Le silo survivaliste

Le silo survivaliste


Dans ce billet, je ne parle pas des silos où on entrepose le grain. Non. Je parle du silo de la pensée qui existent chez beaucoup de gens dont des survivalistes.

La pensée en silo consiste à envisager une situation ou un problème en ne considérant seulement que sa profondeur et pas du tout son étendue.

Définissons sommairement la profondeur et l'étendue.

La Profondeur

La profondeur, c'est la spécialisation, la focalisation, l'approfondissement des connaissances ou de l'expérience dans un domaine précis et restreint.

L'Étendue

L'étendue quant à elle, c'est l'élargissement des connaissances et des expériences, c'est la globalité, c'est le "Jack of all trades" des anglais: bon dans tout, excellent en rien.

Le monde contemporain

Le monde contemporain n'est pas très compliqué: on exige des gens énormément de profondeur et peu d'étendue. C'est le Taylorisme fondé sur l'organisation scientifique du travail, où à force d'analyser les tâches on en vient à demander à ceux qui les exécutent une énorme spécialisation (toujours serrer le même boulon sur le même modèle d'automobile sur le même convoyeur).

On retrouve la même approche dans toutes les entreprises, que ce soit de l'informatique ou de la vente, de la production manufacturière ou des soins médicaux.

Avilissant direz-vous? Je n'ai pas vu souvent de gens hyper-spécialisés s'inscrire aux cours du soir sur le courant Romantique ou sur le Cubisme, ou encore sur la littérature médiévale ou l'histoire des idéologies.

La vérité est que les gens se contentent de cela, qu'ils protestent ou non, parce que cela leur permet de gagner leur vie et de se payer du luxe et des loisirs qui leur permet d'oublier cet avilissement.

C'est ni plus ni moins que prendre un comprimé d'aspirine (sans verre d'eau) pour soigner le mal de tête causé par la déshydratation.

La réalité est que les gens ne pensent plus étendue mais uniquement profondeur, avec pour conséquence une incapacité généralisée à appréhender les choses globalement, une dépendance accrue aux infos pré-mâchées et pré-digérées que nous servent les merdias et une impossibilité fondamentale à savoir distinguer le vrai du faux.

Certaines personnes se fieront aveuglément aux médias par manque de capacité critique, d'autres rejetteront tout en bloc, pour les mêmes raisons.

Le monde survivaliste

Il n'échappe pas à ce mal. Vous doutez?

1) Les scénarios uniques ou les monomanies. 

"J'ai subi une inondation alors je me prépare à la prochaine", en négligeant l'économie qui peut causer une perte d'emploi, des problèmes d'approvisionnements, des troubles civils et autres calamités. En négligeant la géopolitique, en négligeant la vie politique et législative de son pays et de sa localité qui peut lui mettre énormément de bâtons dans les roues. En négligeant tout, sauf la sacrée prochaine inondation...

2) La sur-spécialisation pratique — et futile.

Plusieurs vont survaloriser une activité d'entraînement survivaliste comme le tir sur cible et deviendront... excellents au tir à 100 m. sur cible immobile carrée noire sur fond blanc, sans obstacle et sous éclairage parfait. Pendant ce temps, leur potager sera en friche, leurs graines deviendront inactives car trop vieilles et mal entreposées et les stocks de nourriture ne feront pas l'objet d'une rotation.

3) L'acquisition de connaissances aux fins de spéculer sur l'avenir.

C'est très commun: des gens qui butinent les sites sensationnalistes à gauche et à droite, devenant des spécialistes des conspirations, événements surnaturels et phénomènes suspects, développant à la longue sur sorte de syndrome de "trainspotting" c'est à dire une manie de regarder passer le train des événements et d'analyser à vide ce qui se produit, sans que cela ne se traduise par une action utile quelconque. 

Trois types de comportement, trois types de profondeur néfaste qui ne produit rien en terme de préparation.

Profondeur et Étendue

L'équilibre est dans la profondeur et l'étendue. L'étendue sert à couvrir l'ensemble de nos besoins, c'est à dire à nous rendre autonome. Plus important encore: une pensée en étendue nous permet d'identifier ces besoins réels et de mettre en relief les domaines où on peut être facilement autonomes des domaines où ce sera plus difficile.

La profondeur elle, est utile et même essentielle quand on doit développer beaucoup de savoir-faire afin de réaliser une partie de notre autonomie.

Un exemple bien simple est celui du nouveau fermier. Vous venez d'acheter une terre agricole avec ferme attenante et vous ne connaissez rien à l'agriculture. La première chose à faire, et la plus intelligente en fait, c'est de vous spécialiser dans ce nouveau domaine qu'est la culture du sol si vous voulez tirer quelque chose de cette terre.

Mais la vie de ferme n'est pas que la connaissance de la culture du sol. Elle se compose de bricolages divers, de réparations annuelles, d'aménagements différents, de soin des animaux et de bien d'autres aspects. En développant la profondeur dans la connaissance de la culture de la terre, notre fermier en herbe devra aussi développer l'étendue de la connaissance de la vie de ferme.

La pensée en silo est un cul de sac

Penser uniquement en profondeur est non seulement limitatif mais engendre une pensée en silo, à savoir une manière d'appréhender les choses sans mise en contexte et sans relation avec d'autres sujets.

Et c'est malheureusement courant dans le milieu survivaliste.

Paradoxalement, il serait juste de dire que l'être qui a le plus de profondeur globale sera celui qui a le plus d'étendue, ce qui lui évitera de s'enfermer dans des pièges mentaux causés par une perception obtuse de la réalité.

Solutions

Forcez vous à développer d'autres champs d'intérêts par rapport au survivalisme et intégrez ces champs d'intérêts à vos activités normales.

Faites un potager, même sur un balcon de 3 m2. Apprenez les premiers soins. Soyez bénévoles dans des hôpitaux et mêmes si vous ne soignerez pas de malades, vous verrez les gestes et les actions posées. Allez donner un coup de main à un agriculteur local. Faites vos conserves. Déshydratez des aliments. Faites des ballades, même en ville, avec un livre sur la flore en main et apprenez à reconnaître les différentes plantes, arbustes et arbres. Puis apprenez leurs propriétés nutritives ou médicinales. Faites du bricolage, coupez du bois, manipulez des planches, des vis, des clous, des outils. Vous connaissez bien le travail du bois? Eh bien le cabanon que vous voulez reconstruire, intégrez-y de la maçonnerie!

C'est simple au fond: il faut sortir de notre zone de confort si on désire le maintenir plus tard quand les éléments seront contre nous. Ne cédez pas à l'impression que les choses se font facilement, impression renforcée par la vie virtuelle que nous menons tous plus un moins en ligne, via les réseaux sociaux ou même par les transactions électroniques réalisées depuis notre portable. Si installer un serveur informatique grande capacité ne nécessite que quelques jours de travail, la construction du bâtiment l'hébergeant, elle, a requis des mois, de l'expertise en génie, en construction, en circuits électriques et électroniques et des matériaux physiques comme des ouvrier pour assembler tout cela.

Les temps s'accélèrent et les événement se bousculeront de plus en plus. Il n'y a plus le temps de philosopher sur les doctrines sociales, il ne reste que le temps d'agir.




Commentaires

Anonyme a dit…
Salut Vic

Le peu de survivaliste que je connais se présentent comme des spécialistes, que ce soit en armes , en autonomie alimentaire, etc...
Ton article se résume en une phrase, élargir ses compétences.
C'est ce que l'on préconise mais qui le met en pratique ?
Les compétences sont un stock de nourriture, il faut tourner, diversifier.
On reviens toujours au même truc, exister par des valeurs, égocentrisme.
Bon article Vic.
Marc Desmeuzes a dit…
Bien d'accord avec toi Vic. Mais cela ne condamne pas de connaître un sujet qui nous passionne ou un métier, en profondeur. Mais c'est vrai que dans le cadre du survivalisme il faut essayer de connaître un peu tout sinon on risque d'avoir des pb et de perdre en autonomie. A++ Marc
Denis Mirassou a dit…
J'imagine qu'auparavant dans les communautés rurales, il y avait également des individus avec des spécialités.
C'est la mise en commun de ces savoirs au sein de la communauté qui donnait un savoir communautaire "élargi".
Dans notre société individualiste, on voudrait acquérir et concentrer sur nous-même tout ce panel de compétences...

C'est certainement un but à tendre vers... mais la tâche est rude... C'est l'apprentissage de toute une vie.

D'ou l'importance du lien social dans une optique de survivalisme à long terme. Piero San Giorgio l'a bien indiqué comme étant peut-être le plus important de tous...

Merci pour vos articles Vic.
Vic Survivaliste a dit…
Denis Mirassou : Oui mais ça c'était avant. Avec des gens majoritairement dans le tertiaire, plus personne ne possède de "spécialité" réellement essentielle en survivalisme, sauf peut-être dans le milieu médical et encore, ils ne seront efficaces que s'ils ont accès aux médicaments et aux équipements.

L'important est de ne pas se tout mettre nos efforts dans un seul domaine car il n'est pas dit que nos voisins seront collaboratifs et spécialisés dans les domaines essentiels qu'il nous manque!

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