Le rôle de la culture dans le survivalisme

Le rôle de la culture dans le survivalisme

 



Très nombreux sont les survivalistes qui se lancent à corps perdu dans leur préparation. Moins nombreux sont ceux qui prennent le temps de planifier. Plus rares encore sont les survivalistes qui prennent la voie stratégique et pour qui la préparation matérielle (habitation, vivres et équipements), bien que complète, n'occupe que la part minoritaire de leur démarche survivaliste.

Oui bien sûr il y a la question du temps mais ça n'explique pas tout.

Avant d'aller plus loin, j'aimerais vous parler de ce que je considère être le rôle du survivalisme.

La finalité du survivalisme est le développement de l'autonomie afin de pouvoir affronter le plus de situations possibles sans avoir besoin d'assistance le plus longtemps possible. Nous sommes à peu près tous en accord avec cela.

Premier point


Nous sommes des êtres humains et pas n'importe lesquels: nous sommes des êtres humains du XXIe siècle. Pour la plupart d'entre vous qui me lisez, vous êtes des occidentaux caucasoïdes (cliquez ici pour connaître la nomenclature exacte). De par la nature de notre civilisation et les traits propres aux caucasiens, nous avons, disons, une certaine facilité à intellectualiser, conceptualiser et depuis le développement de l'informatique, virtualiser les choses, les idées, les modes de travail et de vie.

Second point


Nous avons développé une civilisation qui nous coupe du contact permanent avec la Nature — et je ne parle pas ici seulement des oiseaux, des arbres et des bibites. Cela s'est produit avec le développement de l'individualisme mais pas seulement de l'individualisme: avec l'idée que l'Homme peut se créer lui-même. De là, par exemple tous les mouvements « trans » où des personnes peuvent, en changeant d'apparence, de mode de pensée ou par simple proclamation, se définir « autre », se re-créer ou en fait se créer soi-même et artificiellement. La virtualité aidant à l'illusion, nous en sommes venus à croire que nous pouvons être ce que nous voulons au simple motif que nous le désirons.

Troisième point


Les deux premiers points nous conduisent à un constat: nous avons évacué la dimension biologiste (Naturelle) de notre cadre de vie, survalorisant l'une des deux lois universelles de la vie au détriment de l'autre. La première, c'est que tout être vivant recherche le plaisir (i.e. la satisfaction de ses besoins / désirs), la seconde, c'est que tout être vivant contribue à la pérennité de l'Espèce et cherchera à se reproduire.

La Nature (ou Dieu, ou les Dieux, le « Grand Patatchoum vert » ou le « Grand Poubah Dôré », c'est selon vos préférences), a « programmé » les êtres vivants pour qu'ils se reproduisent. C'est logique par ailleurs: pas de reproduction individuelle, pas d'avenir pour l'Espèce et pas d'avenir pour la Vie.

Les impératifs biologiques nous conduisent donc, si aucune interférence idéologique, à avoir, à désirer avoir des enfants. Dans les sociétés agraires, c'était une nécessité pour avoir de la main d’œuvre mais aussi avoir une belle « retraite ». Dans les sociétés post-industrielles, ce n'est plus une nécessité économique, c'est même vu comme étant un fardeau.

Comme l'être humain a de grandes capacités de création culturelle, la contrepartie est sa relative faiblesse de comportements innés, c'est à dire des comportements qui sont là à la naissance et qu'il n'est pas besoin d'apprendre. Conséquemment l'être humain a beaucoup, beaucoup de potentiel d'apprentissage: langage, motricité mais aussi savoir, technique, comportements, etc.

La dimension culturelle de l'être humain, puisqu'elle n'est pas innée, parce qu'elle n'est pas gravée dans notre cerveau à notre naissance, doit être apprise et cet apprentissage se fait par la transmission.

Et c'est là qu'il y a un os.  

Notre civilisation ne produit pas de contenu transmissible: la plus grande part de la culture produite sert à orienter la consommation du moment ou à asservir les individus à un mode de pensée désirable par ceux qui ont le contrôle sur les contenus. Notre mode de vie ne permet toutefois plus la transmission — rôle qui était par ailleurs la responsabilité des femmes — et désormais chaque génération qui naît est plus pauvre culturellement que celle qui précède. On parle ici de culture permanente, de culture qui dure, de culture qui définit une civilisation ou un peuple, pas celle qui consiste à connaître le nom de la dernière vedette du jour ou de savoir que la dernière tendance lifestyle est le outdooring.

Conséquences


De nos jours et en vertu de l'évidente baisse de la transmission de la Culture et du Savoir communément partagés, nous nous trouvons à être des ignorants instruits. Beaucoup ont des diplômes pointus et une expertise importante dans un domaine précis mais quand il s'agit des savoirs tout à fait communs il y a cinquante ou soixante ans, ils sont des ignorants prétentieux qui se survalorisent parce qu'ils sont hot dans un seul domaine bien précis.

C'est pourquoi nous devons compenser cet appauvrissement culturel par nos démarches personnelles. Quand bien même vous interrogeriez vos grands parents, s'ils ont moins de 70 ans, ils ont déjà perdu beaucoup par rapport à leurs propres parents.

Ce qu'on ne nous a pas transmis, nous devons le réapprendre.

La danse comme exemple d'involution


Je vous le dit tout de go: je ne suis pas un danseur. Par contre je suis un observateur.

Quand je vois tous ces gens qui vont danser dans les clubs le week-end, voulez-vous savoir ce que je vois? De tristes hères, qui gesticulent ridiculement dans l'espoir de faire bonne impression afin de repartir avec quelqu'un à la fin de la soirée. Plus besoin d'inviter à danser, plus besoin d'inviter à sortir même, juste se présenter là où ça fait « boum boum » à tue-tête, en très court et dénudé pour les femmes. Même plus besoin de parler, au contraire, l'environnement fait en sorte que ce soit impossible. Rythmes rapides, gesticulations, comportements suggestifs, musiques lascives et paroles parfois obscènes, tout est en place pour tuer la culture et faire appel aux instincts les plus fondamentaux.

Quand on compare à ce qu'il se faisait il y a 60 ou 70 ans, on a bien régressé! Dans le passé, on devait inviter une jeune femme qu'on trouvait de notre goût, ce qui suppose la connaissance de codes et des comportements sociaux, on l'amenait manger avant et/ou après, ce qui suppose l'art de la conversation à travers lequel on pouvait puiser dans les sujets de l'heure ou dans notre culture personnelle, puis enfin on allait danser à deux, avec un contact physique peu envahissant mais néanmoins physique et on apprenait progressivement à coordonner les pas de danse tout en conversant.

À travers mes loisirs dans le passé j'ai dû apprendre quelques danses médiévales aujourd'hui désuètes et ma foi, même si je n'affectionne pas cette activité qu'est la danse, j'y ai pris plaisir. Là c'est à 8, à 10, à 20 qu'on danse, selon des chorégraphies complexes et assez physiques: on en sort en sueur mais aussi en joie et en rires.

Je ne suis pas en train de dire que le passé c'était bien et le présent c'est mauvais. En revanche, il y avait beaucoup de bon dans le passé qu'on a laissé tomber sous prétexte que c'est du passé, ce qui constitue probablement l'argument le plus con qu'on puisse sortir. Le passé disparaît parce qu'on ne le transmet plus. On ne le transmet plus parce qu'on perd de vue sa signification et l'aspect rassembleur qu'il présente, pour la bonne raison qu'on ne veut plus se rassembler, on veut plutôt rayonner, être au centre, être le Centre. Comme:



En survivalisme


Je serai sévère. Nous nous retrouvons avec des gens qui décident de se prendre en main à travers le survivalisme et c'est très bien en soi. Malheureusement, notre pauvreté culturelle constitue un énorme handicap qui nous conduit à réaliser la majorité de nos efforts dans la préparation matérielle, en en laissant peu pour la préparation psychologique et pratiquement rien dans la préparation culturelle.

On ne peut appréhender des situations qu'en fonction de ce qu'on en voit et de ce qu'on connaît. Comment savoir ce qu'on a besoin de savoir si personne ne peut nous dire ce qu'on doit apprendre?

Alors on se retrouve avec un énorme déficit de capacité de projection; c'est à dire avec des gens qui n'ont pas la capacité de se projeter de manière réaliste dans des situations nouvelles qui demanderaient des réponses comportementales inédites ou des savoirs préalables. Un peu comme le survivaliste qui s'achèterait une ferme et déciderait de l'exploiter sans jamais avoir planté un seul chou de sa vie ni même vu un seul damné pis de vache.

C'est ainsi qu'on se retrouve avec une flopée d'évacuateurs précoces qui peuvent très bien concevoir de fuir le danger — c'est pratiquement inscrit dans nos gènes — mais qui n'ont pas réalisé à quel point cette fuite les expose à tout autant sinon davantage de dangers. Notre société est individualiste alors leur réponse l'est aussi: on se sauve à défaut de pouvoir s'organiser collectivement.

C'est cet enfermement dans le paradigme individualiste qui constitue notre immense faiblesse: faiblesse personnelle des survivalistes dans leur capacité de s'organiser mais aussi faiblesse sociétale qui désintègre lentement et subtilement la société face aux invasions migratoires de populations tribalistes qui elles, à défaut de savoir et sapience, compensent par la solidarité tribale.

Nous ne sommes plus une grande famille ou une grande tribu en Occident parce que nous avons cessé de transmettre aux générations suivantes ce savoir commun qu'on appelle Culture. Qui plus est, nous avons perdu la capacité de mesurer cette déficience parce que nous n'avons plus la considération collective lorsque nous envisageons des situations. Avec cela disparaît l'art de la communication subtile qui n'est accessible qu'aux membres de notre « tribu ».

Ajoutons à cela les obstacles créés par le marxisme sociétal qu'est la rectitude politique dans tous les médias et nous nous retrouvons avec des populations, donc des survivalistes, menottés culturellement et intellectuellement.

Il devient donc important que les survivalistes un peu conséquents se mettent à s'approprier une partie de la Culture de laquelle ils sont issus, en revenant des années voire des siècles en arrière; en connaissant l'Histoire mais aussi les histoires traditionnelles qu'on raconte aux enfants le soir, en soutenant ceux qui font vivre la culture de l'ethnie de laquelle vous êtes issu, en vous cultivant avec des contenus culturels qui ont franchi le temps et qui sont caractéristiques de votre peuple. Chants traditionnels porteurs de leçons, de sagesse, de savoir ou simplement de plaisir; danses de nos aïeux, contes, histoires, histoire, mais aussi techniques ancestrales qui prendront plus de sens à la lumière de ce que vous aurez appris.

Merci à ceux qui soutiennent mon travail:
FG —  Dan Sullivan — Julien — Louis Mathieu
Ainsi qu'aux autres tipeurs et donateurs.





Commentaires

Unknown a dit…
Ho que oui… c’est cuisant mais lucide…

Quelques remarques pour donner un peu de chair à cet excellent propos,

Sur l’histoire, pour nos amis égarés adorateurs de la déesse de la Lune (si si, cherchez bien l’origine première de la lune sur vos drapeaux…) qui donnent dans la culpabilisation des européens, sachez que si les troupes royales françaises ont pris Alger en 1830, c’était en partie pour en finir avec le « Bagno », c'est-à-dire le recours à des galériens esclaves chrétiens razziés sur les cotes du nord de la méditerranée, vielle pratique barbaresque, en 1830 les esclaves chrétiens ont été libérés (même si ils étaient moins nombreux que par le passé, les galériens étaient traumatisés à vie). En comparaison, la colonisation certes condamnable et humiliante surtout à partir de la 3eme république avec son « apartheid politique », mais qui a au moins développé les infrastructures et le niveau d’éducation, n’avait pas que des mauvais côtés…

Même la destruction largement réussie des langues régionales françaises par la république uniformisatrice, et spécialement la principale, l’occitan, laisse un goût amer… adolescent « moderne », il me semblait que ce patois qui ne subsistant guère qu’au fond des campagnes avait vraiment « une odeur de fumier »… mon grand père le parlait et le comprenait, mon père le comprenait, et moi… rien… quelle dégringolade, avec le recul c’est bien triste, c’est une partie de notre identité d’européens que la république nous a arrachés, d’abord brutalement (interdiction totale des patois a l’école, même pendant les récréations) puis sous le couvert de tolérance, avec beaucoup de mépris… c’est aussi un élément du vivre ensemble en moins…

Sur les Contes pour enfant et vision du monde ; l’excellent Charles Gave, certes libéral mais pro souveraineté populaire, anticommuniste, antimondialiste, patriote, pragmatique, et possédant la sagesse et l’expérience de son âge avancé a très justement fait remarquer dans l’une de ses chroniques que l’histoire des 3 petits cochons a été largement réécrite par (et depuis) Walt Disney : auparavant, les deux petits cochons assez fainéants, qui en plus s’étaient moqués de leur frère bosseur, et avaient refusé de l’aider, se sont faits manger par le grand méchants loup (2 secondes de bon sens ; ou a-t’on vu que les petits cochons paresseux courent plus vite que de grands méchants loups carnivores ?) et seul le cochon prévoyant qui avait construit sa maison en briques en a réchappé et a même donné une leçon à l’intrus… du bon sens survivialiste bien de chez nous…
Avec la nouvelle version du conte, l’essentiel est de participer, et surtout de consommer bêtement et avec le sourire… on pourra toujours aller se cacher chez quelqu’un d’autre quand la bise sera venue (n’en déplaise à l’excellent La Fontaine…)

Contre l’individualisme généralisé, étant « auto-expatrie », une bonne partie de mon clan, encore informel, mais déjà en partie structure (choisir les parrains et marraines d’enfants, ca crée des liens…) s’est coagulé tout simplement via une personne puis une famille qui a beaucoup travaillé (contre rémunération) pour rénover puis aménager notre embryon de Bad… en côtoyant les gens, on les apprécie… ce n’est pas une recette, ca n’était pas prévu, ca s’est fait comme ca… qui a dit familles recomposées… et quand les choses se gâteront, on aura juste à organiser un peu différemment l’équipe…

J’arrête, je vais encore me faire attraper par la patrouille qui limite la taille des commentaires…

Nicolas
Unknown a dit…
Suite,
Le fait que les enfants pourvoient aux besoins de leurs parents âgés est un pilier de la civilisation, et du bon sens même, « tu honoreras ton père et ta mère » ne date pas d’hier.
Quand mon épouse est tombée enceinte de notre deuxième garçon, je plaisantais avec un bon copain, et je lui disais que j’avais mis en route « la retraite complémentaire ». Et l’ami, qui a bien bourlingué, me répondait qu’a Madagascar, il y avait une expression qui faisait dire aux parents « nous mangeons la sueur de nos enfants ». Quand on voit que la population européenne baissera bientôt (et que les personnes de personnes agrées sont parquées loin de leurs enfants), que celle d’Afrique subsaharienne double tous les 30 ans depuis les années 50 (cf dernière video de lecture de Michel Drac) et que même en Europe il existe des peuplades différentes et distinctes (les gitans d’Europe de l’Est…) cf Dmitri Orlov et ses 5 stades de l’effondrement, pour lesquels les enfants sont une richesse (et forcément leur démographie est explosive, pas elur envie de s’assimiler souvent …) achtung…
Deuxième point, un pan de la culture qui a particulièrement souffert est celui qui touche justement à la culture… des sols, très liée à notre identité et à la satisfaction de notre besoin le plus fondamental, l’alimentation Aujourd’hui les citadins qui disposent d’un jardin semblent souvent mettre un point d’honneur à ne rien y mettre de comestible, même pas des arbres fruitiers et arbres à baies demandant bien peu d’entretien… non, le gazon est saint, rien qui se mange, c’est le comble de la « noblesse » débile moderne. Les agriculteurs ont aussi beaucoup souffert, ce « métier » immémorial très dévalorisé n’avait souvent conservé que des gens peu doués, peu créatifs, gavés de techniques productivistes qui aboutissent à tuer et empoisonner les sols. Au final, on observe chez les plus « suivistes » qui ont perdu toute autonomie technique et commerciale une véritable hécatombe avec des taux de cancers énormes (utilisation de produits chimiques) + suicides, au moins en France.
Pourtant, il existe un la ou il faut tout recréer, avec l’esprit permaculturel sous ses diverses formes et méthodes. Il séduit d’ailleurs beaucoup des gens nonissus du monde agricole ou rural. Il se base en partie sur des découvertes ou prises de consciences assez récentes, à partir des années 70. Je constate en demandant aux « anciens » en Europe d’Est qu’ils savent faire beaucoup de chose au niveau agricole, ils sont autonomes, mais ils sont restés bloqués dans certaines pratiques limitantes, par exemple ils brulent tous les ans une grande quantité de résidus carbonés (tiges de mais etc) qui sont pourtant précieux pour protéger et nourrir le sol. D’un point de vue survivialiste, l’intérêt de la permaculture vient principalement du fait qu’il n’est pas nécessaire, et même déconseillé de retourner le sol, ce qui est précieux en période de pénurie d’énergie. Et du fait aussi que l’objectif n’est pas comme actuellement d’utiliser 5, 10 ou 15 calories d’énergie fossile pour produire une calorie alimentaire, mais au contraire de produire 5 ou 10 calories alimentaires pour une calorie « d’effort » mis à produire de façon minimaliste et récolter.
En outre, nous avons(encore) internet, qui est une mine d’information pour survivialistes, surtout si l’on cultive, même à petite échelle, car le fait d’essayer, de faire, permet non seulement de fixer des connaissances théoriques, mais aussi d’apprendre, surtout de ses échecs, et enfin de susciter toute une série de questions pratiques
Internet nous donne accès à beaucoup de savoir, (appréciable surtout l’hiver, quand on a plus de temps), des gens comme Konrad Schreiber, Didier Helmstter, etc, et nous avons encore le temps de tester, comparer, et de largement nous « planter » sans conséquences sur l’estomac et en continuant a travailler par ailleurs, car nous pouvons faire appel aux magasins, amaps... pour reconstituer des savoir faire (et des banques de graines adaptés à notre région) qui pourront être utilisés par la suite
Nicolas

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