La chevalerie et le survivaliste

La chevalerie et le survivaliste







Armures, épée, lance, écu, panache. Voilà à quoi fait penser la chevalerie. Combien d'entre vous savent comment cette classe s'est développée? Et surtout: quelle était sa fonction première?

La chevalerie est née au bas Moyen-Âge, après la chute (l'Effondrement) de l'Empire Romain. Le pouvoir central et ses légions de soldats en armes n'étaient désormais plus. Que se passe-t-il lorsque des institutions tombent? 

C'est très simple: l'espace qu'elles occupaient se remplit avec l'équivalent, parfois avec un pouvoir aussi grand qu'avant mais différemment exercé ou institutionnalisé, parfois avec une multitude de petits pouvoirs mais qui cumulés, occupent peu ou prou le même espace géographique, voire mental.

C'est donc ce qu'il s'est produit quand Rome est tombée. Il n'y avait plus de pouvoir central fort? L'Europe et le Proche-Orient se sont donc retrouvés avec une multitude de petits pouvoirs locaux informels, pouvoirs partagés entre des sédentaires et des nomades au sens sociologique du terme, à savoir d'une part propriétaires et producteurs et d'autre part prédateurs-pilleurs.

Il n'a pas fallu longtemps pour que les gens plus riches s'imposent comme « protecteurs » de leur communauté. Ces gens avaient assez de richesse — des terre, donc des aliments — pour nourrir et entretenir un cheval, moyen de locomotion efficace. En effet, au Bas Moyen-Âge, l'agriculture était l'activité économique de l'écrasante majorité de la population et souvent, un homme seul ne pouvait nourrir que sa famille, si elle n'était pas trop nombreuse. En effet les rendements agricoles étaient assez faibles.

Ceux qui avaient plus de terres et conséquemment plus de richesse, pouvaient se procurer un bœuf et ainsi décupler leur force de travail. Dans ce contexte, le cheval était un luxe pour les plus favorisés des hommes.

La cavalerie, arme militaire mineure jusqu'à récemment en Occident, a pu devenir une force dominante depuis l'apparition de quelques innovations technologiques dont l'étrier, longtemps inconnu dans l'armée romaine et ailleurs sur le continent. L'étrier allait agir comme multiplicateur de force pour les cavaliers et surtout pouvait soutenir l'utilisation d'armes de taille et d'estoc au lieu du seul javelot. L'usage de blindages plus élaborés et efficaces a aussi été rendu possible.

Ainsi, d'arme d'exploitation et de poursuite, la cavalerie est devenue une arme de choc, spécialement depuis qu'elle s'est blindée avec du cuir bouilli et des mailles ou des écailles. La cavalerie est devenue la terreur de la piétaille...

Spécialisation


Avec une si redoutable efficacité guerrière et des capacités de projection de force plus grande que l'infanterie, la cavalerie est devenue l'arme ultime des champs de bataille. Dès lors, compte tenu des routes peu sûres et des pillages multiples, les cavaliers ont finis par devenir une sorte de force dédiée et quasi-permanente pour les collectivités et pour cause: un homme à cheval peut rattraper des brigands quand un homme à pied quittant sa caserne ne le pourrait pas. 

Dès lors, le marché entre paysans et cavaliers était simple: tu nous protèges, nous te dédommageons du temps que tu ne consacres plus aux champs pour assurer notre sécurité. L'impôt était revenu.

Ces cavaliers sont devenus rapidement des petits seigneurs et pour les plus habiles d'entre eux, de grands seigneurs. Et, puisqu'ils ont une force à laquelle on ne peut pas s'opposer facilement, pourquoi ne pas agrandir son domaine?

L'Église a plus tard sacralisé l'état de cavalier afin de lui donner une orientation plus chrétienne et lui donner une fonction utile à la société. La Chevalerie était née.

Enseignements


Que peut-on apprendre de ce processus de développement?

Une leçon bien simple et universelle: qui possède la force possède le pouvoir. Ou encore, pour citer — de mémoire — le personnage de Paul Atréides dans le roman Dune de Frank Herbert

« Celui qui peut détruire une chose contrôle cette chose ». 

Quand une personne ou un groupe a un pouvoir de destruction et de mort sur une collectivité, cette personne ou ce groupe dirigent la marche des choses.

Kyle McLachlan dans le rôle de Paul Atréides


Dans nos sociétés remplies de virtuel et de mécanismes-tampons, nous avons perdu de vue cette vérité fondamentale: le Pouvoir est fondé sur la force. Le fait que le Pouvoir n'a que rarement recours à cette force démontre seulement que les soupapes de sécurité — dont notamment mais pas exclusivement les clics « j'aime / je n'aime pas » sur Facebook et Youtube et la possibilité pour n'importe quel pékin de vider son cœur sur les réseaux sociaux — fonctionnent bien et sont efficaces.

Toutes ces considérations sont fondamentale pour les survivalistes qui veulent comprendre l'ordre des choses et y apporter une préparation conséquente. Sur un plan plus intellectuel, elles permettent de savoir comment s'articule le Pouvoir alors que sur un plan plus contemporain, elles nous donnent les explications quant aux actions de l'ONU, des États, des ONG, des associations, en faveur de la proscription des armes aux mains des citoyens honnêtes. 

Dans toutes les sociétés de l'histoire humaine, seuls les esclaves n'étaient pas armés.

Dans une optique plus prospectiviste, on se retrouve devant un modèle de société dit « pacifique » mais qui n'est ni plus ni moins que l'appropriation exclusive des armes et des moyens de se protéger aux mains de l'État (et des criminels), au nom de la non-violence. Au Moyen-Âge, pendant l'édification de la Chevalerie comme institution et force fonctionnelle, on n'a même pas proscrit aux gens la possession ou le port d'armes. La société occidentale libérale-libertaire, sauf dans plusieurs États aux USA et dans une certaine mesure en Suisse, l'a fait. 

Le libéralisme libertaire tue la liberté...

Dans la mesure où plusieurs pays connaissent une hausse de la violence (même un simple échange non-sollicité et non-souhaité qui se poursuit contre la volonté d'une personne constitue une violence) et dans la mesure où les balises et les mécanismes en place ne protègent PAS les gens contre ces violences quotidiennes, les citoyens paisibles sont soumis à des expériences très néfastes et anxiogènes. 




Quand des gens, des femmes en particulier, doivent se cacher sous des vêtements « conformes » aux normes d'une minorité pour gérer les risques d'agressions sur la place publique ou redoutent de devoir traverser certains quartiers, quand les jeunes hommes évitent des secteurs parce qu'étant blancs, ils sont automatiquement pris à partie par des minorités racailles issues de l'immigration, il y a un problème systémique. 

Un Système qui a permis cela n'a aucune intention et/ou capacité d'éliminer ces violences quotidiennes. C'est en même temps le signe que ce même Système est en fin de course. Comparez l'effondrement d'un Système à une onde qui se répand sur l'eau mais en direction inverse: de l'extérieur vers le centre.

Une société organisée, homogène et bien réglée offre un environnement de vie paisible à ses citoyens. Quand elle se désorganise, cela commence d'abord par une désagrégation des règles de vie sociale et en premier lieu par la politesse. Puis ça passe par l'apparition des violences non-physiques quotidiennes et plus tard par les agressions physiques au hasard. La désagrégation évolue vers le développement des zones de non-droit qui deviennent des coupe-gorge et finalement, en phase terminale, il ne reste que les institutions étatiques qui sont protégées par les forces de police et l'armée: le reste, ça ne compte plus.

Le bouclier de la Force Publique qui assurait la paix à tous se réduit progressivement à une peau de chagrin qui ne peut assurer la sécurité que des édifices et employés gouvernementaux et à la toute fin, qu'aux pouvoirs Législatif et Exécutif.

La France et la Suède sont dans un état de pourrissement plus avancé que, par exemple, le Canada ou le Danemark. Toutefois, la tendance est malheureusement à la dégradation. C'est pourquoi les survivalistes « bisounours » font fausse route. C'est pourquoi les survivalistes discrets et peureux de se s'ouvrir aux autres sont dans l'erreur. C'est pourquoi le repli sur soi est néfaste. Tout cela n'a qu'un seul effet: préparer l'arrivée de la nouvelle classe de « chevaliers » qui n'auront qu'un seul but: pressurer, agresser, exploiter, spolier les gens qui travaillent et sans qu'il soit possible d'espérer qu'ils soient régulés par un code moral chrétien. 

Remerciements aux contributeurs qui m'aident financièrement:


FG
J.
Pseidonia
Marie C.
Julien
Ainsi qu'aux autres tipeurs et donateurs.





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Commentaires

Marc Desmeuzes a dit…
Article intéressant et qui doit faire réfléchir.
C'est sûr que ce sont les plus faibles qui n'auront pas d'armes alors que ce sont les bandits et autres qui eux auront toujours des armes.

Bon courage Vic. Je ne sais pas si tes médecins t'ont recommandé de parler le plus possible ou au contraire de ne pas trop parler. En tout cas dis-toi bien que seuls les écrits restent !!!

Bien amicalement.
Marc.
Dan Czak a dit…
Salut Vic

Avant tout, la santé va en s’améliorant ? je ne pensais pas que tes vidéos allaient autant me manquer. Courage Vic.

Bon article comme à chaque fois mais ne serait-ce pas une réponse ou avis à la vidéo Volwest-Piero ?

J'apprends toujours avec tes articles.

Bonne journée Vic, Marc

Fred Deion a dit…
L'émergence de la chevalerie et de la féodalité a été un très long processus, qui date moins de la chute de Rome que de la chute de l'Empire carolingien. Il est toutefois intéressant de noter que dans les deux cas, des mouvements migratoires y sont pour quelque chose :
1) Les grandes invasions germaniques en Gaule débutèrent en 407, et Rome et son dernier empereur chutèrent en 476. Un Empire multi-séculaire s'effondra en moins de 70 ans ! Les tribus germaniques, organisées et hiérarchisées, s'installèrent dans une grande partie de l'ancien Empire romain d'Occident et prirent le relais du pouvoir au niveau local.
2) La dernière grande vague d'invasion en Europe se déroula au IXème et Xème siècles, menée par les Vikings au Nord et sur les côtes atlantiques, les Sarrasins sur les côtes méditerranéennes, et les Hongrois ("Magyars") depuis l'Est du continent européen. L'Empire carolingien, fondé par Charlemagne en l'an 800, n'y survit pas : ainsi s'effondra la première construction centralisée européenne depuis la disparition de l'Empire romain. A sa suite, le chaos, un pouvoir morcelé et décentralisé caractérisé par le repli autour du "château" (les premiers châteaux sont en bois et construits sur des mottes). C'est l'avènement de la féodalité et du chevalier dont l'équipement, très onéreux, n'était réservé qu'aux riches propriétaires terriens.
Au Moyen Age, seule la chevalerie, classe aisée et minoritaire, avait donc les moyens financiers d'être en armes (cotte de mailles, casque, épée, cheval, etc.)
La limitation de l'accès aux armes se faisait par leur coût élevé.
Aujourd'hui, les prix n'étant plus un obstacle, on invente des lois liberticides, le projet de nouvelle directive européenne pour restreindre la détention légale d'armes par les citoyens étant un excellent exemple.
Fred Deion

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