Survivalisme et Sécurité Civile

 Survivalisme et Sécurité Civile




Par suite d'une conversation intéressante avec un responsable de la Sécurité Civile pour le secteur Rive-Nord — qui regroupe 21 municipalités — j'ai réalisé à mon grand désarroi qu'à travers les années j'ai considérablement négligé de parler l'organisation de la Sécurité Civile. 

C'est un peu compréhensible puisque nous, survivalistes, nous nous préparons à ne PAS être assistés le cas échéant. De la à conclure qu'on n'a pas besoin de la Sécurité Civile, le pas est vite franchi et c'est une erreur.

Bien que j'aie toujours pensé du bien de la Sécurité Civile et reconnu son importance, même pour nous survivalistes, j'avoue ma négligence d'en traiter et je veux régler ça maintenant.

Qu'est-ce que la Sécurité Civile?


Citons le Ministère de la sécurité publique:

« La sécurité civile est l’ensemble des actions et des moyens mis en place à tous les niveaux de la société afin de connaître les risques, de prévenir les sinistres, d’en limiter les conséquences néfastes sur la population, les biens et l’environnement et de favoriser le retour à la vie normale. 
Au Québec, la sécurité civile repose sur un partage clair des responsabilités entre les citoyens, les entreprises, les municipalités et le gouvernement du Québec. »

Sa mission:

  • Assurer, de concert avec ses partenaires, la sécurité publique au Québec.

Ses rôles et responsabilités

  • Diminuer la vulnérabilité des Québécois face aux risques liés aux sinistres;
  • Contribuer, avec ses partenaires, à assurer la sécurité des personnes et des collectivités.

Quand on examine la mentalité qui préside à l'organisation de la Sécurité Civile, on remarque immédiatement le partage net des responsabilités entre les citoyens, les entreprises, les municipalités et le gouvernement du Québec.

Chacun des intervenants a des devoirs en matière de sécurité civile. En résumé:

  • Les citoyens doivent pouvoir prendre leur propre subsistance en charge dans les trois premiers jours d'une crise.
  • Les entreprises doivent avoir un plan d'urgence élaboré en fonction du degré de danger de leurs activités usuelles ainsi que prévoir comment assurer la continuité de leurs opérations dans un contexte de crise.
  • Les municipalités sont responsables quant à elles des secours et de la sécurité des personnes, de leur hébergement, de leur subsistance (eau et nourriture) et des mesures d'hygiène
  • Enfin, le gouvernement du Québec pourvoit aux ressources supplémentaires nécessaires en s'appuyant sur ses moyens régionaux voire nationaux quand les besoins s'en font sentir. Il peut demander assistance au gouvernement fédéral, notamment quand il est question de déploiement de soldats.
La Sécurité Civile coordonne les efforts mais ne dispense pas directement des services. Bien qu'elle dispose de stocks elle dépend notamment de fournisseurs et d'organisations énoncées plus haut (entreprises, municipalités et gouvernements) mais aussi d'organismes comme la Croix Rouge.

Trois jours de subsistance


Au Québec il est suggéré aux citoyens détenir des réserves alimentaires et aqueuses pour trois jours de subsistance. En Allemagne, c'est 10 jours et c'est obligatoire.

Trois jours, c'est peu. Si on se fie à l'expérience des grandes catastrophes, on réalise que ces trois jours sont vites passés et que le retour à la normale peut prendre des semaines, voire des années, comme à la Nouvelle Orléans à la suite de l'ouragan Katrina:

  • 1836 morts
  • 108 milliards de dollars de dommages
  • Discrédit de la police locale (1/3 des effectifs ont fait défection, tirs sur des civils désarmés non-menaçants)
  • Incapacité de la FEMA à intervenir efficacement et rapidement
  • Pillage des quartiers plus aisés
  • Chaos urbain
Des gens ont du se défendre avec leurs armes à feu contre des pilleurs qui cherchaient de l'eau et de la nourriture mais aussi des valeurs, des biens et des femmes à violer.

On réalise rapidement après étude de cette catastrophe que si tous les citoyens avaient eu trois jours d'autonomie en main, il est possible que les autorités (police d'État, armée, garde nationale) eussent pu intervenir plus rapidement car le chaos et la violence généralisée auraient été retardés de trois jours, donc les tâches de secours aux sinistrés auraient pu commencer immédiatement au lieu de sécuriser d'abord, secourir ensuite.

Mais cela n'aurait pas pour autant donné à manger et à boire pour tout le monde le quatrième jour tant les secours étaient désorganisés.

Prévoyance


Même si la Sécurité Civile prévoit organiser de l'aide pour tous en cas de catastrophe grave, il est possible que cette aide ne puisse pas être acheminée à temps ou en quantité suffisante.

La Sécurité Civile le sait car elle recommande aux citoyens de stocker pour trois jours de subsistance parce qu'il faut du temps avant de déployer des gens et des ressources.

Le responsable avec qui j'ai parlé a mentionné le nombre d'heures requises pour le déploiement d'estacades de retenue en cas de déversement pétrolier dans une rivière et ce n'est pas instantané, loin de là, malgré la meilleure volonté du monde.

Quand il s'agit d'assister 60,000 personnes, 120,000 personnes dont beaucoup sont âgées et malades, il vaut mieux compter sur nos réserves que sur l'assistance, même compétente et structurée comme celle de la Sécurité Civile du Québec.

Des réserves minimales

L'Allemagne montre le bon chemin avec ses dix jours de nourriture et cinq jours d'eau (quoique les deux litres par jour qu'elle préconise, c'est nettement insuffisant).

Pour les "normaux", c'est à dire les non-survivalistes, dix jours de nourriture, d'eau et de médicaments, ainsi que des moyens autonomes de faire cuire cette nourriture, apparait comme une durée raisonnable.

Quant aux survivalistes, si vous possédez moins que deux mois de réserves, sachant ce que vous savez et sensibilisés comme vous l'êtes, vous avez de sérieuses lacunes dans votre préparation...

Quoiqu'il en soit, il est de notre responsabilité de citoyen de constituer des réserves minimales telles que celles que la Sécurité Civile du Québec recommande de détenir. Ensuite on espère qu'elles suffiront pour les "normaux". Nous, les survivalistes, nous pourront tenir bien plus longtemps.

Le rôle indispensable d'une organisation gouvernementale comme la Sécurité Civile


Le discours libertarien, très à la mode dans le milieu survivaliste, base tout sur l'indépendance personnelle et refuse les interventions étatiques, voire l'État lui-même.

Cependant, quand on examine les besoins réels d'une population en crise, on ne peut pas compter sur le volontariat de nos "voisins" situés hors-zone sinistrée à 400, 500 km de chez soi. À un moment donné, il faut une coordination centralisée qui a la possibilité d'entrevoir la big picture, l'ensemble de la situation à partir de rapports nombreux provenant du "terrain" et qui aura la capacité d'élaborer et de déployer la meilleure stratégie dans l'intérêt de la collectivité. Cette organisation, elle existe dans tous les pays organisés.

Nous, comme individus, survivalistes ou "normaux", devons nous préparer et devons pouvoir le faire sans qu'on nous mette des bâtons dans les roues, notamment sur la question de la protection personnelle et familiale. Après tout, si l'État par la bouche de la Sécurité Civile nous demande de nous préparer à trois jours en pleine autonomie de subsistance et sans assistance aucune,  cela devrait aussi inclure la question de la sécurité.

Trois jours pour tous


Rappelons que si tous nos voisins sont minimalement préparés, disons pour trois jours d'autonomie, cela fait trois jours sans routes encombrées par des réfugiés qui évacuent, trois jours sans pauvres hères cherchant à manger et à boire, trois jours sans citoyens malades d'avoir bu une eau contaminée, trois jours sans pillards cherchant des maisons à piller et tombant sur des maisons occupées, trois jours sans agressions contre les personnes faites par des gens désinhibés par un chaos qui laisse croire que tout est permis, trois jours de déploiement facile pour les secouristes sans devoir prendre en charge de grandes masses de gens rencontrées sur leur chemin et les ralentissant.

Aussi, je suis fermement convaincu que tous les survivalistes devraient se faire les promoteurs des recommandations de la Sécurité Civile quant aux réserves à constituer. Comme elles viennent de l'État, elle ne sauraient être qualifiées de théories de la conspiration ou de croyances farfelues.

Le plus beau de l'histoire, c'est que dans quelques pays, c'est maintenant beaucoup plus facile de convaincre les gens. Les attaques terroristes en Belgique, en France et en Allemagne ont rendues les populations sensibles aux perturbations et elles sont maintenant capables d'envisager qu'il survienne d'autres perturbations qu'hier encore elles jugeaient farfelues ou improbables. Une plus grande part de la population croit maintenant possible que toute activité puisse s'arrêter quelques jours.

Je crois que les survivalistes européens devraient saisir cette opportunité pour prêcher la préparation minimale car eux aussi en tireront profit en terme de sécurité: un voisin qui n'a pas faim est un voisin qui ne cherche pas à vous piller. À tout le moins pendant les trois premiers jours.

Faites vous les promoteurs des trois jours autour de vous. Enseignez-leur à profiter des soldes pour acheter de l'eau en bouteille: une caisse de 12 x 1 litre remplacée à tous les six mois, c'est trois jours d'eau pour une personne. Neuf petites conserves, c'est 9 repas sommaires qui se conserveront des années, en plus de ce que les gens possèdent dans leur garde-manger pour compléter.

C'est vraiment peu quand on y pense mais cela fera toute la différence.




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Commentaires

Joel Deplanque a dit…
Bonjour Vic,

Je me répéterai en disant que cet article est excellent. Il a le grand mérite de synthétiser plusieurs aspects pratiques tout en mettant en lumière certains mauvais comportements du "voisinage", en tout cas de l'environnement humain.
Il est vrai que dans un pays organisé, tels que ceux d’Amérique du nord le citoyen lambda ne pense pas à l’éventualité d'une crise subite. Les routes sont goudronnées, les étals dégueulent de produits en toutes saisons et le rassurant Big Brother veille au grain. Les sondages plus ou moins bidons répètent à l'envie que le Canada a été une fois de plus le pays où les gens sont le plus heureux. Les yankees subissent la même désinformation, mais le Canadien de base s'en fout, sachant que c'est lui le mieux loti de toute la planète. D'ailleurs, les images récurrentes d'enfants affamés, de catastrophes naturelles, conflits épars lui démontrent en permanence quelle chance il a de vivre sous ces cieux bénis.
Pas de soucis donc. Tout baigne dans l'huile.

La Protection Civile... Déjà, elle a au moins le mérite d'exister, permettant de déclencher des actions et protocoles d'interventions en des temps records.

Oui mais... Un système essentiellement basé sur les notions de profits et d'intérêts immédiats peut-il prévoir sans susciter une psychose de faire face à des situations à risque qu'il génère lui-même ?

Au risque de paniquer la population, abordons un sujet presque tabou, en tout cas "journalistiquement" sensible ! Imaginons un instant que la centrale de Chalk River (un brin vieillotte, techniquement dépassée, occasionnant parfois quelques fuites "sans importance", à la vie prolongée pour cause de besoins mondiaux en isotopes ?) déverse dans le fleuve des quantités importantes d'eau radioactive. Accident technique ou acte de terrorisme, tout est possible ! Scénario catastrophe s’il en est et qui pourrait inspirer romanciers et cinéastes.

Combien de temps pour que les eaux polluées atteignent Gatineau, Ottawa, Montréal, Québec, avant de se jeter dans l'océan ? La contamination toucherait tout le bassin de la rivière des Outaouais, puis du fleuve Saint-Laurent, contaminant gravement et pour de nombreuses années toute la zone. Le scénario est simple : dés l'annonce de l'accident c'est la panique qui s'installe. Les services de l’État ne peuvent pas faire face. L'anarchie s'est installée. Suicides en série, malades abandonnés dans les hôpitaux, pillages et meurtres, stations service prises d'assaut, fuites vers le sud. Les trois jours de réserve de nourriture et de boisson sont le cadet des soucis. En moins de 24 heures, la population du Québec est sur les routes et le pays rayé de la carte économique. Il n'existe plus.

Pessimiste ? Sans doute, mais deux voitures de tourisme aux coffres remplis d'explosifs et pleines de connards armés jusqu'aux dents sont suffisantes. Si en plus une opération préalable de diversion est au programme...

Plus optimiste et susceptible de vous faire faire des économies. Nous sommes en train de nous constituer un stock de nourriture que nous espérons conséquent. Les prix que j'annonce sont exacts et risquent de faire "chialer" dans quelques cabanes ! Nous sommes en Amérique du sud.
Achat d'un sac de 46 kilos de riz premier choix pour 20 $ Can.
40 kilos de tomates pour 13 $ Can.
50 kilos de farine pour 27 $ Can.
50 kilos de sucre de canne pour 25 $ Can.
1 bidon de 16 litres d'alcool de canne à 96° pour 30 $. (Vic, je t'envoie des exemples de préparation "dynamisantes".)
Nous avions déjà acheté une demi-vache pour 260 $ Can.
Un cochon de 20 kilos net pour 25 $ Can. Mangé sans regrets en un repas d'anniversaire...
C'est en achetant des fruits et légumes de saison que nous pouvons bénéficier de tels tarifs. Ne pas se constituer de stocks à ces prix-là, je dis que c'est de l’inconscience coupable, survivaliste ou pas.

Vic Survivaliste a dit…
Anonyme, tu pouvais facilement communiquer la même information sans attaquer personnellement Joël. C'est la marque d'une profonde immaturité affective que ce genre d'attaque ad hominem. Et par le style de rédaction, je sais très bien de qui ça vient, d'une personne que j'ai bannie il y a quelques mois.
Joel Deplanque a dit…
Propos d'un courageux anonyme produit type du système, marqués de surcroit au sceau de l'insulte et donc de la vacuité argumentaire. Au final insignifiants. LOL.

Ils me permettront néanmoins de préciser ma pensée.
Même si cette centrale est de petite taille ses sous-produits restent dangereux. Plusieurs fuites ont eu lieu, toutes qualifiées de bénignes et sans risque pour la santé. Je ne demande qu'à le croire, mais... La problématique de la gestion des déchets radioactifs demeure, les taux élevés de cancers notamment dans le Pontiac également. Qu'en est-il des stocks de déchets de Port Hope et Fort Mac-Murray ?
Détail : la décontamination des sols du parc industriel de Portage-du-Fort, ça avance ? Que l'on me permette de douter fortement de la sincérité des engagements et moyens lorsque ceux-ci sont confrontés aux intérêts financiers !
Mais allons même jusqu'à admettre que cette centrale de Chalk River ne présente aucun risque. Elle explose ou on la fait exploser à cause d'un attentat. Les médias et merdias divers font état de "l'accident". Que se passe-t-il dans les esprits des gens ? Le raisonnement sera simple et suivra le cheminement suivant : Chalk River, radioactivité, fleuve, contamination, catastrophe, mort en série. Personne n’écoutera les propos rassurants des moyens d'information. D'ailleurs pourquoi commettre un attentat si la suite ne présente aucun risque ?
Ce sera certainement la même panique qu'en cas de danger avéré.
Au royaume de la désinformation placée au service des intérêts économiques, souvenons-nous par exemple de la psychose ayant sévi au sujet de la vaccination contre la grippe H1N1 et du climat de défiance entre les vaccinés et les non-vaccinés ! Par contre, sur le fait que ce vaccin a causé beaucoup plus de victimes que la maladie elle-même, silence total !
Idem pour les orages accusés de causer la mort de la faune aquatique. Personne ne parles des engrais et pesticides transportés pas les eaux de pluie. Le coupable est l'orage...
La pollution diluée ? Hé hé... Déjà, la contamination viendrait s'ajouter à la radioactivité naturelle assez élevée. Ensuite le passage de cette masse d'eau radioactive laisserait derrière elle un niveau important de radiations. C'est ce qui se passe à Fukuchima où des poissons radioactifs sont pêchés loin du Japon.
Le Canada est vaste, c'est vrai, mais je parlais du Québec et plus précisément du sud de la province. Une fois contaminé le bassin fluvial de Chalk River à l'estuaire du Saint-Laurent et la population partie, que reste-t-il du Québec ?
Anonyme a dit…
Vraiment excellent article sans parler du blog qui gagne à être lu.

Je vais vous suivre.

Varg

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