Tactique 401 : L'entraînement

Tactique 401 : L'entraînement



Nous avons vu la manœuvre et l'engagement dans Tactique 101, l'organisation dans Tactique 201 et la logistique dans Tactique 301.

Nous en sommes maintenant à l'entraînement.

Comme toujours, la mise en garde habituelle, à savoir que ce qui est mentionné dans cet article est une approche hypothétique et ne s'applique qu'au cas où l'État et/ou ses forces de sécurité sont inopérants ou inexistants et que nous devions nous en remettre à nous même.

Je précise qu'il n'est pas question non plus d'agresser qui que ce soit mais bien de défendre sa vie ou la vie d'un proche.

L'entraînement: ses buts


L'entraînement vise deux choses: développer l'habileté et développer les automatismes.

Point.

Oh, bien sûr, on peut aller dans le détail mais ce seront toujours des variations sur le même thème: habileté et automatismes.

La manipulation


En plus de bien connaître les règles de sécurité, on doit aussi apprendre à porter son arme, à la bouger, à adopter différentes positions selon le niveau d'alerte ou la situation.

Car oui, il y a plusieurs manières de porter une arme et si certaines sont confortables, elles ne sont pas propres à une utilisation rapide, et vice versa.

Outre notre arme, il faut aussi savoir porter nos munitions, notre 24h, notre kit de premiers soins, couteau et machette, équipement de communication, etc. C'est plus difficile que ce que les profanes ne seraient portés à croire.

On doit bien entendu pratiquer le tir. Toutes sortes de tirs, dans toutes sortes de position. Le tir de suppression, le tir de précision, le tir de couverture, en position debout, à genoux, couché, en déplacement ou sur place, le tout évidemment si votre club de tir ou votre lieu de pratique et la législation en vigueur le permettent.

Il n'y a rien de pire que l'habitude et le confort de toujours tirer depuis une même position. Vos gains de précision et de rapidité deviennent minimes avec le temps et vous ne vous développez pas dans les autres situations.

La raison de cette mise en garde est simple: le corps, les muscles, ont une "mémoire". Plus précisément, votre cerveau apprend et mémorise les positions et les gestes, augmentant avec le temps votre précision et votre rapidité d'exécution.

Les mêmes gestes répétés des milliers de fois rendent votre corps "spécialiste" de ces gestes; en contrepartie vous perdez de l'adaptabilité à des gestes différents. Ce qu'il faut faire c'est développer l'habileté générale de l'ensemble des gestes à poser sans tomber dans la spécialisation.

Il y a certaines positions de tir qui sont classiques et plus fréquente, c'est bien de s'y attarder plus que les autres mais il ne faut négliger aucune situation.

L'équipement standardisé


Si vous êtes touché et que vous avez la chance d'avoir un frère d'arme prêt à vous donner les premiers soins, il doit pouvoir trouver vos bandages de combat — ceux que, dans l'armée canadienne, nous appelions à l'époque: kotex d'éléphants — instantanément. Et instantanément, ça veut dire, à l'endroit convenu.

Idem pour vos munitions, votre nourriture, votre kit de nettoyage, votre couteau, votre carte topo, enfin, tous les équipements standards. Chaque objet a son logement, chaque logement a son objet.

Sauver 10 secondes de recherche c'est souvent la différence entre la vie et la mort. L'entraînement développera aussi le sens de la standardisation et l'apprentissage du standard que vous pratiquerez.


La manœuvre


La pratique de la manœuvre consiste à coordonner les actions de deux personnes ou plus.

Facile?

Faites un petit test. Prenez six personnes, placez les en colonne de deux, à un bras de distance en avant et sur les côtés. Vous devriez avoir deux colonnes de trois.

Maintenant, une septième personne donne un ordre de marche et compte la cadence, exactement comme ils le font dans l'armée ("gauche-droite-gauche").

Difficile de tous rester à la même distance? Bah, pas tant que ça: vous pouvez voir du coin de l'oeil si vous occupez la bonne position.

Maintenant, même exercice, terrain dégagé (parking, gymnase, terre battue) mais les yeux bandés. Après vingt pas, arrêtez votre petit peloton et admirez les dégâts! Plus personne n'est là où il devrait être.

La raison en est simple: personne n'est entraîné à "sentir" ou "ressentir" ses camarades.

Savoir en tout temps où se trouvent nos camarades de patrouille est primordial, pour la sécurité mais aussi pour l'efficacité.

Cela s'apprend:
  • Par des exercices de marche en groupe
  • Par des avancées en ligne en groupe
  • Par des avancées en ligne en terrain accidenté en groupe
Les soldats et les ex-soldats savent localiser constamment leurs frères d'armes à proximité sur le terrain. Les joueurs de paintball et d'airsoft milsim dans des équipes sérieuses, peuvent apprendre rapidement la localisation constante de leurs camarades.

En pratique


Ressentir la présence de ses camarades, ce n'est pas sorcier ni ne requiert de la perception extrasensorielle.

C'est une bête question de pratique. Cela peut même se pratiquer sans armes, réelles ou factices.


Si vous êtes en groupes de quatre à six personnes, vous pouvez aller en forêt, former une ligne et faire comme si vous effectuiez une battue pour retrouver une personne disparue: 5 mètres d'intervalle, vous avancez à un pas moyen pendant un certain temps, tout en gardant l’œil sur votre camarade de référence pour maintenir votre alignement.

Après 2 minutes à 5 minutes, votre instructeur appelle une halte et vérifie les alignements. C'est simple, légal et efficace.

Quand vous maîtrisez la formation en ligne, essayez l'échelon à droite et à gauche, le "V" et le "V" inversé, l'échelon, la colonne, etc.

Puis faites le avec 2, 3 groupes comme le vôtre.

Appréciation du temps et des distances


Nous, urbains ou banlieusards et même campagnards déconnectés de la nature, nous devons apprendre à apprécier correctement le temps et les distances quand nous nous déplaçons en pleine nature ou quand nous attendons ou surveillons une zone.

Bien sûr que nous avons des montres et même des télémètres pour nous aider mais dans le feu de l'action, on n'a pas toujours le temps de consulter des instruments de mesure.

Si vous êtes en forêt et qu'on vous redirige, par radio, vers un autre point sur la carte, sans capacité raisonnable d'apprécier le temps et les distances, vous ne serez pas en mesure d'être exact quand vous fournirez une ETA (Estimation du Temps d'Arrivée). De telles erreurs peuvent être tragiques en situation tendue.

Sachez qu'en forêt une distance de 300 ou 400 mètres est souvent perçue par des profanes comme représentant 1000, 1200 mètres et encore plus si le terrain est accidenté. Vous en doutez? Alors faites l'essai! Vous aurez ainsi l'occasion de vérifier la précision de vos estimations.

Compter les pas est une mauvaise solution puisque nos pas seront d'une fréquence variable et d'un allongement variable en terrain naturel. De plus, compter mobilise le cerveau alors qu'on a plutôt besoin de le concentrer sur deux choses: notre déplacement et la recherche de menaces.

Il n'y a pas d'autre moyen que la pratique pour développer une appréciation du temps et des distances qui soient raisonnablement précises.

Prenez des marches en terrain peu connu et fixez vous des points de repère assez éloignés les uns des autres, évaluez la distance ainsi que le temps requis pour le rejoindre. Avec le temps vous serez capable d'être très précis.

Le facteur humain


Certaines personnes sont plus matamores, d'autres plus prudentes. Certaines se trouveront une cuvette ou un trou pour se mettre à l'abri, d'autres se contenteront d'un tronc assez épais.

Il est important de connaître le tempérament de nos camarades de patrouille pour être capable de les localiser rapidement et même de prévoir leurs mouvements individuels.

Si l'ordre d'avancer est donné et que votre rôle habituel est la couverture pendant une avance, sauriez-vous anticiper que votre camarade se lèvera devant vous, en plein dans votre ligne de tir? Aurez vous le temps de réagir assez rapidement pour éviter de lui loger une bastos à travers l'épaule? Ou au contraire iriez-vous vous placer (stupidement) dans une ligne de tir d'un camarade si vous savez où il se trouve?

Des conventions, la pratique et l'instinct de savoir à peu près où se trouve chacun des membres de votre patrouille sont essentiels. Réellement.

Le positionnement, c'est un art et pas une science, un art qui se développe avec l'usage. Bien que des techniques de base puissent être partagées et connues par chaque personne, la connaissance du comportement spécifique de chaque camarade de feu constitue un avantage certain.

Et c'est encore la pratique qui procure la connaissance.

Les jeux vidéos

À chaque fois que je mentionne la tactique et la supériorité évidente des soldats sur les civils, il se trouve toujours quelqu'un pour mentionner que les jeux vidéos sont un excellent moyen d'apprendre.

C'est faux. Archi-faux. C'est même un contre-sens et une quasi-assurance de se faire éliminer rapidement si un engagement réel se produit sur le terrain entre des zombies et ceux qui se fient à leur longue expérience de jeux FPS. 

Je ne connais aucun ancien militaire qui ait jamais affirmé que ça aidait en quoique ce soit. Soyons sérieux. Les jeux vidéos, c'est pour jouer.

Les jeux de type airsoft ou paintball en mode simulation militaire


J'en ai déjà parlé ici

En résumé, de passable à bien pour apprendre les formations, les déplacements, la discipline du silence, la discipline de la lumière (la nuit) et tout ce qui est relié à cela, très pauvre pour l'apprentissage du tir et des engagements réels. 

S'entraîner, pour?


Le but n'est pas de faire des soldats avec des survivalistes. Le but est de développer une discipline, des habiletés, des conventions, des standards mais surtout une compréhension de la tactique d'une petite unité.

Cela ne s'apprend pas dans les livres. Cela se pratique si vous avez déjà de bonnes notions d'opérations sur le terrain et si vous n'en avez pas, vous pourrez, par essais/erreur, apprendre quelques rudiments.

Mais rien ne vaut la pratique répétée en groupe.



Commentaires

Marc Desmeuzes a dit…
Merci Vic de cette vidéo et article sur l'entraînement !!! Très important !
Je vais relire tout ça car je ne suis pas un spécialiste.

D'autre part, c'est vrai d'ailleurs pour tout, les jeux vidéos n'ont rien à voir avec la réalité : très important à comprendre la différence entre le virtuel et le terrain.
Pareil pour toutes les tragédies de toutes sortes que l'on voit à la télé ; guerres civiles, guerres, etc ... on les commente souvent, et moi je premier, comme si on y était. Eh bien non, il y a un gouffre entre l'image et si on était sur place. Et là je ne parle même pas de manipulation ni de propagande. C'est à nous de bien comprendre cette différence entre les images que l'on reçoit dans son canapé et si on était sur place. Une fois qu'on a bien mis ça dans notre tête alors on peut donner un avis et commenter. Après reste le pb de la manipulation et de la propagande mais sur ce Blog je crois que tout le monde le sait.

Bonne continuation. Marc.
andric lamarao a dit…
Tousjours une bonne source.Bravo.
Andric

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