoi le faire dès maintenant

Beaucoup de gens ne consomment que très peu de farine, de deux à quatre kilos par année. 

Pour ces personnes, si demain matin les approvisionnements étaient rompus et qu'ils devaient eux-même faire du pain, ils ne disposeraient que d'environ 3 à 6 pains de 750 gr. et après, ce serait terminé pour le pain.

De plus, la farine blanche commence à se détériorer après un an et après deux ans, elle a perdu beaucoup de ses qualités. Pour la farine de blé entier bio, c'est après quelques semaines seulement qu'elle perd ses propriétés. La farine de blé entier non bio se conserve en revanche au moins six mois. 

Si vous êtes un puriste, vous stockerez alors des grains de blé. Ceux-ci se conservent facilement 25 ans tels quels, sans traitement, s'ils sont entreposés au frais et au sec et à l'abri de la vermine.

Chez ceux qui consomment peu de farine, il est courant que leur farine dépasse la limite de conservation optimale. Cette farine change de goût et perd ses qualités nutritives, cela quand les vers à farine n'ont pas commencé à y faire la fête.

J'ai testé la conservation de la farine de blé entier dans du mylar et sans oxygène. Cette farine est restée entreposée une trentaine de mois et je n'ai pas vu de différence de goût. Je ne peux évidemment pas mesurer les qualités nutritives de cette farine. L'absence d'oxygène toutefois allonge définitivement la conservation. Attention: cette farine doit être aérée avant d'être mesurée car elle est comprimée par la pression négative d'air dans le sac.

En revanche ceux qui font leur pain achètent régulièrement leur farine à coup de 10 kg, voire plus. 

Chez nous, ce sont des sacs de 20 kilos que nous achetons, en farine blanche et de blé entier.

En tout temps, nous avons au minimum 30 kg de farine à la maison, de quoi faire jusqu'à 54 pains de 750 gr.. 30 kg, c'est le seuil minimal en deçà duquel on ne descend jamais. 30 kg, c'est le signal qu'il faut combler nos réserves avec 80 kg de farine supplémentaire.

Notre autonomie en pain est de ce fait considérablement supérieure à ceux qui achètent leur pain au supermarché. À pleine capacité, nous avons entre 100 et 120 kg de farine. Cela nous procure de 180 à 215 pains.

Puisque nous faisons tout le pain que nous mangeons, nos farine n'ont pas le temps de rancir. 

Enfin, dernier avantage à mentionner: vous pouvez faire les types de pain que vous voulez.

Faire son pain, c'est faire des réserves

Faire son pain, c'est faire des réserves abondantes de farine. Si vous stockez en tout temps 40 kg de farine, c'est 40 fois 3300 à 3400 calories, ce qui équivaut à 40 jours de travail physique pour une personne ou jusqu'à 80 jours pour des personnes oisives.

C'est 40 jours d'alimentation supplémentaire pour une personne, donc 40 jours d'autonomie de plus, qui s'additionnent aux réserves alimentaire déjà stockées.

C'est aussi disposer d'un aliment facile à préparer, qui réchauffe le cœur et qui a une saveur unique.

Farine - sel - eau

La recette est simple et ultimement, dans sa plus grande simplicité, il ne faut que trois ingrédients: de la farine, du sel et de l'eau. Ce sont trois choses qui se stockent aisément.

Il est toutefois plus courant d'y ajouter du sucre (stockable) et parfois de l'huile (stockable) ou des œufs (pas stockables mais "pondables" ^^).

Vous ne ferez pas lever de pâte avec seulement ces trois ingrédients de base mais deux entre eux combinés et laissés à l'air libre vous permettront de fabriquer du levain.


En mélangeant de la farine et de l'eau vous formerez une pâte que vous laisserez travailler pendant quelque jours à l'air. Cette pâte sera "contaminée" par des levures naturelles présentes dans l'air et après quelques jours et quelques ajouts de farine et d'eau, vous aurez un levain. C'est la méthode la plus simple mais il en existe d'autres. Source

Ensuite, vous mélangerez votre farine, une partie de votre levain, de l'eau et du sel pour faire votre pâte à pain.

Évidemment il est possible d'utiliser des levures sèches du marché (stockables). Quand on achète en grande quantité (à la livre ou au kilo), on en trouve pour environ 5$ et on en a pour très longtemps. Toutefois en cas d'indisponibilité des levures du commerce, vous savez que vous pouvez faire votre levain vous-même, donc votre pain.

La fabrication du pain est un travail physique qui demande du temps. La pâte soit être pétrie suffisamment longtemps afin de la rendre élastique et de lui permettre de mieux gonfler. Il existe aussi des recettes de pain sans pétrissage.

Pour ceux qui ont besoin de faire un pain à chaque jour, cette tâche peut devenir fastidieuse.

Pour les fainéants

Heureusement, nous vivons dans un monde technologique et énergétique et il existe des solutions pour les gens qui, comme moi, sont paresseux.

Si on peut faire le pain à la main au prix de temps et d'efforts physiques, on peut aussi utiliser des machines pour faire le plus gros du boulot. 

Pourquoi dépendre de machines? Si vous savez faire le pain à la main et que vous pourriez en faire demain matin, il n'y a pas de mal à utiliser des machines qui vous libéreront du temps et de la dépense d'énergie corporelle pour faire le même travail. Utiliser des machines ne constitue alors plus de la dépendance mais plutôt ce qu'on qualifierait comme des "multiplicateurs de capacité".

Nous vivons en temps de normalité, soyons normaux tout en nous assurant que nous avons les capacités et le savoir-faire requis quand cette normalité sera perturbée.


  • Le mélangeur à socle. Il existe des mélangeurs d'aliments secs avec un embout de pétrissage.

    Ces appareils font très bien le boulot.

    Après pétrissage, il suffit de laisser gonfler, repétrir et verser la pâte dans notre moule à pain et d'enfourner.


  • Le robot-boulanger. Le robot-boulanger est une invention géniale: il suffit de verser les ingrédients dans le moule, de sélectionner le type de pain (ou de pâte ou même de confitures!) que nous voulons et de lancer la fabrication.

    C'est la solution la plus rapide: une minute pour sortir les ingrédients; deux minute pour les mesurer et les verser dans le moule; une minute pour ranger les ingrédients et nettoyer le comptoir.

Peu importe comment vous fabriquez votre pain, retenez une chose: si vous le faites vous-même, vous allez forcément stocker de grandes quantités de farine que vous utiliserez avant qu'elle ne se détériore et vous augmentez de ce fait vos réserves par un aliment-repère.

Cuisson du pain

Le pain se cuit au four.

Si vous n'avez plus d'électricité ou de gaz pour cuire le pain dans votre four et qu'il ne vous reste, disons, que le feu à l'extérieur, il existe des alternatives.

  • Vous pouvez faire cuire votre pain à la vapeur dans une grande casserole. Cela donnera du pain sans croute mais tout de même du pain.

  • Vous pouvez faire cuire votre pain au poêlon à feu doux. Sa croute sera très épaisse mais c'est néanmoins du pain.

  • Vous pouvez faire du pain naan, en utilisant du lait en poudre (stockable) que vous aurez reconstitué. Là encore le poêlon pourra être utilisé.

  • Vous pouvez aussi faire du pain pita au poêlon, ou encore des tortillas avec la farine que vous avez.

  • Enfin, si vous avez un Dutch Oven, vous pourrez faire cuire votre pain comme si vous aviez un four mais en n'utilisant que des braises!

Conséquemment, même en l'absence d'électricité ou de gaz, même sans four, vous pouvez toujours faire du pain. Si toutefois vous ne pouvez pas en faire, votre farine peut se transformer en crêpes ou encore, en soupe à la farine. Ce n'est pas de la haute gastronomie mais l'important est de se nourrir.

Dans tous les cas, votre farine vous nourrira et plus vous en aurez en réserve, plus vous pourrez vous nourrir longtemps.

Un mot sur les mesures

Il existe deux approches quant aux mesures en alimentation. Le poids et le volume.  

De nos jours la pesée des aliments est vastement utilisée puisqu'elles nous assure une précision que les mesures de volumes ne peuvent pas approcher. Un litre d'eau pèse toujours un kilo et sur un pèse-aliment, on peut arriver à une précision de l'ordre du milligramme.

Toutefois, les pèse-aliments pratiques sont tous électroniques. En temps de perturbation, on risque fort de ne pas pouvoir les remplacer s'ils brisent ou encore si on n'a plus de piles adéquates, voire même si une puissante impulsion électromagnétique d'origine humaine ou naturelle a bousillé toute l'électronique...


C'est pourquoi j'ai décidé de cuisiner mon pain en mesurant des volumes

Les tasses à mesurer ne tombent pas en panne, jamais.

Attention toutefois car la farine se compacte avec le temps. 

Il faut l'aérer et quand on la puise avec une tasse à mesurer, on doit faire attention à ne pas la comprimer.

Bénéfices économiques immédiats

Chaque pain que je fais coûte un peu plus d'un dollar en comptant tout (ingrédients et électricité). Mon coût de revient est de deux fois inférieur à ce que je paierais dans le commerce pour un pain bas de gamme et trois à quatre fois inférieur à ce que je paierais pour du pain de qualité équivalente à celui que je fais.

Je paie ma farine blanche 14$ pour 20 kg (1,40$ / kg) et ma farine entière 17$ pour 20 kg (1,70$ / kg). Mes pains contiennent moitié farine blanche, moitié farine de blé entier et j'utilise un 550 gr. de farine par pain, soit 0,85$ de farine. Ajoutons le prix des autres ingrédients et l'électricité de mon robot-boulanger et nous arrivons à environ 1,15$ pour chaque pain.

En 2015 le prix de détail moyen du pain de 675 grammes au Canada est de 2,83$ (source). On sait que Statistiques Canada fait des substitutions de produits pour masquer les réelles augmentations et que ce prix est probablement sous-estimé et ne vise de toutes manières que les pains de moins bonne qualité.

Ce prix moyen du commerce ramené au poids du pain que je fais est de 3,16$. Acheter 750 gr. de pain coûterait donc 3,16$

Chaque pain que je fabrique me fait économiser 2,01$ et me coûte moins de cinq minutes de mon temps. Ajoutons trois autres minutes pour laver le moule et voilà 2,01$ d'économisés.

Après 40 à 50 pains, j'ai amorti le prix d'achat de mon robot-boulanger. Le reste, c'est 2,01$ d'économie pour chaque pain que je fais (3 à 4 par semaine, 365$ par année).


Épilogue

Pain produit par mon robot-boulanger, avec cadavre de
conserve de 540 ml. de sirop d'érable pour donner une idée de
l'échelle.



Faire son pain soi-même est une excellente pratique survivaliste sous quatre aspects: 

  • Elle augmente notre autonomie en savoir-faire alimentaire et nous assure un approvisionnement en un aliment important dans notre culture culinaire; 

  • Elle nous incite à stocker des farines en plus grande quantité, qui augmenteront notre capacité à nous procurer des calories saines et abondantes.


  • Les bénéfices économiques sont importants et immédiats.

    • Enfin, nous contrôlons totalement les aliments que nous mangeons.


    Autonomie accrue, meilleure qualité d'aliments et économies d'argent: quelqu'un a quelque chose à dire contre ça?

    Faites votre pain!




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    Commentaires

    Anonyme a dit…
    Salut Vic

    Je stocke de la farine avec une levure incorporée.

    Elle est entreposée dans des sacs de mylar, y'a-t-il un problème ?
    Dans ton article tu dis qu'elle doit être aéré.

    Daniel

    Vic Survivaliste a dit…
    Aérée au moment de la mesurer car elle se compacte. Pas stockée aérée.

    J'ai rajouté quelques mots à la phrase afin d'éliminer toute ambigüité. Merci d'avoir posé cette question, ça me donne l'occasion de corriger une formulation pas très claire.

    Quant à stocker des farines à levure incorporée, je ne sais rien. Je sais qu'on doit en revanche éviter de mélanger des aliments différents dans du mylar pour éviter les réactions.

    Mieux vaut à mon avis acheter de la levure commerciale en paquets de 2 livres, ils sont emballés sous vide et ont une longue conservation. On remplace au fur et à mesure et on vient de régler les incertitudes. Sinon, on peut toujours faire du levain.
    Salut Vic,je fais mon pain depuis l'age de 15 ans, maintenant a la retraite je me suis fait un fournil avec tout le materiel et un grand four de 1.5m de profond. Mais voila le pain contient du glúten pas bon pour la santé et faire beaucoup de pains d'un coup oblige a congeler. Je sais qu'il y a des miliers de recettes mais en bom flemard voici ce que je fais maintenant. Je fais ma propre farine avec un petit moulin electrique 2 verres de mais, un verre de riz, une fois moulu j'ajoute un verre de farine un peu d'huile d'olive, dans un recipient je mets 4 verres d'eau une cuilleree a café de sel une cuillere a café de bicarbonate de soude, une fois dissous je melange le tout, a la fin j'ajoute une cuillere a soupe de vinaigre blanc, je mets dans un plat a tarte et fais cuire dans une tartiere une heure (petit four rond três economique. temps de preparation 5 minutes! a 11h je fais mon pain pour midi. On peut faire avec du mais seul ou moitie mais moitie riz pour eviter a 100% le glúten.Fini la chauffe du four, fini le levain, du pain frais tous les jours!
    Vic Survivaliste a dit…
    Mais alors, techniquement Michel, ce n'est plus du pain puisqu'il faut des céréales panifiables pour faire du pain.

    Mais tout de même bonne recette qui permet d'utiliser autre chose.
    Bonjour Vic !

    Un gros merci pour ta recette du pain... et les raisons qui t'ont poussés à le faire... tu m'as donné le goût d'en faire régulièrement et ainsi me constituer une réserve personnelle.

    Dis-moi... tu as mis combien de ml d'eau au début ?

    Gros merci !

    Yannick
    Anonyme a dit…
    Bonjour Vic,

    Je voulais te demander combien fait tu de pain de 750g par semaine pour toi et ta famille?
    Vic Survivaliste a dit…
    Trois à quatre par semaine, parfois six mais généralement plus près de quatre, ça dépend de la saison.

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