Mythe survivaliste: le troc, un truc très truculent...

Mythe survivaliste: le troc, un truc très truculent...





Malgré un titre très superficiel, le sujet est sérieux, complexe et tout en précision. Si vous n'aimez pas la technicité et la nuance, passez outre car elles sont indispensables à la compréhension de cette idée du troc et ce billet en regorge, désolé.

Le troc, je l'ai déjà abordé à plusieurs reprises dont ici. Je veux maintenant développer le sujet en étendue et en profondeur.

Quelques affirmations — et vérités à exploser — ensuite la démonstration :

1) Le troc n'est pas l'état naturel des échanges en l'absence de monnaie;

2) Le troc ne remplace pas la monnaie;

3) Le troc ne précède pas la monnaie;

4) Le troc ne succède pas à la monnaie qui disparait.


 « Depuis les années 40, notamment grâce à Karl Polanyi il est expliqué que la relation entre le troc et la monnaie n'est pas celle d'une succession. Au contraire, il est montré que toute société est nécessairement monétaire dans la mesure où les échanges entre les personnes sont avant tout l'expression d'un code social.

Cette compréhension du troc a été reprise plus récemment par David Graeber, le troc est une invention récente qui suppose la préexistence d'une monnaie : unité de mesure abstraite et universelle. Les économies anciennes (Égypte, Mésopotamie) utilisaient un système monétaire basé sur la dette, elle-même formulée en termes de poids d'argent métal et payée en orge ; la frappe de pièces de monnaie n'est apparue que vers 600 avant notre ère, mais ce n'est que bien plus tard, à l'occasion de pénuries de signes monétaires qu'il existe des preuves tangibles de l'utilisation du troc. »
[Les emphases sont de moi]



En vertu des travaux des historiens nous sommes maintenant en mesure d'affirmer que le troc n'est pas l'ultime manifestation du libéralisme et de la liberté mais au contraire, qu'il est assujetti à la référence à une monnaie, laquelle établit la valeur des choses. Qui dit monnaie dit droit objectivé, c'est à dire règle de droit d'application universelle et d'effet égal chez chacun.  Le dollar ou l'euro du riche a la même valeur et le même effet économique que le dollar ou l'euro du pauvre. Ce qui change la donne entre le riche et le pauvre, c'est évidemment la quantité qu'on détient mais ça c'est une autre histoire.

Enfin, qui dit règle de droit dit Loi; qui dit Loi dit Législateur et qui finalement dit Législateur dit État.

En d'autres termes: il n'y a pas de troc sans monnaie de référence et il n'y a pas de monnaie de référence sans État. J'en suis navré pour les libertariens hard core et pour les survivalistes romantiques qui se voient troquer des biens dans un monde sans argent...

Stratégie universelle de troc


Il est très répandu, surtout chez les survivalistes réactionnaires, de croire que le troc est la seule voie d'avenir en matière d'échanges économiques situation d'effondrement global et généralisé. Conséquemment, ces survivalistes stockent un tas de biens dans le but de les échanger le moment venu, avec la certitude d'ainsi se libérer du capitalisme.

Le mot clé dans le paragraphe précédent est « croire ». C'est en effet une croyance qui n'est pas fondée sur une connaissance concrète et avisée des mécanismes d'échanges économiques.

D'abord, nous l'avons vu dans la définition de Wikipédia, le troc suppose la préexistence de la monnaie. Alors ceux qui tablent sur le troc pour « quand il n'y aura plus de monnaie » se sont raconté des histoires et se sont cru. J'irais même jusqu'à dire qu'ils ne comprennent pas la nature du troc.

En fait, ces réactionnaires ne se préparent pas à devenir des troqueurs mais plutôt des commerçants, ce qui est ironique puisqu'ils sont les premiers à soupçonner, alléguer, condamner les autres survivalistes « commerciaux » qui échangent leurs services, leur temps et leur expertise contre de l'argent! Et il en faut bien peu pour qu'ils accusent, croyez-moi!

En effet, si

1) le troc repose en réalité sur un outil d'établissement de la valeur comme une devise ou un poids de métal précieux; et
2) si aucun véhicule de transport de la valeur n'est échangé;

Ces survivalistes qui stockent des biens à troquer s'envisagent sans l'avouer comme des boutiquiers de biens devenus rares et contre lesquels ils exigeront un prix élevé, profitant de la faiblesse économique de leurs clients potentiels. Ah! comme il est beau, le monde des puristes! ;)
Au delà de ce jugement de valeur de ma part, il demeure que le troc, comme établi dans la citation de Wikipedia, est une transaction économique référée à du droit objectivé (monnaie) mais sans que la manifestation matérielle de ce droit objectivé, l'argent ou le numéraire, ne soit échangé.

En d'autres termes: sur chaque transaction sous forme de troc plane l'ombre d'une monnaie, qu'elle soit fiduciaire, réelle, comptable, fonctionnelle ou consommable.

La réalité du troc assujetti à des monnaies


Comme toujours, prenons exemple sur des faits au lieu de nous cantonner dans les théories et les fantaisies mentales: la France d'Ancien Régime, plus précisément de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance.

La France a longtemps utilisé la livre tournois comme monnaie et avant elle, la livre parisis. La livre était toutefois une monnaie de compte: il n'a existé aucune pièce, aucun billet ayant cours légal, libellé en livres. Ja-mais.

La première pièce de monnaie nommée franc est née en 1360. C'était une pièce en or, nommée « Franc à cheval » et sa valeur a été établie à une livre tournois pour un poids de 3,87 grammes d'or fin. Une livre tournois était décomposée en 20 sous/sols, chaque sol (sou) valant 12 deniers pour un total de 240 denier la livre. C'était donc une pièce d'un franc qui valait une livre tournois, non une pièce d'une livre tournois. Capice?

Quand on vendait ou achetait un bien, on demandait, par exemple, « une livre, trois sols et six deniers » et on payait avec une monnaie de règlement, c'est à dire des pièces de monnaie dont le « Franc à cheval » ou le « Franc debout », le demi ou le quart de franc et avec toutes les autres pièces en circulation (billons, doubles tournois et autres).

Concrètement, cela signifie que la France connaissait un système économique basé sur le troc et avait pour référence monétaire la livre tournois, qui n'existait que dans des textes législatifs portant le nom d'Édits! En effet, on échangeait des pièces (monnaie de règlement dont la valeur était établie en fonction de leur poids en métal précieux) contre des biens afin d'acquitter une somme libellée en monnaie de compte, mais on pouvait aussi payer en nature (grain, bestiau, service).

À une certaine période et pendant un certain temps, on a abandonné la livre comme monnaie de compte au profit de l'écu (valant trois livres) et on a frappé des pièces de règlement qui portaient le nom de la monnaie de compte: l'écu. Pour la première fois, on avait — partiellement — une monnaie de compte qui prenait forme en monnaie de règlement. Eh bien malgré le passage de la livre à l'écu (valant trois livres) comme monnaie de compte ET monnaie de règlement (il a existé des pièces nommées « écu »), les gens du quotidien continuaient à compter en livres dans leurs transactions!

Les vielles habitudes ont la vie dure. Vous en voulez une autre preuve? Voici.

Tous les canadiens-français savent et une bonne partie d'entre eux nomment la pièce de 25 cents un "trente sous". Après l'invasion britannique de 1759, on a dû utiliser la monnaie anglaise et trente sous français ne valaient que
vingt-cinq sous anglais.

Quand on a adopté une monnaie décimale après 1840, on a vu circuler des pièces de 25 cents, que nous avons continué à nommer « trente sous ». En 2017, les pièces de 25 cents s'appellent encore des « trente sous ». Oui, les vieilles habitudes ont la vie dure!

Pour résumer: la livre tournois n'existait pas en tant que dénomination monétaire mais elle servait d'étalon de mesure de la valeur des choses. Les dettes étaient contractées en livres tournois et elles étaient acquittées par de la monnaie qui ne portait pas le nom de livre. Qui plus est, l'unité monétaire de compte a un jour changée pour l'écu (valant trois livres) mais les gens ont malgré tout continué à compter en livres, une monnaie qui n'a jamais été une monnaie de règlement et qui n'était même plus une monnaie de compte! Compliqué, hein?




Revenons donc à l'idée centrale de cette section: la France avait une économie basée sur le troc. La devise étant la livre tournois, puisqu'il n'existait aucune pièce de monnaie portant le nom de livre, il ne s'échangeait donc aucune monnaie portant le nom de livre tournoi et par définition, quand on n'échange pas de monnaie mais qu'on se réfère néanmoins à une monnaie pour déterminer la valeur des échanges, on troque! Qu'il existât des pièces de règlement et qu'elles soient échangées ne changeait pas la nature intrinsèque de cette économie du troc car ces pièces de règlement n'avaient de valeur que leur poids en métal précieux dont une certaine quantité valait une livre tournois.

Certains pensent que ces précisions sont de l'intellectualisme mais ils ont tort: c'était la réalité économique du Royaume de France jusqu'au XVIIIe siècle. Ce n'est qu'avec l'arrivée des monnaies nationale fusionnant la monnaie de compte et la monnaie de règlement, assorties d'un cours légal et de l'effet libératoire légal des paiements avec cette monnaie qu'on est sorti de l'économie fondée sur le troc.

Toutes ces explications complexes servent une fin: démontrer que le troc n'est pas ce que l'on croit. Accessoirement, elles mettent la table pour la suite du développement du sujet: l'avenir des échanges économiques en situation d'effondrement monétaire ou total.

Scénarios d'effondrement de la valeur de la monnaie


Nous avons la chance d'avoir pu assister très souvent à des effondrements de la valeur d'une monnaie quelconque et aux stratégies mises en place par la population pour faire face à cette situation.

Dans tous les cas: quand une monnaie nationale s'effondre, cela donne naissance à l'hyperinflation. Les prix augmentent parce qu'il faut plus d'argent pour acheter un bien, surtout à l'étranger. Le gouvernement imprime plus d'argent pour faire face à la rareté du numéraire, alimentant ainsi l'hyperinflation. 

Les plus privilégiés eux, se procurent des monnaies fortes comme le dollar US, ce qui protège leur pouvoir d'achat.

Et il y a eux qui n'ont pas accès à des devises et qui échangent soit leurs biens, soit leurs métaux précieux sous forme de pièces, lingots ou bijoux qui ont été thésaurisés avec les années.

Dans tous les cas les biens échangés le sont en fonction de leur valeur établie dans une monnaie quelconque, locale ou étrangère. Les échanges sans référence à une monnaie n'existent pratiquement jamais, sauf exceptions bien particulières et toujours de personne à personne.

Dans les cas les plus extrêmes, on ne se réfère plus à une monnaie mais à l'or, directement, qui devient la monnaie. 

Voici une illustration du troc sous un régime monétaire utilisant l'or comme valeur et monnaie.

J'ai une caisse de pomme, tu offres une boite d'amoxicilline (antibiotiques), est-ce que l'échange me semble équitable? L'autre voisin a aussi la boite d'antibiotiques dont j'ai besoin mais il demande dix kilos de farine, que je possède aussi et dont j'ai aussi peu besoin que mes pommes. 

Qui me propose le meilleur marché? Comment les gens savaient à l'époque d'une économie fondée sur le troc ce qu'était le meilleur marché? En se référant à la valeur de ces marchandises exprimées dans une monnaie.

Dans les deux marchés qu'on me propose, ma caisse de pommes comme mes 10 kg de farine valent environ 1/2 gramme d'or, tout comme la boite d'antibiotiques. L'échange semble équitable, je n'aurai pas plus avec ma farine donc nous pouvons conclure. 

Nous venons de troquer. Aucune pièce de monnaie et aucun billet de banque n'ont été échangés mais une monnaie a fait partie de l'échange, qu'elle porte un nom ou pas ou qu'elle représente un poids en métal précieux ne change rien.

En voulez-vous plus? J'ai souvenir de mon père conduisant une Simca en 1978 sur les autoroutes italiennes, donnant des billets de banque en Lires au commis du péage et recevant la différence... en timbres-poste! Un timbre-poste, c'est un timbre-poste, pas de la monnaie. Après quelques péages, il avait amassé suffisamment de timbres pour payer la totalité de la somme due, ce qu'il a fait au poste de péage suivant. Italie, 1978, avec une devise moderne: le troc avait court entre agents officiels de l'État et particuliers!

Voilà donc comment s'articule le troc. Ce n'est pas « comment on transige quand les monnaies disparaissent ». C'est « comment on transige sans numéraire mais avec une monnaie en référence ».

Évidemment dans les situations de grande rareté de tout, comme dans une ville assiégée par exemple, l'équilibre des échanges est rompu mais cela n'est que la manifestation de la rareté des biens et non de l'absence de référence à une monnaie lors des trocs. Preuve en est ce disent les gens dans ces conditions: « les prix s'envolent ». Le prix est toujours libellé en une monnaie même quand la monnaie ne circule plus.

Le troc de nos bons experts survivalistes n'existe donc pas. Ce dont ils parlent, ce sont des échanges de personne à personne et cela n'est pas du troc.

Qu'envisager en cas de crise de toutes les monnaies?


Très simplement, ayons en tête une vérité: la monnaie, c'est comme la pâte dentifrice, une fois qu'elle est sortie du tube, il est impossible de l'y remettre. Elle a été inventée il y a fort longtemps et elle ne cessera jamais d'exister tant qu'il y aura des sociétés humaines ou des hommes pour en porter l'idée.

Envisagez la crise que vous voulez, il y a des constantes qui resteront toujours. Parmi celles-ci, il y a le commerce, système sanguin de l'économie, et la monnaie — peu importe son nom ou sa forme — qui lui tient lieu de sang.

Il est tout à fait envisageable qu'en situation d'effondrement monétaire global des individus, des entreprises ou des banques émettent leur propre monnaie garantie par des biens, plus que probablement des métaux précieux. 

Mais une chose est sûre: vous ne verrez jamais un paysan rouler vers la ville avec un chargement de bestiaux pour aller les troquer contre les matériaux dont il a besoin afin de construire un enclos. Il ira en ville pour vendre ses bestiaux et ensuite acheter les matériaux pour édifier son enclos, utilisant pour cela une monnaie, ancienne ou nouvelle mais dans tous les cas certainement garantie par de l'or ou de l'argent ou encore des biens en demande. 

Pourquoi en serait-il ainsi? Par nécessité, tout simplement.

Le vendeur de matériaux de clôture n'est probablement pas acheteur de bestiaux mais si sa clientèle, ce sont les éleveurs de bestiaux, comment se fera-t-il payer les matériaux qu'il vend sans finir par devoir tous les utiliser pour stocker les moyens de règlement, à savoir les bestiaux eux-mêmes?

La nécessité de réaliser un échange économique entre étrangers non-mutuellement demandeurs des produits de l'autre doit passer par un moyen universel d'établissement de la valeur et par un moyen universel de règlement.

Dans notre exemple le vendeur de bestiaux entend payer ses matériaux en billets garantis par la Banque des Éleveurs de Bestiaux de St-Oublié-du-Petit-Ruisseau.

Il se peut que le vendeur de matériaux n'accepte pas les billets de la Banque des Éleveurs de Bestiaux de St-Oublié-du-Petit-Ruisseau mais dans la ville, la Banque Urbaine des Vendeurs de Matériaux, une autre banque ou un bureau de change connait cette banque agricole ainsi que sa fiabilité et échangera les billets de la Banque des Éleveurs contre des billets acceptés localement. Et là, je ne dis pas que nous n'aurons dans l'avenir que des banques et des monnaies locales, ce n'est qu'une illustration.

L'alternative à ce système, c'est de trouver un preneur pour les bestiaux qui offre en paiement des biens dont le vendeur de matériaux est acheteur. Bonne chance!

Et les pièces d'argent et d'or, alors?


Il y a bien sûr les romantiques qui pensent que nous reviendrons à des échanges de pièces faites de métaux précieux. Après tout, des pièces de règlement (de circulation) en argent étaient encore frappées en 1967 au Canada, pourquoi ne serait-ce pas envisageable dans l'avenir?

Si un État décide d'en frapper, nous en reverrons circuler. C'est toutefois peu probable que cela survienne pour toutes sortes de raisons techniques et économiques. En effet, si les monnaies s'effondrent, quel État aura les moyens de se procurer la matière nécessaire à la fabrication de pièces en métaux précieux? S'il veut saisir la matière précieuse sans compensation, il n'en trouvera pas: les gens cacheront leurs métaux et il ne peut saisir avec compensation puisqu'il n'a pas les moyens financiers de le faire et que sa nouvelle monnaie n'aura pas la confiance des gens.

Quant à voir circuler des pièces détenues par des particuliers comme moyen de paiement généralisé, il existe deux obstacles dont le second qui est rédhibitoire. En premier lieu, il y a la question de la disponibilité: il existe beaucoup trop peu de pièces voire de métal précieux pour fonder un système numéraire national sur la circulation de pièces de métaux précieux. Et, facteur fatal: qui peut affirmer que la pièce d'argent fin qu'on me propose en paiement est réellement une pièce d'argent fin? 

La confiance, spécialement après un effondrement global des monnaies, ne pourra être établie facilement dans le public et s'envolera définitivement dès qu'on tombera sur des contrefaçons. Et croyez-moi, il y aura rapidement de la contrefaçon et à une échelle jamais vue si un tel moyen de règlement des dettes voit le jour.

C'est là que des institutions bancaires ou commerciales, qui ont les moyens d'expertiser les métaux et d'en déterminer la pureté et l'authenticité, de les entreposer, les garder en sécurité, de les comptabiliser et d'imprimer des billets à une valeur correspondante, deviendront des émetteurs de monnaie garantie par des métaux précieux ou d'autres biens.

Ce sera simplement un retour à ce que nous avons, par exemple, connu au Canada dans le passé: des billets de banque émis par différentes banques privées, dans la monnaie nationale, ayant cours simultanément, garantis par des métaux précieux et par une réserve de devises fiables.

Fabulation? Fantasme? Non, réalité.

Billet de 5 dollars de la Canadian Bank of Commerce, 1917

Billet de 5 dollars de la Royal Bank of Canada, 1935

Billet de 5$ de la Ontario Bank of Bowmanville, 1888


Notez que ces billets de banque étaient échangés et acceptés sans difficulté et coexistaient avec les billets ayant cours légal émis par la banque centrale du Canada dès sa fondation en 1935. Ce n'est qu'en 1938 que la Bank of Toronto a cessé d'émettre ses billets de banque, 1939 pour la Dominion Bank, 1943 pour la Bank of Montreal et 1944 pour la Royal Bank. Source.

Rappelons que Canadian Tire, la chaîne de magasin de détail bien connue, a toujours son argent-maison. Cet argent coexiste avec les billets de polymères de la Banque du Canada et est accepté en paiement dans les magasins de la chaîne. J'ai même déjà accepté de l'argent Canadian Tire en acquittement d'une dette d'une vingtaine de dollars et j'ai eu connaissance d'autres petits créanciers qui avaient reçu un tel paiement car tout le monde au Québec passe un jour ou l'autre dans ce magasin pour acheter des trucs. Et ça aussi, c'est du troc.




Ça troue le cul, hein?

Ce scénario de monnaies bancaires ou commerciales est dès lors et de loin le plus réaliste et probable puisqu'il a existé dans le passé et été largement accepté comme normal. Il n'a cessé dans le cas des banques que parce que l'État a voulu établir son contrôle sur la monnaie afin de disposer des leviers complets sur sa politique monétaire et que leurs billets n'avaient plus réellement d'utilité. Des commerces comme Canadian Tire continuent d'émettre cet argent comme moyen de fidéliser sa clientèle, un argent reconnu comme fiable et garanti par les marchandises sur les tablettes des magasins.

Pourquoi pas des monnaies post-effondrement garanties par de l'or ou de l'argent ou des biens en demande, comme du pétrole ou du grain? Même: pourquoi y aurait-il autre chose que ça après une crise de confiance généralisée des monnaies fiat?

Aparté


Ici je me permets un commentaire personnel. Dans le milieu survivaliste médiatisé, c'est à dire les blogueurs, les commentateurs, les youtubeurs et ceux qui cultivent précieusement leur apparitions fréquentes dans les télés mainstream, il est très courant de voir des gens s'exprimer sur des sujets de fond et extrêmement conséquents quant à l'effet qu'ils peuvent avoir sur ceux qui les suivent. 

Normal: ils posent en experts et la démagogie aidant, ils finissent par dire ce que je les gens veulent entendre. C'est d'autant plus facile à faire qu'ils sont dans l'affirmation et non dans la démonstration. Ils prennent presque toujours leur situation et leurs convictions comme références et présentent le tout comme des vérités absolues, sans sources crédibles et sans confronter leurs points de vue avec la réalité, encore moins avec le passé.

C'est ainsi que beaucoup professent que le troc sera le mode d'échange de l'avenir quand les monnaies n'existeront plus — alors qu'il n'y a pas de troc sans monnaie de référence.

D'autres affirment dur comme fer que si on n'a pas de pièces d'argent on ne pourra pas payer nos emplettes car on n'acceptera que des pièces d'argent frappées par le fondeur national.

En réalité, la valeur d'une pièce d'argent tient de l'argent qu'elle contient et non de la forme qu'elle revêt.

Ces commentateurs de surface qui passent pour experts font un tort énorme à la préparation des gens qui les suivent car au fond, ils n'enseignent que leurs croyances et leurs convictions, souvent fondées sur une idéologie particulière, sans même tenter de valider ce qu'ils affirment ou en ne faisant que des validations superficielles, sans valeur.

C'est ainsi qu'on a des poseurs qui disent à leurs fans de ne PAS stocker de métaux précieux parce que l'or ou l'argent ne se mangent pas. Pas plus que les haches ou les pelles mais ça, ça n'a pas l'air de les déranger. Oh mais attendez: les haches et les pelles sont des outils pratiques. L'or et l'argent aussi: les pelles servent à effectuer un travail à venir, les métaux précieux servent à stocker de la valeur, c'est à dire du travail déjà réalisé.

D'autres disent au contraire que l'or et l'argent sont à stocker impérativement car dans un futur imminent ils seront utilisés comme moyen de paiement au supermarché du coin. Tous nous fréquentons des supermarchés et j'en appelle à vos observations: croyez-vous vraiment que la caissière au QI largement inférieur à 100 — chaque supermarché en compte au moins une — sera capable de faire la différence entre une vraie et une fausse pièce d'argent? qu'elle sera même capable d'évaluer correctement ce que cette pièce permet d'acheter avec un cours qui varie de jour en jour? que son patron lui fera même confiance pour encaisser les paiements sachant qu'elle risque de se tromper?

Facile de « réfléchir » et d'affirmer quand on écarte du problème la réalité concrète et quotidienne ou la réalité du passé...

Il n'est pas nécessaire d'élaborer une thèse doctorale à chacune de nos interventions mais il faut tout de même un minimum d'honnêteté intellectuelle, de rigueur méthodologique et de validation de nos affirmations et croyances avant de présenter une affirmation comme une vérité...

Considérations finales


Ultimement, personne ne sait de quoi le futur sera fait, moi pas plus qu'un autre. Cela ne signifie pas que toute les opinions quant à l'avenir se valent en qualité et en perspicacité, loin de là.

Cependant, nous savons une chose et je crois l'avoir bien démontré: ce troc dont on parle tant en survivalisme n'est pas du troc et ce mode d'échanges de biens n'existera jamais à grande échelle car il est intrinsèquement, par sa nature même, confiné à des échanges économiques entre deux personnes qui ont mutuellement besoin du bien de l'autre

Le troc dépend d'un système monétaire, peu importe qu'il soit fiduciaire, de compte ou de règlement, réel ou virtuel. Pas de monnaie de référence, pas de troc entre individus. 

La monnaie, comme concept, ne disparaitra jamais ; les outils de règlement utilisés par contre — pièces et billets de banque d'une dénomination monétaire — oui. Certains disparaissent, d'autres naissent, il en va ainsi des monnaies­.

Posséder des métaux précieux n'est pas la panacée mais c'est un véhicule de transport et de stockage de valeur dans le temps éprouvé historiquement et économiquement. Posséder des biens à échanger ou à troquer plus tard est un moyen de faire du commerce, pas de stocker de la valeur pour usage ultérieur.

Est-il indispensable de posséder des devises fortes en réserve, des métaux précieux ou des pelles à échanger dans l'avenir? Ça dépend des croyances, des moyens et des possibilités de chacun.

Posséder de tout cela ne garantit pas la réussite d'un plan survivaliste déployé comme n'en rien posséder ne garantit pas l'échec de ce plan.

Si vous voulez transporter de la valeur dans le temps, ce sont les métaux précieux qui sont à privilégier car ils servent à cela depuis 5000 ans.

Si vous voulez faire du commerce en réalité dégradée, stockez des biens de consommation et des conserves que vous vendrez, troquerez ou échangerez, selon respectivement qu'il a une monnaie en circulation, que vous faites une transaction sans numéraire ou qu'il n'existe plus de monnaie.

Si vous voulez vous garantir contre la baisse de valeur de votre monnaie locale, achetez des devises fortes.

Chaque solution a, à la base, son problème. Le tout est de bien identifier les problèmes et d'adopter les bonnes solutions. Et pour y parvenir, il faut rejeter les lieux communs, les idées à la mode, les opinions populaires, les modes; et réfléchir, analyser et oui, se cultiver au delà du divertissement et des besoins de connaissances immédiatement utilisables. Autrement dit: il faut être en mesure de comprendre le Monde. Ça, c'est une grande qualité chez un survivaliste et un premier pas dans la réussite de ses plans.



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Commentaires

Jean jacques a dit…
Le fond du problème se situe dans la conservation de la vapeur et la confiance.
Les métaux précieux conservent la valeur car intrinsèquement ils ont une valeur. Le troc présenté dans les vidéos YT semble finalement présenter des objets dont la valeur donnée n est pas monétaire mais d usage.
Les troqueurs stockent de la valeur d usage qui en cas d effondrement monétaire sera confrontée​ au problème de l échange et du " taux de change" entre deux produits échangés, c est qu on appelle le prix lorsqu on a une monnaie.
La problématique est dès lors : comment conserver la valeur de mon épargne libellée dans une monnaie en voie d effondrement ? Devenir d autres monnaies, avoir de la valeur stockée dans du tangible, de l'or ( or qui est à la frontière entre le tangible pur, les boeufs,et la monnaie , dollars euros...).

Marc Desmeuzes a dit…
Eh bien, C'est un article et une vidéo que devraient reprendre nombres d'économistes ou prétendus tels que l'on voit un peu partout dans les grands médias mais aussi sur des Blogs et qui se complaisent dans des discours abscons sur la monnaie et autres ... !!!
Alors grand merci Vic.

Le troc pour moi cela n'a jamais été un idéal ni encore moins un idéal possible ce qui est évidemment le plus important. Non, le troc peut servir dans le cas de l'ENTRAIDE avec des gens que l'on connaît où la confiance est réciproque et où il faut s'aider absolument lors d'un effondrement économique ou autre.

Je trouve que ta voix s'améliore. Tant mieux. Bon courage.
A bientôt. Marc.
Ludovic a dit…
Bonjour,
Article très intéressant. Question: supposons un effondrement et une absence temporaire d'Etat. Nous vivrons alors à l'échelle locale sans véritablement ni Loi ni police. J'ai beaucoup de salade et je peux en revendre/échanger. Comment connaître la valeur de cette salade? Qui va en décider?
Pour moi c'est là que la référence à une monnaie trouve ses limites. En réalité, j'échangerais ma salade contre ce dont j'ai besoin, pas en fonction de sa valeur monétaire, puisque personne ne connaîtra plus la valeur monétaire des choses (inflation des produits vitaux, etc., impossible à suivre).
Vic Survivaliste a dit…
Alors tu te situes dans l'échange et non seulement tu dois trouver un preneur pour ta salade mais tu fois trouver un preneur qui est échangeur de ce dont tu as spécifiquement besoin.

Tu ne crois pas que ça pose plus de limites que la référence à une monnaie?
Ludovic a dit…
Non, pas si j'ai tissé mon réseau social et que je connais les uns et les autres: je sais à qui m'adresser pour des soins, pour du beurre, etc. et je sais également qui pourrait avoir besoin de quoi.
Après pour celui qui se retrouve dans un endroit qu'il ne connait pas, ça aide la référence, mais si on lui dit "ta salade vaut 1 gramme d'or" alors qu'elle en vaut 10, comment il saura qu'on s'est foutu de lui? Et qui dit que demain elle en vaudra pas 20 parce que ce sera plus trop la saison? Qui en décidera, qui admettra?
Vic Survivaliste a dit…
De la même manière qu'on le faut aujourd'hui. Sérieusement, tu poses réellement la question ou tu veux juste argumenter?

Je crois avoir amplement démontré dans ce billet qu'on ne vivra jamais sans monnaie car dans l'histoire humaine, depuis l'invention de la monnaie, on n'a jamais réussi à s'en passer ni même cherché à s'en passer, au contraire.

Alors échange ta salade, mise sur des échanges de personne à personne, on verra bien si tu peux te procurer tout ce que tu veux avec ça. Moi, je mets ma main dans le feu que non.

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