Un nouveau survivaliste, ça évacue...

Un nouveau survivaliste, ça évacue...




Sempiternelle question. Sempiternelle solution « évidente », sempiternelle erreur de débutant.

Mon propos n'est pas de me moquer des débutants et des fausses bonnes idées qu'ils trouvent un peu partout sur la Toile et qu'ils adoptent, faute de savoir mieux.

Cependant il est patent qu'il existe des milliers de gens qui publient des vidéos ayant pour thème "voici mon sac d'évacuation" dont la plupart de leurs auteurs se sont « inspirés » de vidéos de sacs d'évacuation produites par d'autres et ont décidé de faire la leur en introduisant une infime variation par rapport à ce qu'ils ont vu.

D'autres chiffres pour démontrer que Tonton Vic ne charrie pas? Voici des résultats de recherche en anglais sur l'évacuation par rapport à l'occupation. Et dites vous bien que les anglos ne souffrent pas du tout de la même maladie de l'évacuation que les francos et pourtant, observez le différentiel de résultats selon qu'on "bug in" ou "bug out"!

J'ai choisi de répertorier les résultats Youtube pour deux raison: la première, en survivalisme peu écrivent et beaucoup filment; la seconde: peu de survivalistes lisent et beaucoup visionnent. Signe des temps....



 
 
Bugging in et Bug In Bag donnent un total de 6,214 vidéos, Bugging out et Bug Out Bag donnent un total de 245,000 vidéos. Un rapport de 39 pour 1 en faveur de l'évacuation... Ça va en faire, des gens en forêt et sur les routes!
 
Derrière cette foison de sacs d'évacuations se cache une idée sous-jacente: quand il y a un pépin on évacue. Petit pépin, moyen pépin, gros pépin, on évacue.

Ce n'est plus du survivalisme, c'est de l'évacualisme ou plus véridiquement: du réfugianisme car les évacuateurs précoces finiront quasi-systématiquement réfugiés.

Il y a de fortes probabilités qu'un nouveau survivaliste ait été exposé au survivalisme d'abord par une idée d'évacuation systématique face à un danger et en bon débutant qui n'a pas eu l'occasion de développer son esprit critique (par manque de connaissances et de réflexion sur le sujet) alors il reprend à son compte cette idée.

Concrètement


Je me suis servi du cas d'une personne vivant au Québec et qui me demandait mon avis sur un kit.

Rapidement, j'ai compris que cette personne se préparait à évacuer au premier pépin grave au motif que vivant au niveau du sol dans un immeuble à condo, il ne croyait pas pouvoir se sécuriser et qu'il se ferait voler rapidement ses moyens de production d'énergie. Sa destination « sécuritaire », c'était... la forêt.

Ce satané réflexe d'aller en forêt, c'est la garantie d'en crever à la première situation vraiment grave.

Après 24 heures, tout le gibier aura été tué ou se sera sauvé

Après 48 heures, les bushcrafters auront razzié tout ce qui se bouffe comme végétal — car eux aussi, étant encore moins survivalistes que nous, croient encore que « la Nature est notre Amie ».

Après 72 heures l'été, il y a quasi assurance d'affrontements, d'intimidation, d'attaques et de blessures graves voire de meurtres parmi les réfugiés de la forêt car vous serez tous en concurrence pour la nourriture, l'emplacement et le combustible — non, l'arbre fraîchement abattu ne brûlera pas, sauf quelques très rares essences dont le bouleau et il y a des limites à la quantité de bois mort qu'on trouve dans une forêt. En plus l'été, vous (un vous générique) allez y foutre le feu en moins de 72 heures...

C'est ça, l'évacuation en forêt. C'est ça que la majorité des survivalistes qui « existent » sur Internet et particulièrement sur Youtube enseignent, prônent ou communiquent. .

Évaluation fautive et manque d'imagination


Le survivaliste dont je me sers pour illustrer mon propos ne croyait pas possible de demeurer dans sa résidence et donc n'a pas envisagé de moyens pour rester chez lui.

Il existe pourtant une grande quantité de possibilités.

1) Inviter des proches


La possibilité — réelle et avérée — de se faire voler une génératrice ou des panneaux solaires ne justifie pas la mise en péril qu'est la vie en forêt. Il suffit d'occuper les lieux de manière visible et virile (puisque la génératrice fera de toutes manières du bruit) et d'assurer la garde des équipements qui contribuent à votre survie. Des proches feront très bien l'affaire pour nous donner un coup de main, surtout s'ils sont eux aussi dans le même pétrin et qu'ils ne sont pas préparés. On leur demande de venir nous rejoindre avec vêtements, armes et munitions, médicaments, nourriture (une famille normale de quatre personne dispose en moyenne de 2-3 semaines de nourriture) et essence/huile pour faire fonctionner la génératrice.

Plus il y a de gens dans un logis, moins il est difficile à chauffer...

2) Inviter ses voisins


Même commentaire que précédemment.

3) Déployer des mesures simples


Et si, quand il fait noir, on rentrait les panneaux solaires au lieu de les laisser dans le noir, d'autant plus que dans le noir, ils ne servent à rien?

L'ajout d'une batterie et d'un onduleur (moins de 300$) permet de stocker de l'électricité et de la consommer quand le soleil ne brille plus et que la génératrice ne fonctionne plus. Vous pourrez même éclairer les environs de votre résidence afin de voir venir les dirtbags avant qu'ils ne soient à votre fenêtre, si vous en sentez le besoin.

4) Dissuader les pillards


Si vous avez l'air d'un soft target ou d'un phat target, vous aurez plus de visiteurs que si vous avez l'air de ne pas avoir le sens de l'humour et d'être prompt à la réaction en cas de tort subi...

5) Prévoir


Si vous prévoyez avoir besoin de renforts pour rester chez vous, stockez-donc d'avance des ressources pour les accueillir. Oui, il est injuste qu'un prévoyant paie pour des non-prévoyants mais il est encore plus injuste qu'un prévoyant se fasse dépouiller de ses biens et peut-être de sa vie parce qu'il est seul à se défendre et qu'il faut bien dormir, parfois...

Ces cinq points, c'est le résultat de quelques minutes de réflexion sur un cas qui n'est pas le mien. Bien sûr, j'ai l'expérience, les connaissances et l'analyse de centaines de cas pour m'y aider. Ça ne veut pas dire qu'un nouveau survivaliste peu connaissant n'y arrivera pas mais pour qu'il y réfléchisse, il faut qu'il n'ait pas acheté d'avance l'idée d'évacuer à tous crins. En d'autres termes, il doit avoir l'esprit ouvert, un peu imaginatif et y mettre le temps requis de réflexion.

Nous, en Occident, là où se trouvent l'écrasante majorité des survivalistes, nous avons une culture de la Raison. Nous avons un QI moyen élevé (en moyenne autour de 100) et nous avons donc les moyens de pouvoir nous projeter dans des hypothèses et des scénarios de l'étude desquels nous pouvons identifier la meilleure solution du moment. En plus nous avons presque tous accès à Internet, cet immense réservoir de savoirs utiles et d'imbécilités. Choisissons les savoirs utiles!

Aux nouveaux survivalistes, je dis : lisez, laissez tomber les revues d'équipements, renseignez-vous sur des savoirs et des techniques spécialisés auprès des spécialistes et rejetez le survivalisme de bouts de ficelles, d'expédients ou d'astuces qui ne servent à rien si vous n'avez pas d'abord un plan, des protocoles, une infrastructure solide et les connaissances pour les exploiter adéquatement..

Je sais, il existe peu de sites où on parle de survivalisme structurant et stratégique, ce blogue en est mais nous sommes bien peu dans ce domaine. Le plus important, c'est d'alimenter votre réflexion avec du contenu qui défie vos présupposés plutôt que de conforter vos certitudes avec des gens qui en savent aussi peu que vous sur le sujet.


Commentaires

Marc Desmeuzes a dit…
Toujours beaucoup de bon sens ! A la prochaine Vic. Marc.
Roudail L a dit…
Très bon sujet de vic.
Il y a deux sorte de survivaliste;
Celui qui dépense son argent dans du matériel tout prêt pour vivre en forêt.
"Une sorte de mode"
Et il y a celui qui réfléchi et se prépare au quotidien en "k2kk".
Autonomie=économie.


Fred Deion a dit…
merci pour cette utile leçon de bon sens :-)
Monachus a dit…
Pour tout t'avouer : moi je ne regarde pas tes vidéos mais je lis tes articles...
Excellent article. Merci, Vic.
William Durant a dit…
Je conseillerais à tous les "évacuateurs précoces" de faire une simulation en allant vivre une semaine dans les bois, pour voir si ils seront vraiment capable d'y survivre le cas échéant(en faisant attention de ne pas y propager un feu, bien-sûr). Faire cet effort pourrait p-t leur sauver la vie, un jour.

En ce qui me concerne, je m'inquiète plutôt de ne pas évacuer lorsque cela sera vraiment nécessaire en acceptant de perdre toute ma préparation et de devenir un réfugié comme les autres.


Marc Desmeuzes a dit…
Vic, tu dis quelque chose d'essentiel à la toute fin de ton intervention vidéo. Tu dis que c'est pour toi un DEVOIR de dire aux futurs survivalistes de chercher, travailler, réfléchir, de ne pas attendre des solutions toutes faites, etc ...
Eh bien la notion de Bien commun c'est précisément savoir qu'on a des devoirs envers la collectivité et qu'il n'y a pas que son ego qui compte. Et qu'on n'a pas que des droits.
ça n'a l'air de rien, mais c'est très profond comme réflexion, en plus spontanée !
A la prochaine. Marc.
Vic Survivaliste a dit…
Dans la manière de le dire, c'est peut-être spontané mais la raison profonde de mon engagement public depuis bientôt, c'est notamment ce sens du devoir.

Marc Desmeuzes a dit…
Oui Vic, c'est très précisément ce que j'ai compris et qu'il faut comprendre.

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